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Politique

Municipales. Après la casse de l’hôpital public, Buzyn candidate à Paris

Dans cette campagne pour les municipales pleine de rebondissements, c'est finalement Agnès Buzyn qui a été désignée pour prendre la place de Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris. Celle qui déclarait moins de 48h avant ne pas pouvoir se présenter en raison de son lourd dossier ministériel portera donc cette campagne. Un choix qui témoigne des réelles difficultés pour LREM dans cette campagne, en plein conflit contre la réforme des retraites.

lundi 17 février

Crédits photos : Photo Ludovic Marin. AFP

La campagne municipale est décidément bien difficile pour le parti présidentiel qui se heurte toujours plus fortement à ses faiblesses structurelles accentuées par la débâcle de la réforme des retraites : difficultés à rassembler, amateurisme, manque de personnalités politiques crédibles et fédératrices, une base sociale qui s’effrite, y compris sur la droite. Le dernier couac en date : la chute de Benjamin Griveaux il y a quelques jours, qui se désistait de la candidature à la mairie de Paris suite à la divulgation sur les réseaux sociaux de vidéos intimes à caractère sexuel

Depuis dimanche soir, et sa démission du Ministère des solidarités et de la Santé, c’est officiel, c’est Agnès Buzyn qui succède à Benjamin Griveaux pour représenter LREM dans la course à la mairie de Paris. L’ex-Ministre de la santé, qui avait à plusieurs reprises exprimé son désir de « s’engager pour sa ville », reprend donc, douze jours avant la clôture des listes et moins d’un mois avant le premier tour, le flambeau d’une campagne sans panache, qui ne parvenait à décoller dans les sondages avec un candidat qui stagnait à la troisième place, derrière la mairesse sortante Anne Hidalgo, et la candidate LR, Rachida Dati.

Agnès Buzyn présentée comme la candidate idéale : LREM dans la tourmente tente de sauver la face

A entendre les représentants LREM dans les médias ce lundi, on croirait presque à la candidate parfaite : « une personnalité exceptionnelle », « une maire qui saura rassembler » pour Stanislas Guerini qui soutient qu’il s’agit d’« un choix consensuel », voire du « meilleur choix ». En vérité, voilà une candidature qui souffle un léger vent de discrédit sur le gouvernement bien plus qu’elle ne s’impose pour la mairie de Paris. En effet, cette candidature arrive après que Buzyn elle-même ait déclaré son regret face à l’impossibilité pour elle de se présenter, croulant sous les dossiers brûlants pour son ministère - de la crise de l’hôpital, à la crise sanitaire ouverte par le Coronavirus qui requérait toute son attention, en passant par le conflit de la réforme des retraites dans lequel elle était un pilier du gouvernement. Une position qui était d’ailleurs saluée par ses confrères LREM, à l’image de Benjamin Griveaux lui-même, qui soulignait il y a à peine quelques jours le « sens de l’intérêt général » d’Agnès Buzyn : « Elle est une ministre engagée, elle fait face à une crise importante qui est celle du coronavirus. Le rôle de la ministre des Affaires sociales et de la Santé dans ces moments-là, c’est d’être aux avant-postes. » Quarante-huit heures plus tard, la voilà fraîchement démissionnée, candidate à la mairie de Paris selon « un choix collectif unanime des Marcheurs » !

Ainsi, loin d’une candidature évidente, c’est plutôt à une désertion en pleine crise que s’apparente cette démission sur la scène publique. Un changement de position forcé par la situation chaotique pour LREM, après le désistement de Griveaux que les représentants de LREM ont bien du mal à défendre depuis ce lundi matin, face à l’ironie des journalistes et à l’opinion publique. Se raccrochant comme ils le peuvent à l’argument de la nécessité du dévouement - que ce soit à la campagne municipale ou au ministère de la Santé - « à temps plein », sans réussir à convaincre sur le cas Buzyn, ils réussissent ainsi le tour de force de questionner la crédibilité d’Édouard Philippe, Premier Ministre en exercice, pour qui il n’y aurait en revanche aucun problème à candidater à la mairie du Havre ! Une fois de plus, tout n’est que bégaiement et contradictions du côté du gouvernement embourbé dans les situations délicates dans lesquelles les Marcheurs ont un don pour se retrouver !

Un pari risqué pour une Macronie en crise

En réalité, c’est ainsi plus à un pari risqué qu’à la candidature parfaite que ressemble le choix d’Agnès Buzyn pour la course à la Mairie de Paris, dans une campagne qui n’a rien de simple depuis le début pour le parti de la majorité, qui doit se confronter à son impopularité, ainsi qu’à la division dans ses propres rangs, illustrée à Paris plus que partout ailleurs par la candidature dissidente puis l’exclusion de LREM de Villani. C’est ainsi au départ de l’un des piliers du gouvernement, en plein conflit des retraites, qu’à dû se résoudre la Macronie, qui s’est par ailleurs retrouvée une fois encore dans l’embarras au moment de ce nouveau remplacement ministériel, en nommant à la Santé Olivier Veran, un quasi inconnu. Une nomination qui n’a cependant pas manqué d’être déjà prise comme une « provocation » par l’Association des médecins urgentistes.

