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« Mettre sur pause » : Laurent Berger appelle-t-il encore au retrait de la réforme ?

Au lendemain de la mobilisation puissante du 23 mars, Laurent Berger a appelé Macron « au dialogue » et à « mettre sur pause la réforme des retraites ». Ces déclarations, loin d'être anodines, pourraient dessiner un renoncement revendicatif sur le retrait de la réforme, vers une solution de « compromis ». Si ce renoncement revendicatif se confirmait, il s'agirait d'une trahison de la direction de la CFDT sur le mouvement en cours.

Damien Bernard


et Erell Bleuen

24 mars 2023

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Hier, le scénario que le gouvernement voulait à tout prix éviter s’est réalisé : la journée de mobilisation du 23 mars a combiné les manifestations massives et parfois records, avec des tendances au débordement et à la spontanéité qui se développent au cœur du mouvement – bien loin des « factieux » que décrivait Macron mercredi.

Terminé le retrait de la réforme ? Place à la pause !

Mais alors que le changement de caractère du mouvement montre qu’il est possible de gagner, Laurent Berger, secrétaire de la CFDT à la tête de l’intersyndicale, a détaillé ce matin sur RTL sa « stratégie pour la victoire » : faire une pause ! Il a en effet expliqué que « la solution c’est de dire qu’on met sur pause, on se donne six mois pour regarder et sur le travail et sur les retraites comment on peut reprendre les choses à l’endroit ». Une proposition qui selon lui, « calmerait le jeu » et permettrait « aux organisations syndicales » de « nourrir leurs propositions et trouver un compromis s’il est possible ».

Autrement dit, plus question pour Laurent Berger de « retrait de la réforme » mais d’une « pause ». Un changement de discours qui constitue une rupture majeure avec la revendication que portait l’intersyndicale, sous pression de la base, depuis le début du mouvement. Alors que jusqu’ici Berger maintenait avec clarté cette revendication, comme le 18 mars dans un tweet où il demandait explicitement « le retrait du texte sur la réforme des retraites », ce renoncement revendicatif, s’il se confirmait, constituerait une capitulation face au gouvernement et une trahison du mouvement de masse.

Une capitulation face à Macron : vers une trahison sur la revendication clé du mouvement social ?

En effet, loin de chercher à s’appuyer sur le regain du mouvement de masse, et son saut de détermination le 23 mars pour aller jusqu’à la victoire, Laurent Berger appelle d’un côté les travailleurs à « l’apaisement », de l’autre, le gouvernement à « l’écoute » et au « dialogue ». « Il faut calmer le jeu maintenant, avant qu’il y ait un drame », a-t-il appuyé. Une position qui, très loin de ses appels à mettre « la France à l’arrêt » le 7 mars, finit par appeler à un « compromis » avec Macron qui, dans le même temps cherche à briser la grève des raffineurs par ses réquisition, et ne cesse par ses provocations de démontrer son mépris des travailleurs, pendant qu’il impose ses réformes par 49.3. Un appel à une sortie « par le haut » et au « dialogue » qui ne peut constituer qu’une compromission avec Macron.

Suite à ces appels, mais surtout sous pression de la mobilisation puissante du 23 mars, Emmanuel Macron a semble-t-il changé de ton par rapport à son allocution. En déplacement à Bruxelles ce vendredi, il a notamment affirmé être « à disposition de l’intersyndicale » à l’issue de la décision du Conseil constitutionnel sur la réforme des retraites. « J’ai indiqué notre disponibilité à avancer sur des sujets comme l’usure professionnelle, les fins de carrière, les reconversions, l’évolution des carrières, les conditions de travail, les rémunérations dans certaines branches », a expliqué Macron. « Et donc je suis à la disposition de l’intersyndicale si elle souhaite venir me rencontrer pour avancer sur tous ces sujets », a-t-il surenchéri.

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Laurent Berger veut un compromis : il faut s’organiser par en bas pour l’en empêcher !

Alors que le mouvement a démontré le 23 mars sa disposition à aller plus loin dans le rapport de forces pour obtenir le retrait de la réforme et bien plus encore, Laurent Berger cherche à calmer la situation en ouvrant la voie à un compromis avec notre pire ennemi : Macron. Dans le même temps, le dirigeant de la CFDT, et l’intersyndicale recherchent des portes de sorties institutionnelles à l’énorme détermination de la base : du Conseil Constitutionnel au Référendum d’Initiative Partagée. En d’autres termes, pour Laurent Berger, il n’est même plus question de faire pression pour obtenir le retrait de la réforme mais de faire pression le 28 mars pour « un compromis » avec Macron. Alors que la victoire est à portée de main, il est plus que nécessaire de refuser la voie du « compromis » dessinée par Laurent Berger.

Alors que la journée du 23 mars a fait redescendre Macron et ses provocations sur terre, il nous faut construire une stratégie alternative à celle de la défaite. Pour cela, il est plus qu’urgent de s’organiser à la base, entre travailleurs, syndiqués ou non syndiqués, de différents secteurs, jeunes. C’est ce sur quoi ont insisté les nombreux travailleurs réunis dans le Réseau pour la grève générale ce mardi soir. Dans un appel publié hier, ils appellent à la mise en place de comités d’action pour la grève générale partout, pour réunir toutes celles et ceux qui veulent construire la grève générale et vaincre Macron.


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Erell Bleuen

Twitter : @Erellux

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