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Politique

Retraites. Avocats, infirmières et professions libérales mobilisés contre Macron et sa réforme

Après la journée de grève historique de la RATP vendredi, c'est le tour de secteurs nouveaux sur le terrain de la contestation : les professions libérales, incluant médecins, avocats, pilotes et infirmières. Tous seront touchés par la réforme qui est une attaque historique contre nos acquis. Contre tout corporatisme et pour gagner cette bataille, il est nécessaire d'impulser un "tous ensemble" contre la réforme des retraites qui rassemble largement tous les secteurs qui s'opposent à Macron et ses attaques.

mardi 17 septembre

Seulement trois jours après la grève historique des travailleurs de la RATP, c’est aujourd’hui le tour des professions libérales de descendre dans la rue contre la réforme des retraites. Ce lundi, dans plusieurs villes, comme à Paris, Toulouse, Lille ou encore Bordeaux, c’est une mobilisation très massive, inédite pour ce secteur lui-même très diversifié, de se mobiliser contre le dossier brûlant des retraites. Des corporations qu’on avait jamais vu défiler côte à côte, avocats, personnel navigant du transport aérien, médecins, infirmières, ... une première qui voit l’émergence d’un ras-le-bol général et une forte opposition à la réforme des retraites, comme l’a montré aussi le sondage de l’institut BVA pour le journal La Tribune qui révélait que 62% des sondés étaient favorables à un mouvement contre la réforme des retraites.

Dans une tribune publiée par le JDD, le collectif "SOS retraites" défend les "régimes autonomes", remis en cause par la réforme. "Nous sommes avocats, hôtesses, stewards et pilotes, professions libérales - médecins, paramédicaux, chirurgiens, kinésithérapeutes", soit "700 000 professionnels", rappellent-ils, ce qui fait écho au caractère nouveau de la mobilisation. "Pour la première fois dans l’histoire sociale de ce pays, des avocats, des professionnels du soin et des salariés du transport aérien réunis en collectif défileront ensemble pour dénoncer le projet de captation sans sommation de leurs régimes autonomes de retraites". Dans cette manifestation où plusieurs milliers de personnes ont battu le pavé de la capitale, les avocats ont joué un rôle de taille : le Conseil national des barreaux (CNB) avait appelé toute la profession à se mobiliser et à faire la grève des audiences. Une large majorité d’avocats avait décidé de ne plaider aucune affaire ce lundi, et de renvoyer les procès. La veille la présidente du CNB l’affirmait : « des trains entiers d’avocats monteront vers Paris ».

Si en effet ces corporations diverses ont marché ensemble dans la capitale ce lundi, la réforme des retraites et notamment la disparition des régimes autonomes est ce qui a rassemblé ces différents secteurs des professions libérales dans une perspective de lutte collective. En effet, plusieurs facteurs spécifiques à ces corporations ont alimenté la colère qui s’est exprimée lundi : en premier lieu, diverses professions redoutent aujourd’hui d’être contraintes à des cotisations plus élevées avec la réforme, selon les ébauches qu’a présenté Jean-Paul Delevoye, en charge du projet. Pour certains corps de métiers, le taux de cotisation devrait reculer, ce qui est directement une réduction de leurs droits à la retraite (une baisse de 20% pour les cotisations qui en réalité va être davantage conséquente pour les pensions, de l’ordre de 38%). À Paris, une manifestante fait un discours sur la possibilité qu’ouvrirait la réforme, la disparition des infirmières, écrasées par les charges : « Qui va soigner mamie dans les zones rurales et dans les villes ? Qui va s’occuper des personnes âgées isolées si on disparaît ? ». Du coté des avocats, c’est le contraire, le taux de cotisation va doubler, voire un peu plus pour les avocats en début de carrière (aujourd’hui les avocats cotisent à une hauteur entre 8 et 15% de leur salaire, tandis que la réforme prévoit une cotisation de 28%). Une hausse qui va être difficile à encaisser pour les avocats en début de carrière ou ceux qui se rémunèrent en grande partie par l’aide juridictionnelle : « Si la moitié des avocats disparaît à cause de la réforme, et qu’il n’y a plus de place que pour les cabinets de grandes firmes internationales, qui défendra les plus démunis ? » s’inquiète un avocat que nous avons interrogé. Puisque certains secteurs d’avocats ont joué un rôle dans le mouvement des Gilets Jaunes en s’organisant pour les défendre contre les procès politiques, et avec le tournant autoritaire qu’a exercé l’exécutif à tous les niveaux, il est plus que jamais à l’ordre du jour de construire non seulement une solidarité, mais un mouvement d’ensemble contre cette réforme. En effet, si le dossier des retraites est si délicat pour le gouvernement, et qu’il cherche à temporiser et montre des signes d’ouverture, c’est bien parce que c’est une attaque historique contre l’ensemble de la population, des travailleurs, du public et du privé, aux professions libérales en passant aussi par la jeunesse.

