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Education Nationale

Suicide de Nicolas : face au harcèlement scolaire, le rectorat et le gouvernement ne font que se couvrir !

Nicolas, jeune lycéen de 15 ans, s’est suicidé le 5 septembre dernier après avoir été harcelé pendant plusieurs mois dans son ancien établissement scolaire à Poissy dans les Yvelines. Alors que le rectorat n’a rien fait face aux alertes, et que, pire, il s’est retourné contre les parents, le gouvernement essaye de se poser en héraut de la lutte contre le harcèlement alors que toute sa politique concourt à ce que ces drames continuent.

Salomé Leïla

19 septembre 2023

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Suicide de Nicolas : face au harcèlement scolaire, le rectorat et le gouvernement ne font que se couvrir !

Crédits photos : Capture d’écran TF1

Une victime de harcèlement et sa famille confrontés à la violence de la réponse de l’institution scolaire

Informés par leur fils du harcèlement infligé par deux élèves dont il subissait les insultes répétées, les parents de Nicolas avaient alerté la direction du lycée dès mars 2023. Face à la poursuite du harcèlement et l’absence de mesures suffisantes pour y mettre fin et accompagner l’adolescent, les parents avaient saisi le Service de lutte contre le harcèlement scolaire du rectorat de l’académie de Versailles et dénoncé l’inaction de l’administration dans un courrier adressé au proviseur, avant de déposer une main courante au commissariat de Poissy fin avril 2023 : « Il est incompréhensible que vous puissiez laisser un adolescent subir une telle violence verbale et psychologique dans votre établissement sans réagir de quelque manière, aussi allons-nous déposer plainte et vous considérer comme responsable si une catastrophe devait arriver à notre fils », dénonçaient-ils dans leur courrier.

Un constat récurrent dans les cas de harcèlement scolaire, qui révèle non seulement l’incapacité de l’école à prendre en charge les violences et les oppressions qui s’y reproduisent, mais plus encore la violence de la réponse apportée par l’institution scolaire qui laisse les victimes et leurs familles isolées.

D’autant que dans cette affaire, la réponse du rectorat de Versailles à la famille en dit long sur le soin avec lequel l’institution répond aux alertes. Samedi dernier, BFMTV a en effet dévoilé la lettre honteuse adressée par le rectorat aux parents, dans laquelle il leur reprochait d’avoir dénoncé la « passivité [du personnel de direction du lycée] face à un supposé harcèlement » et leur intimait « d’adopter désormais une attitude constructive et respectueuse envers les autres membres de la communauté éducative », montrant ainsi que l’institution est bien plus prompte à se dédouaner de ses responsabilités qu’à agir face au harcèlement. Poussant plus loin la violence faite à l’adolescent et à sa famille, le rectorat ose évoquer dans son courrier l’article du Code pénal qui punit les dénonciations calomnieuses de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende », laissant explicitement planer la menace d’une répression pour avoir alerté et pointé la défaillance de l’Éducation nationale face au harcèlement scolaire.

Un courrier qui opère un scandaleux renversement des responsabilités entre famille et institution, et a largement contribué à aggraver la détresse de l’adolescent, comme l’évoque sa mère dans une interview au JDD : « Nous étions outrés. Nous passions désormais pour des coupables. C’en était trop. A partir de ce moment, Nicolas n’a plus été le même ».

Un nouveau drame qui prend racine dans la destruction de l’école publique

Dinah, Evaëlle, Marie, Lucas, Lindsay… Le nom de Nicolas vient tragiquement se rajouter à une liste d’adolescent.e.s qui ne cesse de s’allonger depuis quelques années et qui montre que, si le phénomène de harcèlement n’est pas nouveau, l’école est incapable d’apporter une réponse à la hauteur de ces situations et d’empêcher que ces drames continuent. Selon l’Éducation nationale en 2022, 10% des élèves seraient victimes de harcèlement scolaire soit entre 800 000 et 1 million d’élèves à l’échelle nationale. Un chiffre considérable, revu à la hausse par l’Unesco qui estimait en 2022 que 22% des élèves français étaient concerné.e.s.

Face à ce qui est donc un phénomène de masse, il est profondément insuffisant et hypocrite de pointer du doigt la mauvaise « gestion » du harcèlement scolaire par l’institution comme l’ont laissé entendre les ministres de l’Éducation successifs, alors que dans le même temps ils détruisaient toujours un peu plus les moyens accordés à l’école pour permettre d’accompagner les élèves. Ici encore, ce nouveau suicide lié au harcèlement scolaire s’inscrit dans le contexte d’une rentrée catastrophique plus que jamais marquée par le manque de moyens, le rabotage des effectifs des personnels d’éducation et les sureffectifs d’élèves dans les classes.

Les témoignages s’accumulent ainsi pour dénoncer le manque criant de personnels médico-sociaux dans les écoles. De très nombreux postes d’infirmièr.e.s, d’assistant.e.s social.e.s et de psychologues de l’EN ne sont toujours pas pourvus, bien que ces métiers soient pourtant essentiels pour offrir aux élèves un cadre de confiance et d’écoute qui permet le repérage des situations de harcèlement et l’accompagnement des souffrances qu’elles engendrent.

