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Témoignage de parent d’élève

Rentrée et inflation : « Pour nos enfants c’est la double peine »

Pour la rentrée 2023, le prix des fournitures scolaires a augmenté de 11,3% par rapport à l’année dernière selon une étude de l’UFC-Que Choisir. Une situation préoccupante qui vient aggraver la précarité des familles, en premier lieu celles des quartiers populaires qui subissent de plein fouet les conséquences d’une inflation galopante depuis plus d’un an. Karim*, parent d’élève à Sarcelles, témoigne des difficultés de cette rentrée scolaire.

Salomé Leïla

30 août 2023

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Rentrée et inflation : « Pour nos enfants c'est la double peine »

Crédit photo : Licence Creative Commons

Révolution Permanente : Comment abordez-vous la rentrée au regard de l’inflation persistante et croissante sur les produits du quotidien et notamment sur les fournitures scolaires ?

Karim* : J’ai trois enfants, tous scolarisés en primaire, donc les fournitures scolaires, on est bien concernés depuis quelques années. Il y a une inflation phénoménale. On voit que ça n’arrête pas d’augmenter : les cahiers, les stylos… Même pour le bas de gamme les prix sont exorbitants. Que ça soit les grands groupes comme Carrefour ou les groupes discounts comme Lidl ou Action… Partout, ça explose. Les parents, sont dépités et ils se demandent comment ils vont faire. Si cette inflation ne s’arrête pas, ils ne pourront plus acheter de matériel pour les enfants.

RP : Justement, combien va vous coûter la rentrée scolaire de vos enfants cette année ?

Karim* : Cette année le matériel a augmenté de 11%, tu te rends compte ! 11% c’est quelque chose sur un salaire. C’est un coût les fournitures ! C’est grand minimum 200 euros par enfant, alors si tu as trois enfants, imagine ! En primaire ça va encore mais au collège avec les calculatrices… Et puis les cartables aussi c’est cher. Ça n’existe pas un cartable solide à 10 ou 15 euros. Donc si tu veux faire plaisir à ton enfant tu rajoutes encore une bonne dizaine d’euros. Si t’as deux trois enfants c’est pas évident. Une trousse, avec tout le matériel qu’il faut dedans, t’en as pour minimum 15-20 euros. Un stylo plume ça coute au moins 5 euros. Même les stylos Bic ça coûte cher maintenant. Les habits qu’on doit acheter pour la rentrée scolaire des enfants c’est aussi un budget phénoménal. On est obligés de faire un petit peu plaisir aux enfants mais c’est vraiment dur.

RP : Est-ce qu’avec l’augmentation des prix vous allez pouvoir acheter toutes les fournitures nécessaires ?

Karim* : Le primaire encore ça va à peu près, mais le collège… Je connais des parents qui ont leurs enfants au collège et ils sont très angoissés. Il y en a qui ne pourront pas inscrire leurs enfants au sport cette année parce que c’est trop cher. Pour les parents qui ne bossent pas ou qui ont un salaire très faible ça va vraiment être très compliqué.

RP : C’est donc une rentrée scolaire encore plus difficile que les précédentes pour les quartiers populaires ?

Karim* : Nous, depuis deux trois années, on avait des structures à Saint-Brice et à Sarcelles qui nous aidaient pour pouvoir distribuer dans les cités, avec des trousses, des cahiers, des stylos, à donner aux gens ! On avait un monde de fou : 2000, 3000 personnes. On faisait ça en juin avant de partir en vacances, dans un grand stade à Sarcelles. Mais cette année c’est la première année qu’on n’a pas pu le faire. Les trois structures, cette année, ont toutes dit que ça coûte tellement cher qu’elles ne peuvent plus nous aider. Pour en arriver là c’est vraiment très grave. Et puis on pensait qu’il y allait avoir comme tous les ans des petites promotions de la part des grands groupes mais ils n’ont pas suivi du tout. Par exemple tous les ans ils nous rachetaient les anciens cartables, cette année ils ne l’ont pas fait. Tu ramenais ton cartable et ils te donnaient un bon d’achat de 10 euros. Leclerc, Carrefour, tout ça, ils le faisaient jusque-là.

