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Toulouse. Massivement en grève, les AED expriment leur colère et s’organisent !

Ce mardi 1er décembre de nombreux AED, aux quatre coins du territoire, se sont mis en grève et ont crié leur colère face à la précarité de leurs conditions de travail. Selon le SNES-FSU, sur l’académie de Toulouse, plus de 50 vies scolaires étaient en grève à 100% et presque les ¾ des AED étaient mobilisés. Ces derniers se sont rassemblés puis réunis en Assemblée Générale pour s’organiser collectivement et réfléchir aux suites du mouvement.

mercredi 2 décembre 2020

La journée de mobilisation nationale des Assistants d’Education, appelée par les syndicats de l’éducation suite à la mobilisation des AED à Marseille a été à échelle nationale massivement suivie. Un mouvement de grève qu’il n’y avait pas eu depuis 17 ans, et qui exprime la colère et le ras-le-bol profond en germe chez une grande part des AED. Une précarité qui s’est approfondie avec la crise sanitaire, poussant ces derniers à s’organiser et à se mettre en grève. De nombreux groupes locaux ont ainsi émergé ces derniers jours sur les réseaux sociaux pour préparer cette journée.

Une colère et une radicalité qui se sont exprimées aujourd’hui à Toulouse, où la grève a été très suivie. Pierre Priouret, secrétaire académique du Snes-FSU, donne en effet quelques chiffres en ce sens : « Aujourd’hui, c’est une très grosse journée de mobilisation dans les vies scolaires. De mémoire de militant, on n’avait pas vu ça depuis 2003. Il y a plus d’une cinquantaine d’établissements de l’Académie, dont au moins 35 en Haute-Garonne, où les grévistes sont 100 % en grève aujourd’hui. C’est presque les trois quarts des AED qui sont mobilisés ». Parmi les établissements où la vie scolaire était en grève à 100%, il y a entre autres le collège Cazère, le lycée des Arènes, Toulouse Lautrec, le collège Stendhal, le lycée Pierre de Fermat et le lycée agricole de Ondes. Malgré les tentatives, dénoncées par les grévistes, de plusieurs chefs d’établissements pour casser la grève, celle-ci a eu des effets considérables sur le bon fonctionnement des établissements, dont plusieurs ont dû interrompre les études surveillées, le fonctionnement des cantines et des internats. 
Un rassemblement, suivi d’une Assemblée générale des grévistes, avaient lieu à 13 heures devant le rectorat, réunissant près de 200 personnes. Ceci a été tout d’abord l’occasion pour les AED présents d’exprimer leur colère en témoignant de la précarité de leur statut et de leurs conditions de travail. La précarité et le manque de reconnaissance de leur travail ont été largement évoqués. 

Un Assistant d’Education du lycée agricole d’Auzeville raconte qu’il a « été secrétaire et déménageur cette année ». Poursuivant : « On a peu de reconnaissance mais beaucoup de responsabilités qui ne sont pas les nôtres : psychologues, flics, profs. Il faut tout gérer alors qu’on a pas du tout le même salaire et les mêmes responsabilités. Le contexte sanitaire a fait ressurgir ce qu’on subit depuis des années ». Une situation dénoncée également par un AED du collège Cazère. Un autre assistant d’éducation explique qu’on leur « rajoute des missions supplémentaires avec la crise sanitaire mais sans effectifs supplémentaires », ce qui approfondit dès-lors le rythme de travail. Une situation qui fait résonance à l’état catastrophique de la gestion de la crise sanitaire dans les établissements scolaires par le gouvernement et Blanquer lorsque plusieurs témoignages rappellent que "c’est impossible de se retrouver deux semaines après la rentrée sans masques à distribuer aux gamins !" 

Ce problème du sous-effectif a été lui aussi dénoncé par plusieurs grévistes. « Au lycée Rive-Gauche (Toulouse), on a une collègue qui s’est retrouvée seule à gérer un étage complet d’internat, soit 80 élèves. C’est assez récurrent. », a témoigné l’un d’entre eux. « On a commencé l’année sans infirmière », raconte un gréviste du collège Jules Valles à Portet, pointant le problème de sous-effectif plus général, qui ici impacte directement la santé des élèves et personnels. Un problème de sous-effectif qui s’exprime de manière encore plus criante dans les établissements en REP ou REP+.

