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Elections présidentielles en Argentine

Présidentielles en Argentine : la campagne de l’extrême-gauche bat son plein !

Dans un contexte polarisation au sein du pays autour de la question de la crise économique, la campagne présidentielle bat son plein. Suivant l'exemple des travailleurs équatoriens qui luttent actuellement contre les plans d'austérité du FMI et du gouvernement de Lenín Moreno, la gauche Argentine mène une campagne ambitieuse d'indépendance de classe avec des secteurs importants de travailleurs, de femmes ainsi que de la jeunesse.

lundi 14 octobre

Crédit photo : Enfoque Rojo

Alberto Fernandez contre Mauricio Macri : qui fera respecter les plans du FMI ?

C’est dans un contexte économique de crise et de retour des plans d’austérité du FMI dans les économies nationales de la région que se déroule actuellement la campagne présidentielle en Argentine.

Lors des primaires d’août dernier, le candidat et actuel président Mauricio Macri, subordonné au FMI et directement soutenu par Trump, avait subi une importante défaite électorale. Cette défaite exprimait très clairement l’opposition de larges secteurs des classes populaires à l’austérité entreprise par l’actuel gouvernement.
Or, à l’exception des organisations du Front de Gauche des Travailleurs-Unité (FIT-U), l’ensemble des formations politiques qui concourent à ces élections s’accordent pour faire payer la dette du FMI aux classes laborieuses argentines. Dans le même temps, en Equateur, des mobilisations et une grève générale d’une ampleur sans précédent contre les mesures austéritaires du FMI et du président Lenín Moreno ont permis de faire reculer le gouvernement.

En Argentine, selon les dernières estimations, le scénario le plus probable serait une polarisation de l’élection entre la droite incarnée par Mauricio Macri et le populisme péroniste de la coalition du Frente de Todos.

Or, c’est bien la coalition péroniste (forme de populisme argentin) du Frente de Todos menée par Alberto Fernandez et l’ancienne présidente Cristina Fernandez qui est aujourd’hui donnée comme largement victorieuse des élections. Le camp du Kirchnerisme qui s’affiche faussement comme l’option qui permettrait la récupération économique, par un discours largement démagogue, a déjà prévu de payer la dette au FMI.

De plus, leurs candidats jouent la carte de l’apaisement social alors que l’Argentine connait une forte crise économique qui fait monter la colère dans de nombreux secteurs de travailleurs et de la jeunesse comme le montrent les récentes mobilisations qui ont eu lieu en septembre dernier à Buenos Aires. Le camp du péronisme est ainsi largement soutenu par les bureaucraties syndicales de la CGT et du CTA (deux des principaux syndicats argentins) qui ont permis au gouvernement de Macri et aux patrons de faire passer les réformes austéritaires.

En ce sens, alors que l’extrême gauche révolutionnaire représentée par le FIT-U soutient les mobilisations historiques qui secouent l’Equateur, les candidats du Frente de Todos (qui avaient d’ailleurs largement salué l’investiture de Lenin Moreno, l’actuel président équatorien exécutant des plans du FMI) sont silencieux au sujet des révoltes du pays voisin. Leur silence trahissant ainsi leur soumission aux intérêts impérialistes.

Une campagne en pleine vitesse pour un projet d’indépendance de classe

Face à ce scénario de polarisation à échelle de la politique traditionnelle entre Alberto Fernandez et le bilan de Mauricio Macri, l’extrême gauche argentine constituée autour du Front de Gauche – Unité a pour défi de s’entourer de secteurs importants de travailleurs, de femmes et de jeunes qui puissent mettre en avant la possibilité d’une alternative à la crise et aux plans du FMI.

Une campagne ambitieuse, en somme, et qui a pour principal objectif de construire une force sociale, non seulement pour la campagne des présidentielles mais aussi, et surtout, pour la suite. En effet, en mettant en avant un profil d’indépendance de classe et des gouvernements successifs comme des patrons et du FMI, le FIT-U exige que ce soient les capitalistes – pleinement responsables de la crise - qui paient.

En ce sens, et pour faire entendre ce message à des couches importantes de la population sur le point de faire l’expérience d’un nouveau gouvernement aligné au FMI, le FIT développe une campagne à la fois sur les réseaux sociaux, dans la rue ainsi qu’avec d’importants acteurs de la jeunesse et un réseau important de collaborateurs et militants dans tout le pays qui font résonner son programme de sortie de la crise.

