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Monde

Variants du Covid-19 : le spectre d’une aggravation de la pandémie

Les deux nouveaux variants du Covid19, identifiés comme provenant du Royaume-Uni et d’Afrique du Sud, sont aujourd’hui au centre des inquiétudes. Entre transmissibilité accrue, interrogations concernant l’efficacité des vaccins sur ces nouvelles souches et impréparation générale, c’est le spectre d’une situation d'une aggravation de la pandémie qui pointe le bout de son nez.

samedi 9 janvier

Les nouveaux variants du Covid19, détectés pour la première fois au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, sont aujourd’hui au centre des inquiétudes concernant la pandémie. Devenu majoritaire dans ces deux pays, la propagation de ces mutations du virus, hautement plus contagieuses, a traversé les frontières et touchent les pays voisins.

Des mesures drastiques et une situation qui semble hors de contrôle au Royaume-Uni

Alors que le gouvernement britannique est tancé pour avoir temporisé concernant les mesures sanitaires pour lutter contre la nouvelle souche au Royaume-Uni, jusqu’à 70 % plus contagieuse, Boris Johnson a annoncé en catastrophe, lundi dernier, un second confinement total face à la flambée de nouveaux cas de Covid19. Depuis, le Royaume-Uni voit, chaque jour, entre 50 et 60000 contaminations supplémentaires.

Si, selon les premières expertises, cette nouvelle souche n’est pas plus « meurtrière » en soi, c’est bien sa caractéristique contagieuse qui ouvre à une situation critique, et finalement à plus de morts. En effet, qui dit plus de contamination dit plus de cas grave et un engorgement accru des services de santé, déjà à flux tendu avec la crise.

La situation semble, chaque jour, un peu plus hors de contrôle. A Londres, le point de bascule est déjà atteint. « Un Londonien sur 30 a le Covid-19 à présent. Si nous ne décidons pas d’action immédiate maintenant, notre système de santé pourrait être dépassé et davantage de gens mourront » a ainsi déclaré le maire de la capitale anglaise, Sadiq Khan, sur Twitter ce 8 janvier. Dans un communiqué, Khan précise que « la situation à Londres est maintenant critique, avec une propagation du virus hors de contrôle ».

Là encore, c’est la politique libérale de Johnson, privilégiant l’économie et le maintien à tout prix des profits des grands capitalistes, qui est le principal responsable du désastre actuel. Une politique qui, face à la propagation hors de contrôle du virus, amène à une gestion répressive et brutale de l’épisode sanitaire, avec des mesures strictes prises en urgence qui touchent en premier lieu les classes populaires les plus précaires. Une impréparation totale dont la principale conséquence sera, pour notre camp social, de nouvelles dizaines de milliers de victime du virus.

En France, deux clusters de la nouvelle souche identifiée et (déjà) la crainte d’une situation hors de contrôle

Bien sûr, le cas du Royaume-Uni et sa nouvelle souche de Covid sonne comme un avertissement pour l’ensemble de l’Europe continentale, où des premiers cas sont apparus dans divers pays ce qui a amené l’OMS à inciter l’Union Européenne à « faire plus » face à « une situation alarmante ». En soi, c’est le scénario du début de la pandémie qui pourrait revenir, lorsque les contaminations étaient plus avancées en Italie, et préfigurait de l’évolution pandémique ailleurs en Europe.

En France, deux clusters de la nouvelle souche de Covid19 ont été détectés en Île de France de 19 cas du « covid britannique » et de 3 cas du « covid sud-africain ». Une situation extrêmement grave au vu de la densité de la population qui laisse déjà planer le spectre d’une situation rapidement hors de contrôle. C’est avant tout, là aussi, la question de la saturation des services hospitaliers qui est au centre des préoccupations.

« Avec un R aux alentours de 1, parfois un peu en dessous, parfois un peu au-dessus, la France peut encore se placer dans les pays qui maîtrisent l’épidémie, mais son cas peut s’aggraver à tout moment [...] En voulant lever trop de leviers d’un coup, les Britanniques ont perdu le contrôle de l’épidémie. La France garde plusieurs mesures importantes. Mais si l’épidémie se renflamme, et elle peut le faire à tout moment vu le R haut, cela ne suffira probablement pas » explique ainsi Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, dans des propos relayés par 20 minutes.

Qui plus est, selon le point hebdomadaire de Santé-publique France, le nombre de cas a augmenté de 17% par rapport à la semaine dernière. Dans ce cadre, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Vaucluse et Le Cher vont passer à un couvre-feu dès 18 heures, au lieu de 20 heures. Une hypothèse envisagée également dans les Bouches-du-Rhône. Des mesures drastiques, exclusivement répressives, bien en deçà des enjeux sanitaires actuels tant le couvre-feu fait preuve d’une efficacité plus que limitée au vu de la dynamique épidémique. Surtout, la tendance actuelle, à la fois politique et sanitaire, met dans le paysage la perspective d’un troisième confinement pour faire face en urgence à la situation, là encore dans l’impréparation la plus totale.

