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Inégalités Vaccinales

336 millions de doses d’AstraZeneca pour les pays pauvres : la solution vouée à l’échec de l’OMS

Dans le cadre du dispositif COVAX deux modèles du vaccin d’AstraZeneca/Oxford ont été homologués en urgence ce lundi par l’OMS. Malgré les efforts, le dispositif de vaccination internationale ne résout pas les énormes inégalités d’accès aux vaccins.

mercredi 17 février

Photo : Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS

Par une procédure exceptionnelle, l’Organisation Mondiale de la Santé vient d’homologuer les deux vaccins sur lesquels elle comptait pour lancer son dispositif COVAX de distribution gratuite du vaccin pour les pays qui n’ont pas pu s’en procurer. Produits en Inde par le Serum Institute of India (SII) et en Corée du Sud, ces vaccins constituent 99 % des 336 millions de doses que le plan prévoit d’acheminer d’ici le milieu d’année dans 92 pays pauvres, principalement vers l’Inde, l’Afrique et le l’Amérique Latine. En effet les pays coloniaux et semi-coloniaux sont totalement exclus de l’accès aux vaccins monopolisés par les pays impérialistes et les grands laboratoires. Mais ce dispositif peut-il résoudre les inégalités profondes d’accès aux vaccins qui traversent le monde et permettre de faire face aux défis sanitaires ?

Dans le cadre du projet “accélérateur ACT”, fondé en avril par l’OMS et La Fondation Bill & Melinda Gates (celle-là même qui a exigé une licence exclusive pour le vaccin d’AstraZeneca), pour un “développement équitable des outils de lutte contre la COVID-19 dans le monde”, le volet COVAX dirigé par l’Alliance du Vaccin a pour objectif de permettre la distribution de plus de 2 milliards de doses de vaccin aux pays pauvres d’ici 2021. Les 336 millions de doses du vaccin d’Astrazneca/Oxford, avec un supplément d’1,2 million de doses de Pfizer/BioNTech, constitueront la première vague de distribution gratuite programmée par l’organisme.

En pleine guerre des vaccins, cette tentative soudaine mise en place d’un dispositif vaccinal international survient en même temps que l’inquiétude des grandes puissances quant à la réactualisation de la pandémie depuis l’émergence de nouvelles souches du virus à travers le monde. Jusqu’à maintenant, « au moins 130 pays, qui comptent 2,5 milliards de personnes, n’ont pas injecté un seul vaccin » déplorait le directeur général de l’OMS la semaine dernière, en rajoutant que « si nous n’éradiquons pas le virus partout, nous pourrions bien nous retrouver à la case départ ». En effet la gestion nationaliste de l’épidémie a montré toutes ses limites avec le développement des variants dans les endroits où la circulation du virus était la plus forte. Parfois plus contagieux, ceux-ci ont fait de nombreux dégâts, même parmi des populations déjà immunisées à la première souche à l’image de Manaus au Brésil. Et alors que le variant sud-africain a désormais été détecté dans 44 pays différents, dans 15 pays pour le variant brésilien et dans 84 pays pour le variant britannique, la nécessité d’une réponse globale à l’épidémie saute aux yeux, même aux organismes au service des intérêts des premières puissances mondiales comme l’OMS.

Mais alors que les retards de production sont devenus la norme des laboratoires pharmaceutiques qui se sont goinfrés de milliards d’euros d’argent public grâce à des promesses non tenues, on est en droit de douter de la capacité de ces organisations gouvernementales et de l’industrie pharmaceutique à organiser une vaccination mondiale qui répondrait efficacement aux enjeux sanitaires. Selon le rapport de l’OMS, dans le meilleur des cas, “la totalité des doses prévues couvriront, en moyenne, 3,3 % de la population totale des 145 pays participants au plan”, ce dont ils se félicitent car cette prévision est “conforme à l’objectif de la Fondation d’atteindre une couverture d’au moins 3 % de la population au cours du premier semestre de l’année”. Ce chiffre, alors que le Canada ou l’Europe ont acheté des doses pour vacciner trois fois sa population, montre l’impasse de cette stratégie de vaccination internationale portée par l’OMS. Et cela sans parler de l’efficacité du vaccin AstraZeneca qui, bien que moins cher à produire et plus facile à stocker, ne permet une immunité moyenne que de 60%, et ne protège qu’à 22% contre le variant sud-africain en pleine expansion dans les pays du sud. En réalité ces déclarations cachent mal la capitulation du capitalisme qui, face à l’impossibilité de faire face à la nouvelle phase de la pandémie, se dédouane de l’éventuelle future catastrophe mondiale due au développement incontrôlable des variants en promettant d’en vacciner une infime partie gratuitement.

La production et la répartition des vaccins ne peuvent être laissées dans les mains des organisations gouvernementales au service des grandes puissances ni des laboratoires pharmaceutiques qui ne cherchent qu’à conserver leurs profits. Pour répondre réellement à l’urgence et à l’ampleur de la crise, il faut abolir les brevets et nationaliser les industries pharmaceutiques sous contrôle ouvrier pour relancer la production et permettre une vraie planification sensée et égalitaire de la stratégie vaccinale à l’échelle mondiale




Mots-clés

Vaccin   /    Crise sanitaire   /    Catastrophe sanitaire   /    Impérialisme