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Offensive xénophobe et raciste

Toulouse. 150 mineurs isolés étrangers à la rue, une "bonne nouvelle" d’après le maire

À Toulouse, depuis près d'une semaine, 150 mineurs isolés étrangers (MIE) vivent dehors. Installés dans un campement près du Palais de Justice, ils ont été expulsés de l'ancien Ehpad qu'ils occupaient depuis 2019. Dans la droite lignée de l'offensive xénophobe de Darmanin, pour le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc (LR), cette situation est une "bonne nouvelle".

jeudi 1er septembre

Crédit photo : Autonomie

Ces 150 mineurs isolés étrangers (MIE) sont des jeunes de 15 à 17 ans que le Conseil départemental a refusé de reconnaître comme mineurs, dans le cadre de la procédure juridique censée accorder à tout mineur entrant sur le territoire des droits élémentaires relatifs à la protection de l’enfance. Depuis 2019, ils vivaient dans l’ancien Epahd des Tourelles, quartier Lardenne à Toulouse, un bâtiment mis à disposition par la mairie le temps que la justice examine leur recours en minorité. Mais fin avril, le CCAS (Centre communal d’action sociale) a saisi le tribunal administratif de Toulouse en référé pour récupérer les locaux, prétextant des incidents et des violences.

Cet endroit représentait pour ces jeunes, outre la possibilité de vivre sous un toit, le moyen de s’organiser collectivement avec les associations qui gèrent leur suivi juridique, sanitaire, scolaire et alimentaire (AutonoMIE, Tous.tes En Classe 31, Médecins du monde, St Vinent de Paul, Droit au logement 31...). Le 3 mai, le tribunal administratif de Toulouse a prononcé l’avis d’expulsion. Depuis, les jeunes campent sur les allées Jules Guesdes afin de visibiliser leur combat pour être relogés et pouvoir suivre une scolarité normale.

150 mineurs isolés étrangers à la rue : réquisition de logements vides !

Les jeunes ont été expulsés de leur logement par les forces de répression vendredi 26 août. "Les policiers nous ont gazés, violentés, ils ont cassé nos téléphones. On a été choqués. On ne s’attendait pas à ça de la part de la France", témoignent auprès de Révolution Permanente Junior et Kalil, cicatrice à l’arcade sourcilière, téléphone brisé en main.

Pour diviser la résistance des adolescents, les autorités ont estimé que seuls trois jeunes parmi les 150 présents avaient les papiers permettant leur prise en charge. Les autres, estimés majeurs en l’absence de documents d’état civil, sont menacés d’une obligation de quitter le territoire français.

Un campement de fortune d’une quarantaine de tentes est donc apparu au milieu des cossues allées Jules Guesde, entre le Palais de justice et le Jardin des plantes. La solidarité citoyenne et l’implication des associations leur permettent de récolter de la nourriture, des draps, quelques vêtements... Mais comment assurer une hygiène élémentaire dans ces conditions ? "Ce n’est pas facile de vivre dans la rue, raconte Junior. On doit prendre le tram ou le métro pour aller aux toilettes ou se doucher. On galère, c’est difficile. On demande à être relogé immédiatement". C’est dans ce scandale humanitaire que certains jeunes scolarisés vont ainsi devoir entamer leur rentrée.

Les associations présentes depuis plusieurs années auprès de ces jeunes ont organisé, lundi 29 août une conférence de presse sur le campement afin d’exiger des mesures d’urgence : "l’ouverture d’un dispositif d’accompagnement et d’hébergement adapté aux besoins des Mineurs Isolés Etrangers exclus du dispositif de protection de l’enfance et ayant fait un recours auprès du juge des enfants, qui permette à ces jeunes : de prendre soin d’eux – dormir, se laver, s’habiller, se nourrir ; de se soigner ; de continuer leurs démarches juridiques ; de reprendre leur scolarité". Présent sur place, le député de la NUPES François Piquemal en appelle à une "République qui protège et qui garantit à chacun.e le droit à un logement digne." Pourtant, c’est bien la "République" qui procède à un tri raciste aux frontières.

