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Rwanda. Quand la France laissait les génocidaires fuir en toute impunité

Comme le révèle Mediapart, le chercheur François Graner de l'association Survie a eu accès à des documents confirmant le rôle de la France dans l'exfiltration des responsables du génocide rwandais ayant fait près d’un millions de morts en trois mois.

mercredi 17 février

Crédit photo : AFP

Le génocide des Tutsi au Rwanda s’est déroulé du 7 avril 1994 jusqu’au 17 juillet 1994 et a fait un million de victimes en seulement trois mois. Ce génocide a été perpétré par les forces armées rwandaises et ordonné par le gouvernement intérimaire rwandais hutu. Un article de Mediapart écrit par Fabrice Arfi qui s’appuie sur le document obtenu par François Graner, révèle une fois de plus la complicité de la France dans l’entreprise génocidaire.

La participation de la France une fois de plus confirmée

Un des documents issu des archives, classé “confidentiel Diplomatie” daté du 15 juin 1994 prouve que le quai d’Orsay, alors dirigé par Alain Juppé, a ordonné de laisser les membres du gouvernement génocidaire hutu s’en aller alors qu’ils se trouvaient à ce moment dans une zone qui était sous le contrôle de l’armée française. Ce document est un télégramme qui a été rédigé par un conseiller diplomatique nommé Bernard Emié aujourd’hui patron des services secrets de la DGSE. Par ailleurs, dans un télégramme rédigé par l’ambassadeur Gérard, daté du 10 juillet 1994, il est découvert « un témoignage digne de foi qui confirme la responsabilité collective et personnelle des autorités de Gisenyi [le gouvernement génocidaire – ndlr] dans les massacres », toujours selon Mediapart qui a pu consulter le document.

L’ambassadeur explique également que, selon d’autres témoignages « directs et concordants », le président Sindikubwabo a appelé à plusieurs reprises à « l’élimination totale des Tutsis », prouvant ainsi que le pouvoir politique était au courant des agissements à venir de la part du gouvernement génocidaire. De plus, dans les archives, se trouve une dépêche datée du 15 juillet prouvant que les responsables étaient prêt à être arrêtés mais que ces arrestations ont été empêchées et sur laquelle y était inscrite une annotation d’Hubert Védrine : « Lecture du Président : ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre.” Montrant une fois de plus la volonté du pouvoir politique de laisser les membres du gouvernement génocidaire s’en sortir impunis.

Par ailleurs, dans un télégramme daté du même jour, le Quai d’Orsay donne l’ordre d’exprimer aux autorités génocidaire « notre souhait qu’elles quittent » la zone contrôlée par les forces armées françaises. Le lendemain le lieutenant-colonel Hogard aura une entrevue avec le président rwandais pour discuter du départ des autorités génocidaires de la zone sous contrôle français. Les autorités françaises vont donc escorter les coupables de génocide à la frontière zaïroise. De plus, un télégramme de la coopération française daté du 6 septembre mais divulgué en 2004 évoque la “demande de visa émanant de l’ex gouvernement rwandais”. Mais en 1998, Augustin Ngirabatware s’est vu accordé par le quai d’Orsay une “carte spéciale” faisant office de titre de séjour alors qu’il faisait partie des responsables du génocide les plus recherchés, confirmant une fois de plus les liens de complicité entre le pouvoir politique français et les coupables du génocide.

Le pouvoir politique a pourtant essayé de se dédouaner de sa responsabilité dans ce génocide. Ainsi, Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères disait « Accuser la France, le gouvernement français et l’armée française de complicité de génocide au Rwanda en 1994, c’est un mensonge et une honte. » Il a également rappelé que “la France est « le seul pays qui ait fait quelque chose”. Faisant référence à l’opération militaire nommée Turquoise qui fut déclenchée à la fin du génocide. Pourtant alors que Alain Juppé nous présentait cette opération militaire comme une opération humanitaire visant à protéger les populations locales, Guillaume Ancel ancien officier de turquoise a révélé avoir été témoin d’une complicité avec les autorités génocidaires. De plus, le général François Lecointre, actuel chef d’État-Major des armées, qui a commandé une zone contrôlé dans le cadre de l’opération Turquoise a collaboré avec Alfred Musema, industriel rwandais qui a notamment été condamné pour génocide. Enfin, dès 2004 des plaintes pour viol ont été déposé par des Rwandais contre des militaires de l’armée française membre de l’opération Turquoise.

L’impérialisme français en Afrique continue de faire des ravages

Le rôle de la France dans ce génocide est donc évident. La France a soutenu militairement, diplomatiquement et financièrement le gouvernement en place, majoritairement composé de Hutus dans la guerre contre le Front patriotique rwandais tutsi. Ancienne colonie belge, les liens entre la France et le Rwanda datent des premières années de son indépendance. Le rapprochement avait pour objectif de garantir des intérêts économiques et géostratégiques clairs de la France dans la région en rapprochant le Rwanda des pays francophones tout en l’éloignant des pays anglophones frontaliers comme l’Ouganda ou encore la Tanzanie. Ainsi des accords de coopération ont été signés en 1926, et en 1975 des accords d’assistance militaire ont permis aux troupes françaises de participer à des opérations de maintien de l’ordre ou de guerre au Rwanda.

Ajourd’hui, la France continue d’avoir une forte présence militaire dans les anciennes colonies françaises afin de protéger ses intérêts économiques en ayant une mainmise sur les ressources naturelles de pays africains, notamment au Sahel. Comme par exemple au Mali où la France sous prétexte de lutte contre le terrorisme y mène des opérations militaires afin de protéger ses intérêts impérialiste en tentant de sécuriser son accès aux ressources en uranium que détiennent une partie des sols du Sahel. Causant ainsi des ravages dans les populations et les communautés locales et des destructions écologiques. L’armée française a actuellement soupçonnée d’avoir bombardé un groupe de civils, causant la mort de 20 personnes qui célébraient un mariage.

Dans ce contexte, Il est donc urgent de réaffirmer notre opposition à cet impérialisme destructeur et d’exprimer notre soutien à toutes les populations qui en sont victimes mais également d’exiger le retrait de toutes les troupes en Afrique.




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