Incertitudes concernant l’efficacité des vaccins

Aujourd’hui, de nombreux pays sont touchés par ces nouvelles souches de Covid19. Les exemples britannique et sud-africain, où la nouvelle souche est devenue majoritaire en quelques semaines, laisse présager le pire.

Dans ce cadre, une question se pose : quid de l’efficacité des vaccins face à ces nouveaux variants ? Dans un communiqué de ce vendredi 8 janvier, le laboratoire BioNTech a annoncé que son vaccin, produit en collaboration avec Pfizer, « neutralisent efficacement le SRAS-CoV-2 avec une mutation clé qui se trouve également dans deux souches hautement transmissibles ». Cependant, et comme le souligne un article paru sur France 24, « l’une des limites de cette étude succincte, soulignée par les auteurs eux-mêmes, est qu’elle ne porte pas sur l’ensemble des mutations présentes sur ces variants. Elle ne suffit donc pas à conclure que l’efficacité du vaccin sera la même contre les variants que contre le virus classique ».

En d’autres termes, « ce sont de bonnes nouvelles, principalement parce que ce ne sont pas de mauvaises nouvelles » comme l’explique Stephen Evans, professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, dans des propos relayés par France 24. Surtout, cette lutte contre de nouvelles souches de Covid s’inscrit dans une véritable « guerre » pour les vaccins. Comme nous l’expliquions dans un précédent article, « les gouvernements des puissances impérialistes tentent, d’une part, de se procurer le nombre le plus grand possible de doses des vaccins et le plus rapidement possible afin de relancer leurs économies ; et d’autre part ils sont sous la pression de la population et des oppositions internes. Tout cela les conduit à mener une « guerre » contre les autres puissances autour des vaccins. Et dans ce cadre les pays semi-coloniaux et de la périphérie capitaliste sont complètement relégués et leurs populations mises en danger ».

La pandémie et les variants mettent en lumière l’incapacité chronique des capitalistes à gérer la crise

Les questions posées aujourd’hui par les variants de Covid19 s’inscrivent dans une longue suite de couacs en tout genre depuis le début de la pandémie, en France comme à échelle internationale. Une logique générale de maintien des activités économiques et des profits des grands patrons, avec pour conséquences des virages brusques, autoritaires et répressifs sur le plan sanitaires, une concurrence acharnée entre États et grands groupes pharmaceutiques ou bien encore les centaines de plan sociaux, plongeant chaque jours les classes laborieuses et populaires dans les affres de la précarité et du chômage.

Il apparaît évident que face au spectre d’une situation hors de contrôle, la logique répressive à fait suffisamment preuve, au prix de dizaines de milliers de morts, de son inefficacité à enrayer la pandémie. L’urgence va à la fois à un investissement massif dans l’hôpital public pour augmenter drastiquement le nombre de lits nécessaire au traitement des patients Covid et des malades d’autres maladies, victimes collatérales du virus, l’embauche massive de personnel et l’investissement nécessaire en moyens matériels.

D’autre part, la question du vaccin est bien évidemment centrale. L’opacité due aux logiques de « secret industriel » et à la concurrence accrue entre les différents Etats impérialistes et des laboratoires engagés dans une course au profit mortifère ont une double conséquence : une réticence légitime de la population face aux vaccins proposés et la multiplication de couacs ralentissant à la fois l’approvisionnement, mais aussi les recherches nécessaires pour obtenir des vaccins les plus efficaces possibles. La mutualisation des connaissances, à échelle internationale, et la transparence totale sur les procès de production et de recherche sont deux conditions essentielles pour ouvrir la voie à une réelle sortie de l’épisode pandémique actuel.

Evidemment, ces constats sont complètement à l’opposé des logiques libérales du système capitaliste dans son ensemble, qui prouve chaque jour son caractère obsolète et rétrograde. C’est pourquoi, pour ouvrir une alternative réelle au monde d’aujourd’hui, la seule voie possible est celle de la lutte et de la mobilisation massive des classes laborieuses et populaires, articulées autour d’un programme exigeant non seulement des mesures pour l’hôpital public, mais aussi la nationalisation sous contrôle des travailleurs de l’ensemble de la branche pharmaceutique, l’interdiction immédiate des licenciements, la fin des contrats précaires et l’augmentation immédiate de l’ensemble des salaires et des pensions. Alors que les directions syndicales brillent par leur silence sur ces questions sanitaires, la grève des ouvriers de la raffinerie de Grandpuits, luttant contre les licenciements et contre les conséquences écologiques de la politique de Total, est un véritable exemple à suivre. Auto-organisés et en grève dure, les ouvriers de Grandpuits ouvrent la voie à une mobilisation d’ensemble contre la politique sociale, sanitaire et économique du gouvernement. Soutenir et s’appuyer sur cette grève, dans la convergence avec l’ensemble des luttes actuelles, pour imposer un plan d’ensemble contre la politique du gouvernement est une condition sine qua none pour ouvrir le champ des possibles. Pour un véritable monde d’après.




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