La reconnaissance de minorité : à bas le tri raciste aux frontières !

Au centre de la situation précaire des MIE se trouve la procédure profondément réactionnaire de reconnaissance de minorité. Cette évaluation, effectuée par des travailleurs sociaux du dispositif départemental d’accueil d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés étrangers (DDAEOMIE), est censée permettre de distinguer les personnes mineures, c’est à dire celles qui bénéficient selon la loi de la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), des personnes majeures qui doivent alors quitter le territoire français. En l’absence de documents d’État civil reconnus comme valables par l’État français, ce qui est le cas le plus courant pour des personnes ayant fui la guerre ou la répression, cette procédure repose sur un entretien d’évaluation sociale visant à déterminer si la personne a moins de 18 ans.

Dans une enquête parue dans la revue Hommes et Migrations en 2021, la sociologue Noémie Paté démontre clairement que cet entretien vise à opérer une "hiérarchisation des immigrés en fonction de leur prétendue « capacité d’intégration »" basée sur des stéréotypes racistes (nationalité, langue, capital scolaire, comportement...). Des pratiques confirmées par Junior et Kalil qui précisent que "ces entretiens subjectifs durent parfois 3h".

En plus de l’entretien, les évaluateurs peuvent avoir recours à tests d’âge osseux, une pratique largement dénoncée par de nombreuses associations telles le Gisti et condamnée par le Conseil de l’Europe. Ces tests non seulement produisent "des effets dévastateurs sur le développement physique, affectif et psychologique de l’enfant" d’après France Terre d’Asile, mais aussi n’ont aucune validité scientifique comme l’expliquent de nombreuses instances médicales.

Si les jeunes migrants ne sont pas reconnus mineurs, ils peuvent déposer un recours devant le juge des enfants, une situation dans laquelle se trouvent les MIE du campement des allées Jules Guesde. Mais pendant l’examen de ce recours qui peut prendre plusieurs mois, l’Etat les laisse à la rue sans aucune protection. À l’issue de cette période, environ 95% d’entre eux sont reconnus mineurs par le juge et finalement pris en charge par l’ASE.

Une attaque qui prend place dans l’offensive xénophobe de Darmanin

Alors que la ville de Toulouse compte de nombreux logements vacants et que les services d’hébergement d’urgence sont saturés faute de moyens suffisants, la mairie de Toulouse poursuit sa politique d’expulsion des squats tous azimut, tandis que d’autres squats historiques, lieux d’habitation et d’activités culturelles comme le Pum Bat et la maison de l’Observatoire, sont menacés.

Dans ce contexte, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), se félicite de mettre des jeunes à la rue : "Chaque fois que la loi de la République reprend le dessus sur des situations illégales, c’est une bonne nouvelle pour la société (...) Ce que je souhaite, c’est que l’État se donne les moyens, puisque c’est son rôle, d’exécuter les obligations de quitter le territoire national, c’est-à-dire quand quelqu’un en situation illicite, majeur, refuse de faire toutes les formalités. Je crois qu’à ce moment-là, il y a plus qu’une solution, c’est de renvoyer ces illégaux dans leur pays et ça, c’est le rôle de l’État." En bon chien de garde du gouvernement, ayant soutenu Macron et passé le dernier quinquennat à quémander auprès du ministre de l’Intérieur pour obtenir plus de moyens de répression à Toulouse, Moudenc se place dans la droite lignée de l’offensive xénophobe menée par Darmanin

Face à cette offensive réactionnaire dans un contexte de crise, alors qu’aura lieu le 29 septembre une journée de grève interprofessionnelle nationale, les organisations politiques et syndicales doivent construire une solidarité effective entre les travailleurs avec et sans papiers, revendiquer la régularisation de ces derniers et demander la régularisation des sans-papiers la réquisition des logements vides pour y loger les personnes les plus précaires !

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