Assurer l’ordre et une chance de victoire pour ces municipales à Paris, ville évidemment hautement stratégique, apparaît de plus en plus complexe pour la Macronie. Et le choix du nom de Buzyn, s’il est le meilleur, semble être plus le « moins pire » que le meilleur, parmi un choix très restreint de possibilités, dans un moment de détestation forte de la politique menée par le gouvernement. Ainsi, les mots de Brune Poirson, Secrétaire d’État à la transition écologique, au micro de Sud Radio ce lundi matin, lorsqu’elle déclare qu’Agnès Buzyn « incarne cette volonté de rassembler, elle incarne le macronisme », semble bien plutôt annoncer les difficultés à fédérer derrière une telle liste que ses potentialités de succès, au vu de la division – dans ses propres rangs en premier lieu – et de la détestation caractéristique de la Macronie depuis ses débuts.

La perspective de la Ministre qui a cassé l’hôpital public à la mairie de Paris : « Si je suis élue je promets de m’occuper des Parisiens comme je me suis occupée des hospitaliers »

Ainsi, en plus d’avoir renoncé à l’un de ses personnages centraux au gouvernement, la Macronie a désigné un personnage qui, en dehors de ses contours, est bien loin de faire consensus. C’est en effet sur celle qui est apparu depuis le début du quinquennat à la tête des politiques de casse de l’hôpital public que repose désormais la campagne municipale de la capitale. Car ceux qu’elle a déjà réussi à rassembler, c’est contre elle plutôt que derrière elle que Buzyn les a réunis. Ainsi, les hospitaliers sont depuis presque un an en lutte permanente pour leurs conditions de travail et de soin constamment dégradées, en alertant depuis des mois sur le fait de ne plus être en mesure d’assurer les soins dans de bonnes conditions. Le mois dernier, ce sont dans ce sens 1200 hospitaliers qui démissionnaient de leurs fonctions administratives, dans un geste de protestation contre la casse de l’hôpital public. Et ce vendredi 14 février encore, ils étaient nombreux dans la rue à manifester leur colère contre le gouvernement notamment sur la question des déserts médicaux, et pour les revendications d’ouverture massive de lits, d’augmentation des salaires, et d’embauches massives.

Une colère contre la nouvelle candidate aux municipales, largement illustrée dans la rue et par les réactions et sarcasmes sur les réseaux sociaux, et en particulier à la suite de son discours au moment de la passation à son successeur. « J’ai certainement vécu l’une des plus belles aventures humaines, ma gratitude est immense » a ainsi déclaré, entre deux sanglots, celle qui se vante d’avoir été « à la tête des politiques de santé de ce pays » depuis le début du quinquennat Macron. « Ce ministère est celui de la construction du lien, celui qui redonne à chacun sa place dans la communauté de destin. C’est au sens premier le ministère du soin et du sens. » Une gratitude bien loin de lui être rendue, et un « sens » décidément bien opaque pour les hospitaliers et les patients qui sont les premières victimes de la casse de l’hôpital public, qui a ponctué cette année de drames dans les services d’urgences où les patients n’ont pu être pris en charge à temps, ou encore qui contraignent désormais de plus en plus de ruraux à se tourner vers les cabinets libéraux dans les zones désertées par les services de santé publics, faute de moyens.

Un appel téléphonique à Villani, ou la nouvelle tentative de « limiter la casse » à moins d’un mois du premier scrutin

Dans cette situation très peu favorable, c’est en tentant de se replacer sur un terrain plus propice qu’est apparue Agnès Buzyn, en tendant la main à l’ex-LREM Cédric Villani, presque immédiatement après l’officialisation de sa candidature. Ayant pour but d’étudier les possibilités d’un rapprochement avec le mathématicien, il semblerait que la conversation ait surtout acté que cette alliance n’aurait rien de facile ni de rapide. Si le fait que Villani accepte le dialogue avec la nouvelle candidate – ce qui était refusé lorsque Griveaux était encore en course – marque un certain progrès pour LREM, c’est surtout à établir la liste de ses conditions - pour le moins exigeantes - qu’a servi ce premier appel. Parmi elles, la reprise de certains points de son propre programme, comme notamment le plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour le climat, l’agrandissement de la ville de Paris ou encore la mise en place d’un tirage au sort pour « représenter les citoyens dans la vie publique », ainsi qu’un « accord de second tour avec les Verts ».

Des mesures pour le moins absentes du programme tel qu’il était porté par Griveaux. Un programme et des conditions préalables à tout rapprochement avec Villani qui attendent que la nouvelle candidate les tranche, bien que certaines s’annoncent d’ores et déjà compliquées, compte tenu notamment de la posture d’opposition des Verts face à LREM dans cette campagne... Autant de difficultés avec lesquelles la nouvelle candidate à peine nommée devra tenter de jongler dans les prochains jours.




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