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Politique

Contre-réforme de Vulcain

Réforme de l’assurance chômage XXL : Dussopt précise le calendrier de l’offensive

Dans une interview, le ministre du travail Olivier Dussopt est venu réaffirmer le programme anti-social du gouvernement en précisant le contenu de la réforme du chômage XXL. Entre la baisse des durées d’indemnisations et la généralisation de leur caractère dégressif en fonction de la conjoncture, Macron II prépare une attaque d’ampleur pour la rentrée.

mercredi 27 juillet

« Il est nécessaire d’aller plus loin ». Ce mardi, le ministre du travail Olivier Dussopt, lors d’une interview accordée au Parisien a précisé la feuille route du gouvernement au sujet de la réforme du chômage, du RSA, mais aussi des retraites. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après une loi « pouvoir d’achat » qui préserve les intérêts du grand patronat, le mantra sarkozyste « travailler plus pour gagner plus » fait la toile de fond de l’agenda Macron II. Au programme : indexation de la durée d’indemnisation et extension de son caractère dégressif en fonction de la conjoncture économique, et une application du conditionnement du RSA à 15 ou 20 heures d’activités hebdomadaires « le plus rapidement possible ».

Emmanuel Macron l’a annoncé le 14 juillet dernier, le ministre du travail est venu confirmer les premières pistes de réflexions pour la poursuite de la contre-réforme de 2019, entrée pleinement en vigueur en décembre 2021,. Celle-ci est venue rallonger le temps de travail nécessaire pour être éligible à l’allocation chômage (de 4 mois de travail sur les 24 derniers mois à 6 mois de travail sur les 24 derniers mois), pour le rechargement des droits (d’un mois travaillé à 6 mois travaillés) et a mis un place une première dégressivité (30 % de l’allocation pour les allocataires qui percevaient un salaire d’au moins 4 500 € dans leur emploi précédent). Si les mesures en vigueur depuis la réforme appliquée en 2021 vont être prolongées, c’est bien un durcissement important de l’accès à l’assurance-chômage qui est visé par le gouvernement.

Confirmant les premières pistes, Olivier Dussopt donne le ton : les « règles d’indemnisation doivent tenir compte de la situation du marché de l’emploi, comme le fait, par exemple, le Canada. Quand ça va bien, on durcit les règles et, quand ça va mal, on les assouplit. » Concrètement, au Canada, vanté par le ministre du Travail, le nombre d’heures travaillées nécessaires pour toucher des indemnités varie en fonction du taux de chômage. Le site de l’Unedic donne quelques exemples éloquents : « si le taux de chômage régional est à moins de 6 %, il faut avoir travaillé 700 heures. Si le taux de chômage régional est à 11,5 %, il faut avoir travaillé 490 heures. » ; « Si une personne a travaillé 420 heures dans une province où le taux de chômage est de moins de 13 %, il ne sera pas indemnisé. En revanche, si le taux de chômage est supérieur à 13 %, il pourra être indemnisé entre 26 et 32 semaines. »

Le gouvernement Macron souhaiterait ainsi appliquer cette logique pour déterminer « la durée de l’indemnisation chômage et son caractère dégressif ». Ce dernier aspect ne concernerait donc plus seulement les cadres gagnant plus de 4 500 euros mais pourrait être étendu à l’ensemble des chômeurs qui verrait leur allocation réduire voire disparaitre selon le taux de chômage. En définitive, il s’agit de redéfinir les critères d’accès aux indemnisations de chômage afin de les rendre encore plus exigeantes et précaires. Si les modalités ne sont pas encore précises, la volonté du gouvernement est claire : faire des économies en poursuivant la casse d’un acquis ouvrier majeur et en aiguisant l’épée de Damoclès au-dessus des chômeurs.

D’autre part, le ministre du travail est revenu sur la contre-réforme du RSA promise par Emmanuel Macron dans son programme qui sera « mise en place le plus rapidement possible ». Une réforme qui, derrière l’argument d’insertion, prévoit de faire travailler 15 à 20 heures par semaines les bénéficiaires du RSA pour 500 euros. Maquillé en « stage, formations individuelles, collectives ou périodes d’immersion en entreprise », c’est un véritable renforcement du contrôle des plus précaires, par le conditionnement de leur. À ce sujet, le ministre est clair : « Une fois que nous l’aurons mise en place, celui ou celle qui ne joue pas le jeu peut être sanctionné, jusqu’à la suppression de son allocation, ce que prévoit déjà la loi. »

Des mesures supposées mener au « plein emploi » d’ici 2027, et répondre à « pénurie » dans différents secteurs désertés… en raison des conditions de travail imposées aux salarié.e.s et des faibles salaires. Ici, c’est Emmanuel Macron qui affirmait ce cap le 14 juillet dernier surfant sur la traditionnelle rhétorique de criminalisation de « l’assistanat » profitant des aides sociales et la volonté de « remettre au travail » les chômeurs. « France Travail » souhaité par le chef de l’État, ressemble de plus en plus à une véritable machine de guerre contre les chômeurs et les plus précaires, dans l’objectif de faire toujours plus d’économies… qui bénéficieront au grand patronat.

Une logique que l’on retrouve avec le retour annoncé de la réforme des retraites, repoussée jusqu’alors, en raison de l’instabilité du gouvernement. Olivier Dussopt a confirmé l’objectif de l’été 2023 « pour l’entrée en vigueur des effets de la réforme ». Sans en dire plus sur le fond, la logique de l’exécutif a néanmoins été réaffirmée par le ministre : « le système est déjà déficitaire. Nous faisons le choix de ne pas augmenter les impôts ni la dette, donc il faudra travailler plus ».

Confronté à une crise politique d’ampleur, il n’est pas pour autant une surprise que le gouvernement mette en avant de telles contre-réformes, au cœur de son programme depuis 2017, mais aussi largement partagée par sa base sociale et par Les Républicains, alliés potentiels dans le cadre d’une Assemblée instable. Alors que le gouvernement a annoncé une extension historique de la trêve des débats parlementaires jusqu’en octobre, il fait peu de doute que ce temps de temporisation permettra au gouvernement de s’harmoniser avec les LR sur de telles contre-réformes, « dont une grande partie joue le jeu de la construction d’un compromis » pour le ministre du travail.

Pour autant, de telles attaques contre les acquis du mouvement ouvrier ne sont pas sans risques d’explosion sociale. Le choix de commencer par l’assurance-chômage, proie facile, avant de s’attaquer aux retraites, révèle la volonté d’achever les contre-réformes entamées sous le précédent quinquennat. La première contre-réforme de l’assurance chômage avait, de fait, peu mobilisé, dans le silence assourdissant des directions syndicales, qui ont joué jusqu’au bout le jeu du « dialogue social » et n’ont proposé aucune plan de bataille. Ainsi, face à ces offensives, aucune réponse ne doit être donnée aux appels de concertation du gouvernement et de son « conseil national de la refondation », qui ne cherche par là qu’à empêcher l’émergence d’un mouvement dans la rue. Il y a urgence à poser des perspectives de luttes à partir des mobilisations existantes, afin de construire le rapport de force sur le terrain du monde du travail et des plus précaires, comme toujours premières victimes du gouvernement Macron.

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