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Notre classe

Première ligne en colère !

Polyclinique Bordeaux Rive Droite : la grève est terminée, mais le mépris patronal continue

Cela faisait quatre semaines que les travailleuses de la Polyclinique Bordeaux Rive Droite étaient en grève. Si la grève est aujourd’hui terminée, les principales revendications des grévistes n’ont pas été satisfaites. Ce mardi, elles étaient venues à la clinique Bordeaux Nord devant le siège de la direction pour l’interpeller.

mercredi 9 juin

En grève depuis maintenant 4 semaines, devant le siège de GBNA (groupe privé auquel ils appartiennent), les soignants de la Polyclinique de Bordeaux Rive Droite ont mené une action coup de poing ce mardi matin à 11h. Ils se sont réunis, accompagnés de leurs collègues de la clinique de Bordeaux Nord, d’une délégation de jeunes de Révolution Permanente, l’élue municipale NPA de Cenon et de représentants syndicaux, venus en soutien, dans le but de continuer à mettre la pression sur la direction qui cherche par tous les moyens possibles de casser la grève. Depuis le début, ça s’est traduit par exemple par des réquisitions, des entretiens de dernière minute et notamment avec des propositions minimalistes et ridicules.

Philippe Cruette, directeur général du groupe GBNA, a rencontré les grévistes, pour tenter, par des propos infantilisants et méprisants à l’égard des soignants, de les faire renoncer à continuer la grève. C’est après quelques minutes de tractages auprès des automobilistes dans l’attente de rencontrer un représentant, que Philippe Cruette, directeur général du groupe, s’est présenté aux grévistes en tenant des propos honteux ! Pour lui, il est plus que regrettable que les soignants aient refusé la dernière proposition de la direction alors qu’il s’agit notamment de rémunérer les soignants 12h pour une durée de travail de… 12h ! Il considère également que les grévistes sont responsables du dysfonctionnement actuel de la Polyclinique : « Ce que vous faites ici, c’est pour pénaliser le groupe Bordeaux Nord ! ». Pendant trente minutes, il explique et justifie avec un ton condescendant pourquoi la direction ne peut donner d’augmentation au vu des bénéfices de la clinique : une volonté de retourner la situation de la part du directeur du Groupe Bordeaux Nord Aquitaine dont les revenus s’élèvent à 250 millions d’euros et dont les nouveaux investisseurs, comme le financier UI Investissement et Geneo Capital Entrepreneurs, société d’investissement et d’accompagnement, ont prévu de donner une généreuse enveloppe de plus de 15 millions d’euros au groupe dans les mois à venir.

Françoise, infirmière à Bordeaux Nord depuis les années 90, venue en soutien, nous raconte sa profonde colère quant à la gestion catastrophique du système de santé dans notre pays. Elle met en cause les gouvernements successifs qui ont mené des politiques d’austérité dans la santé publique depuis des années et la direction de son établissement qui ne les considère pas : « c’est un problème national depuis des années, plus personne ne veut faire se boulot car c’est des conditions de travail qui sont de plus en plus difficile. On est en pénurie de personnel et on se retrouve à une infirmière pour deux soignantes dans les services mais il faut voir la quantité de patients ! ». Deux infirmières nous faisaient part de ce même constat : « On est les oubliés de la société, on est bon pour soigner et s’occuper des gens quand il y a des pandémies mais on n’est pas considéré ! On a juste le droit de travailler et surtout se taire, avoir des salaires médiocres et des conditions de travail déplorables ! Ce que j’en pense c’est que c’est lamentable ! » 

Mais après le rendez-vous de dernière minute convoqué par la direction avec les représentants syndicaux, la fin de la grève est signée. Pourtant, la direction est encore loin d’avoir répondu à l’ensemble des revendications des grévistes qui se sont battues pendant quatre semaines : elle refuse catégoriquement l’augmentation des salaires d’environ 110€ brut et l’amélioration, de fait, de la qualité de travail des soignants en recrutant du personnel massivement.

Une première manche contre le mépris de cette direction, qui a fait la sourde oreille pendant quatre semaines, qui n’est que partie remise alors que la colère gronde dans le secteur hospitalier. Cela s’est d’ailleurs illustré ce mardi matin au piquet devant la clinique Bordeaux Nord, où plusieurs services de la clinique sont descendus en solidarité avec les 4 PAV en grève. Un soutien important de la part de leurs collègues soignants qui, eux aussi, sont en négociation avec la direction pour tenter d’obtenir des moyens supplémentaires.

C’est dans un contexte de colère profonde de la part des soignants que s’est inscrite cette grève à la Polyclinique Bordeaux Rive Droite. Bien que la grève soit terminée, elle a montré la solidarité de plusieurs services qui ont rejoint le mouvement en solidarité avec leurs collègues, et soudé de nombreuses travailleuses entre elles, dans une grève de 22 jours dont elles n’auraient pas imaginé aller jusque là. Si cette grève est illustratrice du profond désarroi dans la santé, tant dans le public que dans le privé, leurs revendications le montrent bien, comme celle d’être payée 12H pour 12H de travail, qui paraît une évidence. Après avoir été un an en première ligne de la crise sanitaire, sans moyens, sans effectifs, dans la santé, au public, comme au privé, la sensation de ne pas être considérés est très forte.

Depuis le mois de mai, de nombreux services appellent à la grève, autour de revendications souvent très communes. Nécessité de moyens massifs, embauches de personnels, la fin du mépris, comme des temps de repos et congés… la première ligne que Macron appelait démagogiquement les héros, sont aujourd’hui plus que méprisés par leurs directions, et le gouvernement. Comme la mascarade du Ségur l’a montré, de nombreux secteurs furent tout simplement « oubliés », sans rien obtenir, n’étant pas considérés tout à fait en première ligne. Pour parvenir à faire plier les directions, et le gouvernement, c’est en appelant à une lutte commune, réunissant l’ensemble des services, sans corporatisme qu’on obtiendra satisfaction, pour les travailleurs de l’hôpital, comme pour les usagers.

C’est pour ça qu’il est urgent que les directions syndicales cessent d’appeler à des journées saute moutons et sans lendemain, et mettre un place un plan de bataille pour cette première ligne en colère. Si aujourd’hui nous devons continuer à exiger des moyens massifs pour la santé, et des conditions de travail dignes pour les personnels, il est urgent d’imposer la nationalisation sans rachat des groupes hospitaliers privés sous contrôle de l’ensemble des travailleurs de la santé. Car au regard de la crise sanitaire et sa gestion catastrophique, que ce sont les travailleurs sur le terrain, qui sont les plus à même de gérer leur outil de travail, selon notre santé et nos vies, et pas leurs profits : la santé ne peut pas être soumise aux profits capitalistes !




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