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Massacre social : la SNCF sur la voie de France Télécom

Le rouleau compresseur fait de privatisation, dans un cas, ou du pacte ferroviaire, dans l’autre… Les méthodes de management à la SNCF ne laissent pas de doutes : il faut regarder ce qu’il se passe à la SNCF dans le miroir de France Télécom. Encore deux cheminots se sont suicidés lundi, les derniers d’une liste de soixante ces deux dernières années. Guillaume Pepy se réfèrerait-il au massacre social en cours, comme le PDG de France Télécom à l’époque, comme à une mode ?

mercredi 8 mai

Crédit photo : AFP/GEORGES GOBET

Trente-neuf victimes retenues par la justice pour le procès de France Télécom, qui se déroule à l’heure actuelle. Huit sont tombés en dépression, douze ont tenté de mettre fin à leurs jours, dix-neuf se sont suicidées à la fin des années 2000. Cent-dix-huit autres victimes demandent aussi le droit de se constituer en partie civile. A l’image de la restructuration de France Télécom à l’époque, la SNCF mène ses salariés au rythme des suppressions d’emplois, de fermetures de lignes, de management agressif, accompagnés d’une politique de répression accrue contre les militants syndicaux. Les accidents mortels et les suicides de cheminots se succèdent. Deux cheminots ont mis fin à leurs jours lundi, se rajoutant à la liste déjà trop longue de suicides à la SNCF.

Nos vies valent plus que leurs profits

Un dossier sur France Télécom de plus de 600 pages met en lumière « un harcèlement moral organisé à l’échelle d’une entreprise par ses dirigeants », expliquent les juges d’instruction, mais en épargnant les accusés de toute responsabilité par rapport aux dépressions, tentatives et suicides des salariés. Rien qu’en 2008 et 2009, on recense 35 suicides. Mais ce sont ces 19 suicides qui ont été retenus dans le dossier actuel, selon Le Monde :

André A., 54 ans, s’est pendu. Camille B., 48 ans, s’est jeté d’un pont. Anne-Sophie C., 42 ans, a absorbé un cocktail de médicaments et d’alcool. Corinne C., 45 ans, s’est pendue. Michel D., 50 ans, a laissé une lettre : « Je me suicide à cause de mon travail chez France Télécom. » Stéphane D., 32 ans, s’est pendu : « Je pars à cause de mon travail chez France Télécom et rien d’autre. » Nicolas G., 28 ans, s’est pendu : « Je ne supporte pas ce job et France Télécom s’en fout. » Brice H., 54 ans, s’est pendu. Jean-Michel L., 53 ans, s’est jeté sous un train. Rémy L., 56 ans, s’est immolé par le feu devant un site de l’entreprise. Didier M., 48 ans, s’est pendu : « Le déclencheur de tout cela vient de mon travail. » Dominique M., 53 ans, s’est pendu. Stéphanie M., 32 ans, s’est défenestrée sur son lieu de travail. Annie N., 53 ans, s’est pendue. Robert P., 51 ans, a retourné contre lui son arme à feu. Bernard P., 51 ans, s’est jeté d’un viaduc. Jean-Marc R., 48 ans, s’est tué par balle. Patrick R., 43 ans, s’est pendu. Jean-Paul R., 51 ans, s’est jeté d’un pont d’autoroute.

Les dirigeants de France Télécom accusés n’encourent que 15 000 euros d’amende et un an de prison. Les gilets jaunes jugés pour l’incendie du péage de Narbonne, eux, ont été condamnés à deux ans de prison, dont un ferme, et 288 000 euros à verser à Vinci Autoroutes, une interdiction de manifestation et de port d’arme pendant trois ans. C’est pourquoi on parle d’une justice de classe. Dix-neuf vies de travailleurs. Un péage.

France Télécom : un système de harcèlement moral des salariés

A la tête du groupe, Didier Lombard, en 2006, entame la privatisation de France Télécom. L’objectif : 22 000 emplois à supprimer en trois ans. Il affirme : « En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre. Par la fenêtre ou par la porte. » Quand les entretiens individuels ou les mails quasi quotidiens incitant à postuler ailleurs ne donnent pas les résultats attendus, la méthode dure est employée. « Il faut retirer la chaise » de ceux qui « n’acceptent pas de se mettre en danger ». La part variable de la rémunération de manageurs dépend de leur capacité à faire partir les gens. Tout est bon à prendre : fixer des objectifs irréalisables, déménager des services entiers sans prévenir, faire disparaitre des chaises de bureau. Certains cadres sont rétrogradés, mutés de force ... Une pression exercée depuis le sommet de la pyramide et qui pèse de plus en plus lourdement à chaque étage.

Harcèlement moral quasi-institutionnel, une mode aussi à la SNCF

Dans la SNCF post réforme Macron, celle des fermetures de lignes, où les usagers sont devenus des clients, la sécurité des personnes et des circulations n’est plus le maître mot qui faisait la fierté des cheminots. La transformation actuelle de la SNCF et les méthodes de management qui vont avec sont exemplaires en termes de création de souffrances causées par l’organisation du travail (SCOT). Cela explique la vague de suicides en cours, soixante sur les deux dernières années. Suppressions de postes, pressions à accepter de ruptures conventionnelles sur les agents en arrêt, discriminations au déroulement de carrière, font partie du menu concocté par la direction, dans une logique managériale semblable à celle de France Télécom il y a 10 ans. Tout cela est accompagné d’une forte répression à l’encontre de ceux qui luttent en défense des droits des travailleurs. C’est le cas d’Eric, de Mantes-la-Jolie , qui passe en conseil de discipline le 23 mai pour radiation. Linda de Montparnasse, mère isolée, que se voit imposer des horaires incompatibles avec sa charge de famille. Ou Cindy ou Rénald de la gare de Lyon… Ils ne sont que quelques-uns des militants syndicaux qui risquent d’être licenciés uniquement sur les trois derniers mois.

A l’heure où des dirigeants de France Télécom sont jugés par harcèlement quasi institutionnel, ne laissons pas la SNCF continuer à massacrer les cheminots. Il y a urgence à réagir.




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