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Cheminots, usagers, même combat pour le service public – Partie 7

SNCF : Commercial gare un métier précaire

Dans sa réforme du ferroviaire, qui vient en 2018 concrétiser et finaliser ce qui a été préparé de longue date, la direction de la SNCF, sous couvert du gouvernement, a décidé de s’attaquer à certaines filières en particulier, dans un premier temps. Les agents commerciaux des gares essuient les plâtres de la destruction de l’entreprise, de ses filières, de ses pseudos privilèges. Dans le cadre de la campagne sur les conséquences de la réforme ferroviaire animée par Révolution Permanente, nous présentons les conséquences de la réforme ferroviaire sur les métiers du commercial au sein de la SNCF.

lundi 22 juillet

Déqualifier pour mieux précariser

Il a fallu d’abord déqualifier les postes d’agents commerciaux, ce qui n’est pas encore possible dans d’autres métiers du rail (mais qui ne saurait tarder avec l’arrivée des nouvelles technologies).

En effet, les métiers les plus techniques, notamment conducteurs et aiguilleurs, sont pour l’instant épargnés car quasi impossibles à remplacer en nombre et sur une durée de plusieurs jours.

Par contre les commerciaux…
Donc déjà il fallait déqualifier, ce qui signifie fermer le maximum de guichets, car la seule partie du travail réellement qualifiante tient dans le fait de connaître le logiciel de vente (plutôt complexe) et un peu de comptabilité pour les prises et fins de service. Pour ce qui est de l’accueil, la technologie est passée par là. L’entreprise fournit un smartphone, une application et l’agent d’accueil renseigne mais avec le même outil que le voyageur peut avoir à titre personnel.

Cela a 2 intérêts fondamentaux pour l’entreprise :
1. La quasi-absence de formation sur les postes qui représente un gain d’argent considérable pour des agents qui auparavant devaient partir 3 mois en formation afin de bien connaître les services, la géographie et même la structure interne de l’entreprise. A noter qu’aujourd’hui, l’entreprise change tellement vite que 3 mois représentent une éternité…

2. Cette absence de formation permet de faire entrer des intérimaires en nombre, ce qui ne s’était quasiment jamais vu (sauf particularités locales) avant 2016.

La sous-traitance remplace les agents SNCF

Mais également, des sous-traitants, comme City-One ou Itirémia, des « prestataires de services tertiaires ». En clair, des patrons voyous de l’accueil qui profitent des besoins des étudiants des secteurs populaires notamment, qui ont besoin d’argent pour payer leurs études, ou tout bêtement de la précarité, pour remplacer des agents au statut.

Certains services entiers, comme la prise en charge des voyageurs « à mobilité réduite » (PMR), sont sous-traités dans les grandes gares parisiennes.
Double bénéfice pour l’entreprise avec la sous-traitance et l’intérim, pas d’accident du travail à gérer au cas où. On peut demander quasiment n’importe quoi à des précaires auxquels on fait miroiter une hypothétique embauche ou des étudiants ayant un besoin vital de revenus, et en cas de pépin : qu’ils se débrouillent…

La SNCF organise sa propre concurrence comme pour le fret ferroviaire

A l’instar du fret ferroviaire saboté au profit de la route sans aucun respect pour l’écologie (activité dans laquelle le groupe SNCF avec Géodis, est leader incontesté) il convient de noter que Itirémia est une filiale du groupe SNCF, condamnée pour délit de marchandage en 2018. Il a fallu vendre en urgence cette filiale au groupe SAMSIC.

Il faut bien palier le manque d’effectifs chez les agents commerciaux, et notamment en cas de travaux pour orienter les voyageurs. Une fois que l’entreprise est privée de toute souplesse organisationnelle par des suppressions de poste, il est urgent de passer un contrat avec des fournisseurs de main d’œuvre bon marché, qui ne s’embarrassent ni de lois, ni de prévention des risques professionnels.

Une mise en danger sans aucune retenue, des personnels précaires

En 2016, sur la région de Saint-Lazare, il a été prouvé que City-One aurait pu tuer ou blesser très gravement ses salariés, des étudiants en majorité, avec l’assentiment de la SNCF puisque ces jeunes qui travaillent sans contrat, sans planning (appelé par SMS à la demande), sans formation, sans visite médicale, n’avaient aucune idée des risques qu’ils couraient en milieu ferroviaire et notamment celui d’être happés par un train ou électrocutés au 25000 volt (par le port du dispositif « oriflamme », une sorte de drapeau assez haut porté dans un sac à dos).

Mais il est évident que la SNCF et ses sous-traitants comptent sur le fait qu’un étudiant c’est jeune et robuste, et qu’un précaire n’a pas les moyens d’aller en justice ou un jeune pas envie pour un premier emploi. Alors en cas de problème de dos (toujours à cause de « oriflamme » porté pendant des heures dans le vent dans un sac à dos), d’agression par des voyageurs (il a été demandé à ses agents City-One de gérer les flux de voyageurs en faisant barrage avec leur corps !!!) ou tout autre accident du travail, le coût est quasi nul, tandis qu’il faut payer les arrêts et éventuellement reclasser dans un poste un agent au statut…

Si la qualité de service est tirée vers le bas, aucune importance, le but est uniquement de réduire les coûts !!! Ceux qui appelaient de leurs vœux la privatisation de la SNCF doivent pouvoir payer les études de leurs enfants sans que ces derniers aient un quelconque besoin de travailler…

La précarité et la peur pour faire passer les réformes

Cet afflux massif de précaires et de sous-traitants a également permis de faire passer en force la flexibilité et la polyvalence.
La flexibilité pour faire travailler les gens sur plusieurs gares, au dépend de la connaissance du site et la polyvalence en fusionnant les roulements accueil et guichet et en obligeant les agents à accepter l’assermentation pour faire du contrôle, la LAF (lutte anti-fraude).

Cette situation a été développée dans la presse avec le concours « top LAFEUR » qui a permis de constater que les guichets ferment au profit d’une politique de répression et verbalisation…

Les usagers n’ont donc vraiment rien à gagner de cette réforme du ferroviaire :
• Qui détruit des emplois pour les jeunes sans diplôme qui auraient eu une chance d’être formés en entreprise et qui ne seront par formés par une sous-traitance qui n’en a pas l’intérêt

• Qui détériore drastiquement la qualité de service en remplaçant du personnel formé et compétent par des sous-traitants qui viennent au travail sans même savoir ce qu’ils auront à faire

• Qui permet à l’entreprise de pousser les salariés, précarisés et moins protégés par le statut, en dehors de la déontologie avec des opérations de contrôle alors que les guichets sont de plus en plus fermés

Et c’est le constat pour les agents commerciaux. Pour l’instant, les métiers de la sécurité des circulations sont touchés ponctuellement, et pas encore de plein fouet, mais cela ne saurait tarder, et là, ce ne seront pas quelques euros qui seront soustraits aux voyageurs, mais leur vie…

👉 Participez à la campagne de Révolution permanente :

N’hésitez à nous envoyer votre propre témoignage, que vous soyez cheminot ou usager, sur les conséquences de la réforme ferroviaire dans vos régions et métiers respectifs pour ce qui est des cheminots : siterevolutionpermanente@gmail.com

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