D’importants secteurs de jeunes, de femmes et de travailleurs, sont aujourd’hui convaincus de la nécessité de s’organiser autour d’un projet politique alternatif et révolutionnaire pour que les travailleurs et les secteurs populaires ne paient pas de nouveau la crise orchestrée par les capitalistes et le FMI et organisée par le gouvernement et ses alliés de ladite opposition péroniste.

Une politique qui a abouti ce 5 octobre à une démonstration de force et à un message pour les puissants, alors que l’espace politique était jusqu’à présent occupé par les partis traditionnels et leur volonté d’appliquer les plans du FMI.
Sur la plus grande avenue de Buenos Aires, et du monde, la 9 de julio, le journal Clarín parle de plus de 25 000 personnes présentes pour le meeting où Nicolas del Caño, Myriam Bregman (tous deux membres du Parti des Travailleurs Socialistes) ainsi que Romina del Pla (Parti Ouvrier) et de nombreux autres orateurs des différents partis qui constituent l’alliance politique et électorale de la gauche trotskyste argentine ont pu exposer leur programme avec force.

Les orateurs venaient des quatre organisations qui composent le FIT-U mais également de nombreux groupes d’opposition de base dans les syndicats et les lieux de travail, y compris l’ usine Madygraf occupée par des travailleurs .

Se sont multipliées des interpellations envers les dirigeants des syndicats pour qu’ils rompent leur "pacte social" avec le nouveau gouvernement et développent un plan de lutte pour défendre les droits des travailleurs, ainsi que d’importants secteurs de la jeunesse et de femmes, premières victimes de la crise et de la précarisation. Un fort message aux puissants et au FMI, qui prépare l’avant-garde argentine à lutter contre le scénario d’un développement de la crise en montrant clairement « pour qui et dans les intérêts de qui se prépare le prochain gouvernement ».

Un programme ouvertement anti-impérialiste, révolutionnaire et internationaliste !

Au vu de la catastrophe à laquelle le FMI est en train de mener l’Argentine et ses secteurs populaires, le rejet de la dette externe, frauduleuse illégale et illégitime est un des principaux axes de la campagne du FIT-U, afin que l’argent ne parte plus vers la dette et les intérêts des capitalistes étrangers mais vers l’éducation, la santé et les nécessités élémentaires.

La rupture avec le FMI ainsi qu’avec les mesures d’austérité et d’augmentation des prix des produits de première nécessité de la population devient une tâche absolument nécessaire et dont les travailleurs et indigènes d’Equateur ont montré la voie pour leur faire face. La mise sous contrôle ouvrier de la production et des transports, sous contrôle des usagers et dans l’intérêt de tous passera par la constitution d’une force politique et révolutionnaire que la campagne actuelle de l’extrême gauche prépare.

“Il y a une tendance historique dans le monde entier à une concentration scandaleuse de la richesse entre les mains de milliardaires, alors que la grande majorité d’entre nous obtenons une part de plus en plus petite du gâteau. Dans les pays les plus pauvres, cela entraîne des vagues d’immigration constantes. Des milliers de personnes se noient en Méditerranée ou risquent de perdre leurs enfants à la frontière sud des États-Unis. Mais le capitalisme appauvrit également les travailleurs américains, français, anglais et allemands. Les jeunes recherchent des alternatives à gauche, mais les politiciens réactionnaires tentent de canaliser la rage vers des solutions de droite.[...] C’est dans les rues de Quito que se définit la situation de l’Amérique Latine” a déclaré le candidat aux présidentielles Nicolas del Caño, membre du PTS au sein du Frente de Izquierda Unidad.

Le FIT-U n’est pas simplement un nouveau phénomène de gauche électorale, comme Syriza en Grèce ou La France Insoumise en France, qui se placent sur des terrains institutionnels. Le PTS dans le FIT-U se bat pour construire une force militante dans la classe ouvrière, avec ou sans emploi, et dans la jeunesse pour lutter dans la perspective d’un gouvernement des travailleurs, construit sur les ruines de l’Etat bourgeois. Compte tenu d’un niveau relativement faible de la lutte des classes en Argentine pour le moment, ce programme anticapitaliste de la lutte ne gagnera pas la majorité des voix, mais il se donne le défi de préparer les combats décisifs à venir.




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