Refuser le nivellement par le bas de nos retraites

Le Collectif SOS Retraites qui a impulsé cette mobilisation a rassemblé autour de la question de la suppression des régimes autonomes. Ces différentes corporations des professions libérales ont chacune leur propre cagnotte, des régimes autonomes de retraites, par corporation, dans un circuit fermé. La somme totale des cagnottes de tous les secteurs des professions libérales bénéficiant de ce régime autonome se situe à hauteur de 28 milliards d’euros : une coquette somme qui diminuerait rapidement pour l’ensemble des actifs, si elle venait à être ouverte à la privatisation comme le prévoit le gouvernement, à l’image des États-Unis où les fonds de pension sont les principaux secteurs d’investissement. Au-delà des revendications contre la suppression des régimes autonomes et spéciaux, qui répondent à des réels besoins pour faire face à la pénibilité du travail dans certains secteurs, refusons l’attaque qui aligne par en bas les retraites ! Comme le disait Aurore Boyard ce lundi au micro du Monde, "Au lieu de faire comme nous pour redresser le régime général, ils viennent nous piquer des réserves". Cette mobilisation contre la suppression des régimes autonomes ne peut pas s’opposer aux autres secteurs attaqués aussi par la réforme mais qui ne bénéficient pas de ces régimes particuliers de pension. En effet, le gouvernement s’attaque à tous les régimes, à l’exception de certains secteurs qui bénéficient d’un régime de faveur cette fois, comme les forces de répression qui seront épargnées en partie au moins sur les départs précoces en retraite : nous savons de quel coté est notre camp ! À partir de ces premières journées de lutte contre la réforme, la RATP en premier lieu, qui a bloqué tout le réseau de transports en Ile-de-France avec une participation massive à la grève, ainsi que la mobilisation massive autant que nouvelle de ce lundi, la question centrale qui se pose aujourd’hui est : quel plan de bataille contre cette attaque visant tous les secteurs de la population ? Préparons l’offensive dans la continuité de la bataille qu’ont impulsé les travailleurs de la RATP, et contre tout corporatisme marchons vers un "tous ensemble" contre les attaques du gouvernement !

Vers un tous-ensemble contre la réforme ?

Ces deux journées massives, ce lundi avec le secteur des professions libérales, et vendredi avec la grève inédite des travailleurs de la RATP, toutes deux contre la réforme des retraites, sont sans aucun doute l’expression d’un ras-le-bol général qui s’amplifie, alors que les dates appelées par les principales confédérations syndicales ne sont pas encore arrivées. Une mobilisation qui ne peut que donner des sueurs froides à l’exécutif, qui tente de jouer toutes ses cartes pour faire passer la réforme coûte que coûte : des signes d’ouverture dans le discours d’Édouard Philippe ou d’autres députés en charge du dossier qui veulent rassurer les secteurs bénéficiant de régimes spéciaux que les baisses de cotisations s’étaleront sur une quinzaine d’années, aux offensives médiatiques qui ne cessent de calomnier ces "privilégiés" râleurs. Alors que du côté des travailleurs de la RATP la perspective de la grève illimitée à partir du 30 novembre semble très populaire, l’hypothèse qu’ils puissent être la locomotive d’un "tous ensemble" contre la réforme des retraites semble de plus en plus évidente. La nouvelle séquence ouverte par les Gilets Jaunes, dont la radicalité et la combativité ont déteint sur des secteurs centraux comme la RATP ou encore les urgentistes et les enseignants, peut continuer à infuser tous ceux qui s’organisent contre la réforme des retraites : parmi les infirmières libérales dans la rue hier, certaines étaient sur les ronds-points il y a quelques mois.

Cette contagion doit encore faire ses preuves d’ici les prochaines dates de mobilisation, puisque ce ne sont encore que les premières échéances contre les réformes des retraites qui ont eu lieu, mais qui ont déjà démontré le potentiel d’un mouvement d’ampleur. Face au gouvernement, qui ne peut que trembler face à une telle convergence, il faut se doter d’un plan de bataille à la hauteur des enjeux, décidé et contrôlé à la base, pour élaborer une direction alternative aux bureaucraties syndicales qui préfèrent négocier autour d’une table avec le gouvernement. Mais pour aller vers cette perspective, il faudra rassembler le plus largement avec l’ensemble des secteurs du mouvement ouvrier, mais aussi tous ceux qui s’opposent à ce gouvernement, des Gilets Jaunes aux quartiers populaires, en passant par la jeunesse. Alors, soyons à l’offensive pour mener la bataille jusqu’au bout, le 24 en premier lieu, contre ceux d’en haut, les vrais privilégiés, qui nous matraquent et nous mutilent quand on relève la tête, et qui aujourd’hui nous promettent un avenir de misère pendant que cette minorité vit de festins et de homard !

Crédits photo : Thomas SAMSON / AFP




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