RP : On voit en cette rentrée scolaire que l’inflation est encore en hausse, et c’est une hausse continue depuis plus d’un an. Comment cela vous a impactés au cours de cette année vous, parents et enfants des quartiers populaires de Sarcelles ?

Karim* : On voit que tout a augmenté : la baguette de pain, en passant par le lait et par l’huile. L’année dernière la brique de lait était à 0,7 centimes, et là je l’ai achetée à 1,20 euro à Carrefour. C’est fou. Tout le monde est obligé de manger et donc de mettre la main à la poche depuis plus d’un an. Donc on se restreint sur les activités : les sorties au cinéma, les vacances, plein de choses qu’on faisait avec nos enfants, qu’on a dû restreindre parce qu’en parallèle les salaires n’ont pas augmenté ! Les loyers ont augmenté, l’électricité a augmenté, l’eau a augmenté, le gaz a augmenté, les fournitures scolaires des enfants ont augmenté, la nourriture a augmenté, la cantine a augmenté, le centre de loisirs a augmenté, le train a augmenté, l’essence a augmenté ! Tout augmente sauf nos salaires. Les gens ne sont pas aveugles : le prix de l’essence va bientôt atteindre les deux euros, on se dit : qu’est ce qui nous attend pour septembre ? Et les salaires ça ne suit pas, on voit bien que l’inflation ça ne va que d’un côté.

RP : A cause de l’inflation sur les fournitures et les produits quotidiens, sur quoi allez-vous devoir faire des sacrifices cette année ?

Karim* : La natation qui coûtait déjà 300 euros, ils ont dû augmenter le prix aussi, donc on n’ira pas à la natation cette année. On n’ira pas non plus au karaté cette année parce que ça augmente. Cette année ça va être priorité à la nourriture et au matériel pour l’école des enfants. Il faut que les enfants aient leurs trousses, leurs affaires pour pouvoir travailler. Et tout le reste on va mettre de côté : la piscine, le sport, tout ce qu’on faisait en plus. Pour les enfants, c’est la double peine.

RP : Lors des révoltes des banlieues au mois de juillet après la mort de Nahel, on a vu beaucoup de gens prendre des produits de première nécessité dans les magasins. Comment est-ce que vous comprenez cela ?

Karim* : Nahel ça a été le vase qui a débordé. Dans les quartiers les gens voient bien que personne ne fait rien pour eux, que les riches sont encore plus riches, les pauvres sont encore plus pauvres. Les gens ils ne veulent pas casser pour casser, ils cassent parce qu’ils en ont ras le bol. Il n’y a pas d’autre choix tellement les gens ne sont pas écoutés, ils en ont marre. Les Gilets jaunes sont sortis dans la rue, tout le monde est sorti dans la rue, mais clairement ça ne change rien. On leur prouve que c’est très difficile la vie pour nous mais ils s’en foutent, ils nous disent de fermer notre bouche.

RP : Que pensez-vous de la position du gouvernement par rapport au calcul de l’inflation des prix des fournitures scolaires ?

Karim* : Ils n’en ont rien à faire, avec leurs salaires ils ne sont pas impactés, entre quelqu’un qui touche 10 000 euros et quelqu’un qui touche moins de 2000 euros, c’est pas la même chose. On ne fabrique pas les billets nous. Ils voient bien que les gens se révoltent, depuis les Gilets jaunes ça n’arrête pas mais rien ne change, leur direction reste la même. Comment les gens vont faire pour vivre ?

RP : Selon vous quelles seraient pour vous les solutions durables pour aider les familles et faire face à l’inflation ?

Là on voit bien que les grands groupes se sont enrichis, ils n’arrêtent pas. Ils ont attendu que les gens se barrent en vacances pour tout augmenter. Il faut qu’ils rognent sur leur marge et qu’ils arrêtent de faire les gros ventres. Il faut aider les gens parce que sinon ils ne pourront plus aller au magasin, ils ne pourront même plus aller manger. La vie courante est devenue trop chère. Donc il faut baisser les prix. Si on monte les salaires sans aucun contrôle sur les prix, les groupes vont encore continuer d’augmenter leurs prix, il faut absolument rogner sur les marges.

* Le nom du parent d’élève a été changé par souci d’anonymat.


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