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Politique

Levée des brevets

Vaccination. Avec le début des campagnes de troisième dose, la levée des brevets plus urgente que jamais

Les États-Unis et d'autres pays ont approuvé une troisième dose de vaccin pour leur population, alors qu'une grande partie de la population mondiale n'a même pas reçu une seule dose. L'OMS dénonce hypocritement l'égoïsme des pays riches mais ne remet toujours pas en cause les brevets.

vendredi 20 août

Source photo : BEHROUZ MEHRI / POOL / AFP

La troisième dose commence à s’imposer dans les pays impérialistes

Le débat autour de la troisième dose de vaccin contre le Covid-19 a fait cette semaine son retour sur le devant de la scène. Ce mercredi, la Maison Blanche a en effet annoncé la mise en place d’une campagne de rappel vaccinale aux États-Unis à compter du 20 septembre, pour toutes les personnes vaccinées au Pfizer-BioNTech ou Moderna dont la deuxième dose excéderait les huit mois. Si la semaine dernière, les autorités de santé américaines préconisaient une troisième dose pour les personnes immunodéprimées, les récentes déclarations parlent de généraliser à terme cette campagne de rappel en s’adressant d’abord en priorité au personnel de santé et aux personnes âgées.

Cette décision fait suite à la diffusion du variant Delta dans le pays, qui accroît le nombre de contaminations contagieux mais vient surtout mettre en péril l’efficacité de la vaccination. Un constat qu’une étude britannique réalisée par l’Université d’Oxford et l’Office national des statistiques britanniques pré-publiée ce jeudi vient appuyer : elle atteste que deux semaines après avoir reçu la deuxième dose des vaccins Pfizer et AstraZeneca, ils seraient efficaces à 85 % et 68 % contre le variant Delta, mais qu’après trois mois, ces chiffres baisseraient respectivement à 75 % et 61 %. L’efficacité de Pfizer tomberait même à 68 % après quatre mois et demi.

Les déclarations des États-Unis concernant la troisième dose, présentée par Joe Biden comme « la meilleure façon de nous protéger de nouveaux variants qui pourraient arriver », s’inscrit donc dans la dynamique de « booster » les défenses immunitaires face au variant Delta. Une décision qui n’est pas spécifique aux États-Unis, puisqu’Israël et la Turquie ont déjà lancé une campagne de rappel cet été, tandis que la France et l’Allemagne comptent proposer une troisième dose à au moins une partie de leur population dès septembre.

Ainsi, la Direction générale de la santé rapportait récemment à 20 Minutes : « Nous avons en France, un consensus qui se forme avec des avis convergents de la HAS, du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (présidée par Alain Fischer) et du Conseil scientifique autour de l’idée qu’une campagne de rappel sera très bientôt nécessaire pour un certain nombre de populations pour lesquelles nous avons déjà identifié un phénomène d’affaiblissement de l’immunité conférée par le vaccin dès neuf mois après la première injection. » Une campagne qui devrait pour le moment concerner « les résidents des Ehpad et USLD (unité de soins de longue durée), les personnes âgées de plus de 80 ans à domicile, les personnes souffrant de pathologies à très haut risque de formes graves et les personnes immunodéprimées » et sur laquelle la Haute Autorité de Santé doit rendre un avis le 23 août.

La réaction hypocrite de l’OMS face à la répartition inégalitaire des vaccins

Les déclarations des grandes puissances quant à la troisième dose ont fait réagir plusieurs membres de l’OMS, dont la scientifique en chef, Soumya Swaminathan, qui pointe d’une part que « les données actuelles n’indiquent pas que les rappels sont nécessaires », mais qui dénonce surtout, d’un point de vue « moral et éthique » le fait que les pays riches injectent une troisième dose « quand le reste du monde attend sa première injection ». De son côté, la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Matshidiso Moeti, expliquait dans une conférence de presse que « mettre en place un rappel menace la promesse d’un lendemain meilleur en Afrique. En faisant des réserves de vaccins, les pays les plus riches se moquent de l’équité ».

La question de la troisième dose de vaccin contre le Covid-19 est ainsi dénoncée principalement parce qu’elle vient creuser les inégalités déjà profondes quant à la répartition des doses vaccinales entre les pays impérialistes et les dominés. De fait, si le variant Delta est désormais diffus à l’international, les vaccins continuent d’être accaparés par les grandes puissances mondiales, laissant les populations des pays les plus pauvres sans moyens face à la pandémie. L’exemple de l’Afrique est particulièrement dramatique, puisqu’à l’heure actuelle, moins de 2% de 1,3 milliard d’africains vivant sur le continent sont entièrement vaccinés.

Pourtant, si ces déclarations semblent dénoncer avec justesse l’égoïsme des grandes puissances, elles sont teintées d’hypocrisie, car elles éludent la mesure qui permettrait réellement de mettre fin à la distribution inégalitaire des vaccins dans le monde, à savoir la levée des brevets. Cette mesure, pourtant proposée il y a maintenant plusieurs mois par l’Inde et l’Afrique du Sud, fait face à l’opposition des pays impérialistes qui désirent préserver les profits des grands groupes pharmaceutiques, au détriment de la résolution de la pandémie à l’international.

Même le programme international Covax, qui permettait aux grandes puissances de justifier leur opposition à la levée des brevets, n’a pas atteint le quart de ses objectifs – pourtant eux-mêmes insuffisants. C’est ce qu’explique la spécialiste en santé publique mondiale, Mamka Anyona, dans le journal Le Soir : « Normalement, Covax aurait dû permettre 650 millions d’injections à travers le monde, à l’heure où on se parle. On est à quatre fois moins […] Et ce n’est pas totalement de sa faute. C’est celle pays riches qui ont montré les muscles et littéralement annexé le marché pour qu’il soit impossible aux autres, dont Covax, d’acheter des doses ».

Face à l’irrationalité capitaliste, il faut lever les brevets !

L’opposition des puissances impérialistes à la levée des brevets témoignent de l’irrationalité de la gestion capitaliste de la crise sanitaire. Alors que cette mesure permettrait de démultiplier la production de doses vaccinales et leur déploiement dans le monde entier, nous faisons face à l’inverse à des situations non seulement absurdes, mais également dangereuses. En témoigne les dénonciations récentes des ONG sud-africaines qui expliquaient que des millions de doses de vaccin Johnson & Johnson produites en Afrique-du-Sud ont été exportées aux États-Unis et en Europe depuis mars dernier, alors même que la couverture vaccinale du continent n’atteint pas les 2 %.

Surtout, le nationalisme vaccinal des puissances impérialistes éloigne la perspective d’une résolution internationale de la pandémie, puisqu’en ne cherchant pas à briser les chaînes de contaminations mondiales, cette stratégie favorise l’apparition de variants plus résistants, à l’image du variant Delta actuellement. Dans cette situation, si l’efficacité des vaccins est mise à l’épreuve par l’apparition de nouveaux variants, il est clair qu’une troisième dose risque d’être nécessaire pour garantir l’immunité de la population. Mais cette réponse à court terme pose la question d’une solution de fond à l’épidémie, qui passe plus que jamais par la levée des brevets sur les vaccins, mais également la réquisition immédiate des entreprises pharmaceutiques sous contrôle des travailleurs, afin d’imposer une campagne de vaccination rationnelle et massive qui soit non pas dirigée par les profits des grands groupes pharmaceutiques, mais bien dans l’intérêt de la population.




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