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Réforme des retraites

« Pause » & « médiation » : l’intersyndicale abandonne le retrait total de la réforme

Après l’appel à mettre « sur pause » la réforme, l’intersyndicale demande une « médiation ». Si le gouvernement a rejeté la proposition dans la foulée, montrant bien qu’aucun compromis n’est possible, cette proposition est symbolique de la stratégie de la défaite de l’intersyndicale. Il est urgent de nous organiser à la base pour imposer d’autres exigences, élargir nos revendications, généraliser la grève.

Damien Bernard

28 mars 2023

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Ce mardi, Philippe Martinez a annoncé depuis Clermont-Ferrand que l’intersyndicale allait « écrire » à Macron à l’issue de la manifestation pour lui demander une « médiation ». « Comme on l’a décidé en intersyndicale, on a proposé une nouvelle au gouvernement et surtout au président de la république de suspendre la réforme et de nommer une médiation », a ainsi expliqué le secrétaire général de la CGT. « Quand il y a un conflit social qui dure, on essaie de trouver une solution », a-t-il ajouté.

« Pause », « suspension » : l’intersyndicale abandonne la revendication du retrait de la réforme

Le matin, Laurent Berger avait formulé la même demande sur France Inter : « Il y a une profonde contestation. Ce serait une folie de la part de ceux qui nous gouvernent de ne pas prendre le temps de temporiser », a-t-il expliqué. Avant d’ajouter : « Il faut qu’on rentre dans un processus de médiation. Il faut qu’on mette sur pause la mesure » de report de l’âge de départ à 64 ans, précisant parler au nom de l’intersyndicale.

Ces déclarations ont au moins le mérite de la clarté. Si depuis le début du mouvement le retrait de la réforme dans son ensemble était considéré par les directions syndicales comme non amendable et non négociable, l’intersyndicale abandonne cette revendication minimale au profit d’une « suspension » de « la mesure de relèvement de l’âge de départ à 64 ans ».

Cet abandon du retrait de la réforme signe ainsi un renoncement revendicatif majeur et un alignement sur les positions de Laurent Berger de l’ensemble de l’intersyndicale et notamment de la CGT et de Solidaires.

L’intersyndicale signe la première trahison du mouvement sur le plan revendicatif

Cet abandon du retrait de la réforme est problématique à plusieurs titres. D’abord, car l’intersyndicale n’a reçu aucun mandat de la base pour abandonner la principale revendication du mouvement. Les directions syndicales l’ont décrété unilatéralement alors même que des millions de personnes manifestent depuis plusieurs mois pour exiger le retrait immédiat de la réforme des retraites.

L’abandon de ce mot d’ordre ne peut que créer de la confusion à la base. En effet, alors que le retrait de la réforme était considéré comme un acquis du mouvement, son abandon pour des objectifs limités, flous et hypothétiques, ne peut être interprétée que comme un refus d’obstacle. Au lieu de limiter nos mots d’ordre, il s’agirait au contraire d’élargir les revendications pour unifier le monde du travail en intégrant notamment la question des salaires.

Finalement, cet abandon du retrait de la réforme pour « la pause » dessine une voie qui, plutôt que chercher à mettre réellement la « France à l’arrêt », vise un « compromis » avec Macron. Or, comme dans tout « compromis » avec nos ennemis, le monde du travail sera perdant. Laurent Berger en est bien conscient et prépare déjà les esprits en affirmant : « si on ne se met pas d’accord dans les six mois […], alors revenez aux 64 ans mais faites la place au compromis social ».

Ni « pause » ni « médiation » : il faut s’organiser à la base pour opposer une stratégie alternative

L’abandon du retrait de la réforme et de l’appel à la « médiation » ne peuvent que nous désarmer. En effet, loin de chercher à augmenter le rapport de force pour vaincre Macron, l’intersyndicale dessine le chemin du compromis pour trouver « une voie de sortie et d’apaisement ». Une perspective qui est non seulement totalement utopique mais qui nous dirige directement vers la défaite. Ce n’est en effet pas l’avis d’« une, deux, trois personnes, pour faire de la médiation » qui changeront quoi que ce soit aux objectifs que se fixent Macron et le grand patronat.

L’intersyndicale compte pourtant bien persister dans cette voie comme le montrent les déclarations de Laurent Berger. Et ce alors que Macron, via Olivier Véran, a balayé d’un revers de main la proposition de Berger et l’intersyndicale : « pas besoin de médiation », « la loi a vocation à s’appliquer dès le mois de septembre » a renvoyé le porte-parole de l’Élysée. Malgré ce rejet clair du gouvernement, Berger a simplement rétorqué : « Ça va commencer à suffire les fins de non-recevoir à la discussion et au dialogue (…) C’est insupportable que la réponse soit une fin de non-recevoir », avant d’ajouter : « C’est une proposition de l’intersyndicale, formulée depuis trois heures, et elle est déjà refusée  ».

Alors que le gouvernement rejette tout compromis, que le mouvement à la base se durcit Berger et l’intersyndicale persistent donc à vouloir se rasseoir à la table des négociations, cette fois via une médiation. Cette stratégie ne peut que mener à rogner toujours plus les revendications initiales. En effet après avoir reculé sur le retrait total de la réforme, sur quoi sera-t-elle prête à céder ?

Face à cette trahison, il est d’autant plus urgent de s’organiser à la base. C’est en ce sens que le Réseau pour la grève générale cherche à construire des comités d’actions pour prendre nos affaires en mains. Comme l’expliquait l’appel voté par le Réseau ces comités d’action sont une perspective aussi concrète qu’urgente, pour rassembler dans toutes les localités, les travailleuses et les travailleurs déterminés à lutter à la hauteur de ce qu’exige la situation. Ce réseau pour la grève générale, qui rassemble pour le moment quelques centaines de travailleurs, de syndicalistes et d’étudiants, doit s’étendre dans tout le pays pour construire la généralisation de la grève au travers de comités d’action.


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