Tandis que de nombreux établissements scolaires se sont mobilisés en cette rentrée pour dénoncer le manque de moyens, nombreux sont ceux qui font état d’un rabotage des personnels de vie scolaire, tels le lycée Utrillo de Stains où un poste de CPE a été supprimé à la rentrée ou le collège François Héritier de Noisy-le-Sec où il n’y a qu’un seul CPE et 4,5 AED (assistants d’éducation) pour 670 élèves. Des situations aberrantes mais loin d’être exceptionnelles, auxquelles s’ajoutent le rabotage des effectifs d’enseignant.e.s (1500 postes pour la rentrée 2023), l’augmentation des effectifs d’élèves par classe (plus de 35 élèves par classe dans certains établissements) et l’absence de politique de formation des personnels de l’éducation sur les problématiques liées au harcèlement scolaire (homophobie, racisme, sexisme…).

Ces offensives néolibérales infligées année après année à l’école par le gouvernement créent précisément les conditions pour que le harcèlement scolaire puisse s’y perpétuer : des centaines d’élèves évoluent au quotidien dans des classes surchargées et des établissements parfois insalubres, où des équipes de plus en plus réduites sont dans l’impossibilité de suivre finement les élèves, de détecter et résoudre les situations conflictuelles qui peuvent donner lieu à des faits de harcèlement.

Attal héraut de la lutte contre le harcèlement ? Face à l’hypocrisie du gouvernement, il faut organiser la riposte

A la suite du suicide du jeune Nicolas et surtout de la publication du courrier adressé par le rectorat à ses parents, le nouveau ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal n’a pas manqué de s’afficher en grand défenseur de la lutte contre le harcèlement scolaire. Après s’être inscrit en faux contre le rectorat de Versailles en déclarant samedi dernier : « Ce courrier est une honte, une honte », Attal a déclaré faire de la lutte contre le harcèlement sa « priorité absolue », à l’instar d’Elisabeth Borne qui a annoncé le 3 septembre dernier un plan de lutte interministériel. « Je veux 100% de prévention, 100% de détection, 100% de réaction », a-t-il déclaré dans la foulée.

Une position du ministre de l’Éducation sur le harcèlement scolaire qui se veut ferme et rassurante mais dont il ne faut pas manquer de souligner l’hypocrisie. Alors qu’Attal poursuit d’une main la casse néolibérale de l’école publique qui nourrit les conditions matérielles du harcèlement, il mène de l’autre une profonde offensive réactionnaire contre des dizaines de milliers de jeunes filles racisées des quartiers populaires. Avec l’interdiction des abayas à l’école, c’est l’institution scolaire elle-même qui met en œuvre le harcèlement scolaire quotidien des élèves musulmanes, prenant l’allure d’une véritable traque où ces jeunes filles sont stigmatisées, humiliées et mises au ban en vertu d’une politique profondément islamophobe et sexiste.

Les premières annonces du ministre de l’Éducation montrent en effet qu’il n’a pas l’intention de mettre sur la table la question du manque structurel de moyens dans l’éducation pour lutter face au harcèlement, avançant d’abord début septembre des mesures cosmétiques telles qu’un questionnaire d’auto-évaluation sur le harcèlement pour les collégien.ne.s et lycéen.ne.s, ou encore la mise en place de « cours d’empathie » dans les établissements.

Ce lundi 18 septembre, après la publication du courrier adressé par le rectorat aux parents de Nicolas, le ministre a durci le ton en exigeant lors d’une réunion avec les recteur.ice.s un « électrochoc à tous les niveaux ». Mais les mesures annoncées montrent qu’il continue de considérer le harcèlement scolaire comme relevant de simples « dysfonctionnements » ponctuels de gestion par l’institution scolaire.

Ce lundi, Attal a ainsi annoncé le lancement d’un audit sur la gestion des cas de harcèlement de septembre 2022 à septembre 2023, qui rendra ses conclusions dans 4 semaines. Concrètement, tous les rectorats devront répondre à une série de questions (Combien de cas de harcèlement ont été signalés par les établissements scolaires ? Quel a été le délai de traitement ? A-t-on réussi à résoudre le cas, si non, pourquoi ? Comment se fait la communication avec la famille ?), puis mettre en place un plan d’action par académie qui sera évalué annuellement. Une réponse institutionnelle profondément inadaptée pour lutter contre le phénomène du harcèlement scolaire, qui met la focale sur une gestion descendante du harcèlement par les rectorats sans répondre au manque de moyens, et va conduire à renforcer la logique néo-managériale qui s’exerce sur les équipes éducatives des établissements scolaires : « S’il y a besoin de moyens supplémentaires pour constituer des équipes dédiées et formées, dans les rectorats, chargées à plein temps de gérer les dossiers de harcèlement, je mettrai les moyens humains nécessaires », a ainsi déclaré Attal.

En dernière analyse, ces nouvelles mesures ne vont que renforcer la gestion punitiviste du harcèlement scolaire qui masque la destruction structurelle des moyens alloués à l’éducation, la responsabilité de l’institution, et renvoie la faute sur les élèves et les parents. Encore cet après-midi, un adolescent de 14 ans soupçonné de harcèlement a été interpellé en plein cours par la police.

Le suicide de Nicolas et la réponse apportée par le gouvernement démontrent une nouvelle fois que, face au harcèlement scolaire, il est urgent que les travailleur.euse.s de l’éducation se mobilisent autour d’un réel programme de lutte en cette rentrée scolaire pour mettre un terme à cette fuite en avant. Nous devons nous organiser pour arracher des moyens qui nous permettent d’accompagner dignement nos élèves : embauche de personnels médico-sociaux, de vie scolaire et d’enseignement, augmentation des salaires et indexation sur l’inflation, formation des équipes éducatives… Il est aussi nécessaire que les personnels de l’éducation s’organisent avec la jeunesse et leurs familles contre un gouvernement qui les maltraite, stigmatise toute une partie de la jeunesse et cherche à la mettre au pas.


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