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Jeunesse

Les jeunes dans la galère

Paris 8. Précarité, isolement, quand le couvre-feu s’ajoute à une rentrée universitaire chaotique

Alors que les hôpitaux manquent de lits et que les transports, les entreprises et les universités constituent les principaux clusters, le gouvernement opte pour une gestion policière de la crise et pointe du doigt la jeunesse, déjà touchée de plein fouet par la situation économique et sanitaire. Déjà fortement touchés par un début d'année universitaire chaotique, les étudiants doivent désormais faire face au couvre-feu. Des militants du Poing Levé Paris 8 sont allés interroger des étudiants sur leur ressenti.

samedi 24 octobre

Une semaine après l’annonce du couvre-feu, des militants du Poing Levé sont allés interroger des étudiants de Paris 8 sur leur ressenti, dans un contexte où ces derniers ont déjà dû faire face à une rentrée chaotique. Alors que la situation est de plus en plus critique dans les hôpitaux et que le gouvernement méprise les cris d’alerte des soignants, le couvre-feu apparaît comme une mesure dérisoire, qui, si elle a pu porter ses fruits en Guyane - au bout de 5 mois cependant -, fait de nouveau porter la responsabilité à la population, comme s’il s’agissait d’une responsabilité purement individuelle. Pourtant, la sphère privée représente 10% des contaminations, quand les universités, les écoles et les entreprises, elles, en représentent 55%.

“Le virus c’est pas un mec de la night, il sort pas à 21h et il rentre pas à 6h”

Tout comme Bersa, étudiant en musicologie à Paris 8 qui, tout en rigolant, nous a lancé que le virus n’était pas “un mec de la night”, la plupart des étudiants que nous avons interrogés ont ainsi exprimé leurs doutes quant à l’efficacité du couvre-feu. Jason, étudiant en éco-gestion, nous a fait part de son incompréhension, “dans le sens où c’est la journée qu’il y a le plus de monde, donc plus de risques que le virus se transmette”. En réalité, si le choix d’un couvre-feu peut donner des résultats, il montre bien la volonté du gouvernement de sauver les intérêts des grandes entreprises, quitte à user de moyens autoritaires.

Le terme de “couvre-feu” renvoie en effet à une gestion policière de la crise, et non sanitaire. Ainsi, Nina, étudiante en science politique, nous rappelle que “c’est un terme qu’on utilise en situation de guerre, par exemple pendant la guerre d’Algérie” et que “pour les gens qui, chez eux, vivent un enfer, c’est toujours pareil” que le confinement. Alors que les soignants réclament depuis plusieurs années plus de moyens pour l’hôpital public, le gouvernement assume clairement quelles sont ses priorités et quelle sera sa gestion de la crise en accordant 325 millions d’euros à la police. Une fois de plus, les quartiers populaires sont les premiers touchés par cette gestion autoritaire de la crise, avec un renforcement de la présence policière, des contrôles quotidiens. Bersa, qui habite dans la banlieue Sud de Paris à Villejuif, nous raconte ainsi comment lundi dernier, alors qu’il finissait les cours à 20h, les policiers l’ont contrôlé et ont voulu lui mettre une amende, ajoutant “il y a des keufs partout, avant il y en avait déjà partout mais maintenant c’est pire”, faisant référence aux multiples affaires de violences policières dans les quartiers populaires, et notamment pendant le confinement.

A cette mesure s’ajoute la précarité extrême dans laquelle sont plongés une grosse partie des étudiants, encore plus dans une université située à Saint-Denis où 50% des étudiants dépendent de leur bourse et où un sur quatre est étranger. Avec la crise sanitaire, doublée d’une crise économique, cette précarité s’accentue comme nous l’explique Bersa qui a perdu son travail du fait du coronavirus. Un autre étudiant témoigne de cette difficulté à entrer sur le marché du travail dans la situation actuelle. Si lui ne travaille pas pour l’instant, il nous affirme que des proches à lui “galèrent depuis des mois pour trouver du travail”.

Les étudiants précaires se voient aussi mis en difficulté par l’organisation des cours, dont la plupart sont en distanciel, du fait de l’absence d’endroit tranquille où travailler. Pour Lina par exemple, il est difficile de se concentrer pour travailler, avec son frère à côté. Même pour les étudiants qui ne souffrent pas de la précarité, le distanciel, couplé à un couvre-feu qui nous enlève tout ce qui nous restait de notre vie sociale, peut provoquer un sentiment de solitude et d’isolement.

Ainsi, la réalité des étudiants de Paris 8, qui pour la plupart galèrent à trouver un travail, obtenir leur bourse ou suivre leurs cours, contraste bien avec la version officielle du gouvernement, qui consiste à faire de la jeunesse la responsable de la propagation du virus. Si ce dernier circule bien évidemment dans la sphère privée, comme le dit Nina, il s’agirait, plutôt que de donner du fric à la police, d’investir massivement dans l’éducation et dans les hôpitaux au lieu d’en faire des entreprises, “parce que la santé des gens n’est pas vraiment un truc sur lequel on peut se faire des thunes”.




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