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Politique

Une tentative de masquer l’échec

Rassemblements de plus de six personnes en extérieur interdits : toujours plus de répression pour masquer les échecs

Gérald Darmanin a annoncé mercredi que les rassemblements de plus de six personnes en extérieur seraient interdits sur tout le territoire français. Une mesure répressive de plus pour masquer l’absence de stratégie efficace pour freiner le virus.

jeudi 25 mars

Crédits photo : AFP, Anne-Christine Poujoulat

L’épidémie de Covid-19 gagne chaque jour un peu plus de terrain. Jeudi, lors de son allocution hebdomadaire, Olivier Véran a annoncé que plus de 45 000 personnes avaient été testées positives au coronavirus en 24h. « Je dois vous dire que la situation sanitaire n’est pas bonne », nous dit-il. Les patients admis à l’hôpital pour cause de Covid sont de plus en plus jeunes, et de moins atteints par des comorbidités. En tout, 35 à 45 % des interventions à l’hôpital sont déprogrammées pour faire de la place pour les patients Covid, et ce chiffre pourrait atteindre 80 % si la situation continue de s’aggraver.

Face à cette situation dramatique, pas de tournant radical dans la stratégie gouvernementale pour freiner l’épidémie. Les mesures prise la semaine dernière, qu’on peut à peine appeler confinement (Véran y revient en disant qu’il refuse d’entrer dans des « débats sémantiques »), s’étendent désormais à la Nièvre, au Rhône, et à l’Aube.

En revanche, Véran n’est pas revenu sur les déclarations de Darmanin mercredi, qui priaient les policiers de mettre un coup d’accélérateur sur les verbalisations en cas de rassemblement de plus de six personnes en extérieur. « Les forces de l’ordre verbaliseront les faits caractérisés d’abus de la règle » a déclaré le ministre de l’Intérieur. La mesure est en réalité en place depuis le deuxième confinement, mais bénéficiait jusque-là d’une certaine tolérance. Cela ne sera plus le cas ; à l’approche des beaux jours, le gouvernement met en garde la population, confinée et privée de loisirs depuis un an, qu’elle ne pourra pas profiter du soleil librement.

Cette mesure est tout d’abord un non-sens d’un point de vue scientifique. On sait, depuis des mois, que le virus circule surtout en lieux clos. Les contaminations en extérieur sont rares, voire rarissimes avec le respect des gestes barrières. À ce stade, en France, aucun cluster lié à un rassemblement en extérieur n’a été identifié, et ce même après l’arrivée des variants plus contagieux.

Mais elle s’inscrit surtout dans la droite lignée de la gestion répressive et pro-patronale de la crise sanitaire de la part du gouvernement. À chaque stade de l’épidémie, l’État français a fait passer des mesures pour préserver l’économie, pour ne pas dire les profits des grandes entreprises, aux dépens de la santé de la population. Après l’évacuation répressive des quais par la police il y a quelques semaines, le gouvernement interdit désormais totalement tout rassemblement de plus de six personnes. C’est ainsi qu’aujourd’hui, alors que l’on est rentrés dans une troisième vague qui va aller en s’aggravant, aucune mesure efficace n’est prise pour freiner les contaminations là où elles ont lieu, c’est-à-dire dans les espaces clos et où se produisent des brassages, à savoir : les écoles, les lieux de travail, et les transports en commun.

Véran a encore une fois rappelé que le gouvernement ne fermerait les écoles qu’en dernier recours, mais sans mettre aucun moyen pour les maintenir ouverte en toute sécurité alors que les travailleurs et élèves de l’Education nationale s’entassent dans des établissements rendant incapables la distanciation sociale. Résultat, certains établissements accueillent des élèves alors que tous les professeurs sont en arrêt. La seule mesure annoncée est encore une fois un renforcement du protocole sanitaire en milieu scolaire : un ton rassuriste que l’exécutif use pour calmer la gronde chez les enseignants du secondaire alors que le protocole de Blanquer se résume peu ou prou à l’ouverture des fenêtres.

L’objectif est clair : les écoles doivent jouer leur rôle de garderie du MEDEF jusqu’au bout, pour ne pas empêcher les parents d’aller travailler. D’ailleurs, si l’école était une telle priorité pour le gouvernement, le personnel de l’Éducation Nationale devrait être parmi les premières catégories de population à recevoir un vaccin. Au lieu de ça, Véran a une nouvelle fois repoussé cette échéance, revenant sur l’objectif de la mi-avril, pour retomber sur un vague « dès que ce sera possible ».

Pas de mesures dans les entreprises non plus, puisque le gouvernement se contente « d’inciter très fortement au télétravail » sans plus de mesures restrictives. La santé des employés, qui vont de potentiels clusters en potentiels clusters en allant au travail en transports, dépend donc du bon vouloir des patrons.

Toujours plus de répression, donc, pour toujours aussi peu d’efficacité contre le virus. Face à l’aggravation de la situation sanitaire, dont le gouvernement est entièrement responsable, et à l’incapacité de mettre en place une campagne de vaccination efficace, l’État continue à alimenter la rhétorique de la responsabilité individuelle, Darmanin en appelant « au sens des responsabilités des Français ». Face à l’épidémie, et contre une gestion pro-patronale qui sacrifie notre santé et notre vie sociale, nous devons imposer des mesures sanitaires efficaces et qui ne fassent pas passer les profits avant nos vies !




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