^

Politique

Racisme

Relaxe de militants de Génération Identitaire : la justice cautionne la chasse aux migrants

La cour d’appel de Grenoble a prononcé la relaxe pour trois cadres de l’organisation d'ultra droite, Génération Identitaire, suite à leur action anti-migrants dans les Alpes en 2018. La relaxe pour les actions anti-migrants, quand les "délits de solidarité" sont lourdement punis : la justice de classe a été rendue.

samedi 19 décembre 2020

Romain Lafargue/ AFP

Rappel des faits : pendant le printemps 2018, Génération Identitaire lance son opération “Defend Europe - Mission Alps”, opération qui a requis cent cinquante militants, 30 000 euros de budget et deux hélicoptères dans le but d’un contrôle de frontières. Un objectif que le groupe n’a jamais caché. En effet, Romain Espino, porte-parole de Génération Identitaire, annonçait dans des propos recueillis par Le Monde vouloir surveiller un “point stratégique de passage des clandestins” en s’offusquant d’un “manque de courage des pouvoirs publics” pour finalement conclure “avec un petit peu de volonté, on peut contrôler l’immigration et les frontières”. Le groupe s’était ensuite félicité de “la remise de quatre clandestins” à la police ainsi que l’arrestation de sept migrants “repérés et signalés” par leurs soins.
 
Ainsi, la relaxe advenue ce mercredi juge donc que les actes “à visée médiatique”, ne sont "pas de nature à créer une confusion dans l’esprit du public avec l’exercice des forces de l’ordre”. Les patrouilles nocturnes mises en place par le groupe d’extrême droite, ne sont pas qualifiées “d’actes répréhensibles” et cela grâce notamment aux témoignages des forces de l’ordre qui ont témoigné en leur faveur, indiquant “ qu’aucunes de ces patrouilles [GI] n’avaient contrôlé, retenu ou empêché de passer les migrants repérés” (AFP). Une affaire qui n’est pas sans rappeler l’exfiltration des militants de Génération Identitaire et l’absence de poursuites judiciaires, après avoir déroulé une banderole raciste sur la Place de la République lors d’une manifestation appelée par le comité Adama.

Pourtant, au contraire de ce qu’affirment les témoignages, les vidéos du groupe d’extrême droite revendiquent clairement la construction de frontières, l’utilisation d’hélicoptères pour repérer les migrants et la "réussite" de leur action de lutte contre l’invasion des frontières... Au-delà de l’abjecte “propagande” du groupuscule qui construit sa politique sur des actions racistes au mépris du respect de la dignité humaine ; le jugement traduit le peu de considération accordée à la vie des migrants par la justice française. 

Ce jugement, qui intervient après un premier allégement des peines, montre bien la volonté, si ce n’est d’encourager, de fermer les yeux sur les actions participant à une politique anti-migrant déjà mise en place par l’Etat que ce soit à travers la loi Asile Immigration, les quotas pour l’immigration économique ou encore le renforcement des patrouilles aux frontières. 

En France, pour la justice, le message renvoyé est le suivant, il est plus condamnable d’apporter aide et solidarité aux migrants que de mener des expéditions pour empêcher des migrants de passer la frontière. Quand ceux de Génération Identitaire sont relaxés, les “3 et 7 de Briançon” sont condamnés à de la prison ferme suite à leurs actions “d’aide à l’entrée irrégulière d’étrangers”.

Relaxe pour l’extrême droite en action, condamnation contre les militants hébergeant et venant en aide à des réfugiés : avec cette décision, la justice cautionne clairement la chasse aux migrants. Une affaire de plus qui démontre la nature raciste de l’Etat français, après les images choquantes de l’évacuation de la place de la République récemment. Face à ce renforcement sécuritaire et xénophobe, il est urgent de poursuivre les mobilisations de solidarités avec les réfugiés, d’exiger la régularisation de tout les sans-papiers et l’ouverture des frontières meurtrières, en France comme au niveau européens.




Mots-clés

Génération identitaire   /    Extrême-droite   /    Politique