S’ajoute à ça la précarité du statut d’Assistant d’Education, cassé en 2003 avec la loi Ferry. Aujourd’hui les Assistants d’Education n’ont plus de statut, sont embauchés par les chefs d’établissements en CDD d’un an renouvelable six fois, avec salaire en baisse et annualisés, ce qui a pour conséquences des semaines parfois de 41h pour les temps pleins payés mensuellement 35h. Le fait de ne plus être embauché au statut prive au passage de nombreuses formations et primes (telles que la prime COVID et REP, REP+) mises en place par l’Education Nationale alors que les assistants d’éducation jouent bien souvent le rôle de soupapes des contradictions de l’éducation nationale. 
Des contrats très précaires, qui servent par ailleurs aux chefs d’établissements de moyen de pression à l’égard des salariés et de levier pour réprimer.

Au lycée Rive Gauche « On a aussi beaucoup de nos collègues qui reçoivent des menaces de la part de la direction, de contrats qui ne seraient pas renouvelés. Dans notre établissement, on a des recrutements de service civique, payés deux euros de l’heure, qui viennent d’arriver. Je pense qu’on leur a demandé de prendre nos postes ». Un gréviste du lycée Eugène Montel, à Colommiers, raconte quant à lui ceci : « Beaucoup de collègues ne sont pas là aujourd’hui car ils font face à des menaces de l’administration et du CPE qui menacent de ne pas reconduire leur CDD. On risque de perdre son emploi, sans être viré mais en n’étant pas reconduit l’année d’après. On est inquiets par rapport à notre statut ». Cette peur de la répression, liée à la précarité du statut a été beaucoup mentionnée, tout autant que la revendication de la titularisation, qui était au centre de l’Assemblée Générale.
Concernant la répression, l’un des éléments décriés également, c’est le rôle de flicage et de sécurité que l’on demande de plus en plus de jouer aux AED. Entre gestion de la crise sanitaire et plan Vigipirate, ces derniers se retrouvent de plus en plus à devoir jouer un rôle de répression auprès des élèves : fouillage des sacs, vérification d’identité systématique. Une sensation de jouer un rôle répressif, à l’opposé du rapport de confiance, éducatif et pédagogique que ces derniers souhaitent avoir avec les élèves. « A un moment où on parle de mettre des flics dans nos écoles NON c’est des aed qu’ils faut mettre », a déclaré en ce sens un gréviste du lycée agricole de Ondes. Plusieurs rappellent notamment ne pas vouloir être les "pions de la répression" que vivent déjà de nombreux lycéens provenant de quartiers populaires de Toulouse et qui subissent tous les jours, aux allées et sorties du lycées, des contrôles incessants de la police. 

Les perspectives, revendications et suites du mouvement ont été également beaucoup discutées, illustration de la colère profonde et de la détermination à poursuivre la mobilisation tant qu’ils n’auront pas obtenu leurs revendications. Parmi elles, la titularisation, l’obtention de 2 CDD de 3 ans, de la prime Rep et Rep +, des embauches, l’augmentation des salaires et la mise en place d’un véritable plan de carrière avec des formations. Pour cela, les grévistes présents au rectorat cet après-midi ont discuté de l’importance de s’organiser entre eux et de continuer à se réunir en Assemblées générales. En ce sens, suite à la volonté du rectorat de négocier, c’est l’Assemblée générale qui a voté la délégation qui irait le rencontrer, en se mettant au préalable d’accord sur les revendications, afin que ce soit l’AG qui soit souveraine pour décider des suites de la mobilisation.

Le rectorat a méprisé les revendications des grévistes. A tel point que quand les grévistes ont décrit le manque d’effectif, l’intervenant qui a accueilli la délégation a rétorqué " le manque d’effectif serait à notre appréciation". Un échange a l’image du décalage entre les décisionnaires, et les assistants d’éducation, qui sont au quotidien sur le terrain.

Concernant ces suites, ce qui émerge c’est la volonté de se mettre à nouveau en grève la semaine prochaine. Pour ce faire, a été discuté le fait de renforcer l’organisation sur les établissements ainsi que les outils qui permettront de se mettre en grève, comme les caisses de grèves. Beaucoup d’entre elles ont par ailleurs été impulsées par les enseignants eux-mêmes, qui ont fait preuve de solidarité avec les Assistants d’Education pour qu’ils puissent se mettre en grève malgré la précarité du travail. Parallèlement à l’organisation sur les établissements, la volonté de se coordonner avec les autres villes pour une prochaine journée de grève la semaine prochaine a été discutée. Une coordination importante afin de ne pas partir de manière isolée.

Face à cette radicalité et colère exprimée, à Toulouse mais aussi nationalement, il apparaît également primordial que les organisations syndicales y répondent et appellent à une prochaine journée de grève nationale qui pose les bases pour un plan de bataille offensif et unitaire, au-delà des journées isolées.




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