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Politique

Réouverture des écoles le 22 juin : malaise dans l’éducation !

Dimanche dernier, Macron a annoncé un retour à la normale des écoles et collèges le 22 juin. Le personnel enseignant est forcé donc à un retour "à la normale" en faisant respecter un protocole sanitaire impossible à appliquer dans cette période d'après Covid.

vendredi 19 juin

Crédits photos : Damien MEYER / AFP

Un protocole bancal qui annonce une rentrée catastrophe

Macron a annoncé dimanche dernier que toutes les écoles et collèges devraient rouvrir normalement, incitant tout le personnel enseignant à accueillir les élèves. Peu après cette annonce, mercredi un communiqué sort, qui « précise » les modalités d’accueil : il s’agit d’un protocole sanitaire « assoupli » de huit pages, rempli d’approximations et de contradictions. Les enseignants devront alors tant bien que mal faire respecter ce protocole, tout en assurant le bon accueil de tous les élèves. Une contradiction absurde puisque les élèves doivent être tous accueillis en suivant un protocole qui ne permet justement pas de faire rentrer tous les élèves. Des centaines d’élèves vont alors revenir dans l’enceinte des établissements, promettant certainement une rentrée catastrophique.

Cette rentrée particulière s’applique uniquement aux écoles et collèges, épargnant les lycées. Par cette décision le gouvernement se trahit encore une fois, montrant que le réel intérêt de cette réouverture n’est pas le bien-être des élèves et le soi-disant retard scolaire, mais bien l’inquiétude de libérer les parents pour qu’ils puissent retourner au travail, les lycéens pouvant se garder eux même. C’est la seule raison pour laquelle le gouvernement se démène autant pour assurer un accueil « normal » pour une période absurde de deux semaines de cours...

Dans ce protocole, on trouve un florilège de « mesures » toutes approximatives et fumeuses. Le 4m2 par élève est levé mais pour être remplacé par un flou sanitaire total énoncé dans le document : « Dans les écoles élémentaires et les collèges, le principe est la distanciation physique d’au moins un mètre lorsqu’elle est matériellement possible, dans les espaces clos (dont la salle de classe), entre l’enseignant et les élèves ainsi qu’entre les élèves quand ils sont côte à côte ou face à face ». Autant dire que matériellement possible, c’est loin d’être le cas possible dans toutes les écoles. Ce sera alors au petit bonheur la chance, pour ceux qui ont les capacité matérielles d’assurer un accueil sanitairement acceptable. Les écoles des quartiers les plus défavorisées, celles qui sont le plus en manque de matériel, seront évidemment les premières touchées par l’impossibilité d’appliquer ce protocole. Même Blanquer ne peut pas le nier et concède que dans certaines classes « on sera obligés d’avoir un peu moins d’un mètre »… On voit à quel point le sujet est pris à la légère. Un autre exemple d’absurdité : le port du masque sera obligatoire dans le cas où la distanciation physique d’au moins un mètre n’est pas possible. Mais les masques ne sont pas fournis massivement et gratuitement. Les établissements peinent à gérer le prêt de matériel sanitaire, ce qui rend le casse-tête encore plus difficile à résoudre.

Dans les écoles maternelles, la décision annoncée mercredi soir est de ne carrément pas appliquer de protocole sanitaire. Aucune mesure de distanciation ne s’impose, et l’organisation de la classe « à l’air libre » est encouragée. Comme si le Covid19 tenait compte de l’âge des enfants pour circuler.

Finalement, comme pour combler cette accumulation d’approximations, le protocole appelle à la vigilance de tous « pour limiter les croisements entre élèves de classes différentes ou de niveaux différents ». Voilà sur quoi repose la santé des enseignants et des élèves, sur de la « vigilance ». Si des cas de Covid se déclarent, le gouvernement pourra alors dire qu’il nous aura prévenus d’être vigilants !

Pour couronner le tout, le protocole officiel et définitif sera annoncé dimanche soir, la veille de cette fameuse rentrée. Une rentrée de dernière minute organisée en urgence, que vont devoir assumer les travailleurs dans l’éducation.

La méfiance des enseignants et des parents d’élèves

La reprise est fortement contestée par les chefs d’établissements, rien d’étonnant vu la rentrée absurde qu’ils doivent assumer une fois encore en terme d’organisation. Certains reçoivent des menaces de blâmes et de sanctions si le retour a la "normale" n’est pas assuré dés lundi. Mais qu’en est-il des professeurs à risques, avec des problèmes de santé ? Seront-ils obligés de retourner travailler pour gérer l’ingérable dans des conditions sanitaires plus que bancales ? Encore une fois, le gouvernement ne donne pas de réponse claire.

Depuis l’annonce de Macron dimanche dernier, les chefs d’établissement sont proches du burn-out. Eux qui se sont creusé la tête après le confinement pour assurer une organisation viable entre cours en présentiel et distanciel, voilà qu’ils n’ont que quelques jours à peine pour tout réorganiser, tout repenser de A à Z dans l’urgence malgré les contradictions que le protocole comporte. Les enseignants vont devoir se transformer en véritable architectes d’intérieur pour arriver à gérer l’ingérable. Parce que l’équation est tout simplement impossible à résoudre : comment faire rentrer 30 élèves dans 50m2 en respectant le protocole… Faudra-t-il scier les tables en deux ?

La méfiance du personnel enseignant quant à cette reprise se manifeste aussi chez les parents d’élèves. Malgré les différents titres de la presse bourgeoise qui dit que les parents sont soulagés de remettre leurs enfants à l’école, en réalité, une majorité doute très fortement si ce n’est un refus total. Le sondage de Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro révèle que 56 % trouvent que cette reprise est une mauvaise décision. En tout, un quart des personnes interrogées sont certains de ne pas remettre leur enfants à l’école, et 30 % doutent encore. On comprend très bien que les parents d’élèves refusent d’envoyer leurs enfants au casse-pipe, sans mesures claires et satisfaisantes, en pleine pandémie mondiale. Parce que le virus n’épargnera pas les écoles et collèges. D’ailleurs, même si ces informations ont été largement étouffées, des cas de Covid ont été déclarés dans un collège du 93, dans un contexte d’école encore semi-confinée, ce qui prouve que les établissements scolaires peuvent être à l’origine de nouveaux clusters.

Cette politique offensive menée par Blanquer lui permet de marquer le bilan catastrophique de la politique qu’il a menée jusque là dans l’éducation. Sa chute de popularité prend racine déjà depuis le début de son mandat ministériel, avec des mobilisations fortes des profs. Avec cette reprise, Blanquer cherche à se féliciter d’ouvrir les écoles et d’assurer un retour à la normale censé être un soulagement.

Si le gouvernement rêve d’une « école d’après » semblable à « l’école d’avant », ce n’est pas possible. L’école d’avant ne peut pas revenir dans un retour à la normale aveugle, tout comme l’hôpital public d’avant ne peut plus exister. Pour assurer un minimum la santé des élèves et du personnel, nous devons revendiquer du matériel (masques, gel) gratuit pour toutes et tous, une embauche massive de personnel, moins d’élèves par classe, et donc plus de locaux. Nous n’accepterons pas de payer cette crise par manque de moyens, alors même que ce sont les politiques macronistes qui n’ont fait qu’accentuer le manque de moyens dans les services publics.




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