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10° dans les établissements, rats, manque d’effectif : pourquoi les profs du 93 sont en grève ?

Insalubrité, établissements en ruine et « tri social », retour sur les raisons de la mobilisation dans l’Éducation Nationale en Seine Saint Denis.

Lisa Mage

7 mars

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10° dans les établissements, rats, manque d'effectif : pourquoi les profs du 93 sont en grève ?

Après la grève reconductible de la semaine dernière, les professeur.es du 93 ce sont de nouveau mobilisé.es ce jeudi pour exiger des moyens et la mise en place d’un « plan d’urgence » pour le département (enseignant.es, personnel.les encadrants, pôle médico-social, rénovation des bâtiments) mais aussi contre le projet nauséabond du gouvernement de tri social et raciste des élèves.

Ainsi, c’est près de 60 % des professeur.es du département qui se sont mis en grève, selon le SNES-FSU, avec des opérations « collèges déserts » organisées par les enseignant.es et les parents d’élèves. Signe d’une crise profonde au sein de l’Education Nationale face aux attaques dans le secteur, la mobilisation de ce jeudi s’est étendue à d’autres départements de banlieue parisienne et à certains établissements parisiens.

Insalubrité, manque de personnel.les : des établissements scolaires en ruine

La mobilisation en Seine-Saint-Denis met en lumière un ras-le-bol profond face à la casse toujours plus brutale de l’éducation nationale. De nombreux témoignages d’élèves, de personnel.les encadrants et de professeur.es font état de bâtiments dégradés, non isolés, de bout de mur et de plafond qui s’effondrent, de manque de moyens matériels, de présence de rongeurs et de nuisibles. Selon l’estimation des syndicats locaux, sur lesquelles sont basées les revendications du « plan d’urgence », 2/3 des écoles sont en mauvais état, 1/3 sont infestées de nuisibles, 50% des établissements sont sous-chauffés, avec une mauvaise isolation et/ou des fuites. « Il n’y aucune isolation, l’hiver, il fait vraiment froid et à l’inverse, l’été ça devient irrespirable », témoigne un surveillant du Collège Pierre de Geyter à Saint-Denis.

Même son de cloche dans le lycée Suger à Saint-Denis, où « des profs se sont mis en droit de retrait en début d‘année parce qu’il faisait à peine 10 degrés dans leurs salles de classe », explique un des personnel.les encadrants. À quelques centaines de mètres de là, le lycée Paul Éluard dont des failles dans les bâtiments avaient provoqué une inondation et la chute de certaines parties du plafond l’année dernière. Dans cet établissement qui n’a jamais été isolé, les chaises et les tables manquent pour accueillir les élèves, les fenêtres se déchaussent et le début de l’année scolaire avait été marqué par une infestation de punaise de lit.

Aux établissements insalubres s’ajoute aussi le manque d’effectif. Le « plan d’urgence pour le 93 » revendiqué par les grévistes fait ainsi état d’un manque de 2 000 enseignant.es pour les 859 écoles, de 1 000 enseignant.es pour les 130 collèges et de 2 200 enseignant.es pour les 68 Lycées. De plus, il manque 175 CPE, 650 AED, 320 assistant.es pédagogiques, 2200 AESH et dans 40% des établissements, le pôle médico-social a au moins un personnel manquant. C’est le cas de Paul Éluard qui, en dépit de ses plus de 2 000 élèves accueillis, n’a pas d’assistant.e pédagogique ou social. Le sous-effectif a pour conséquence un dédoublement du travail des personnels éducatifs. « On se retrouve toujours à faire des tâches administratives sans jamais avoir le temps d’avoir un vrai rôle d’accompagnement pour les élèves », déplore un surveillant au Collège Pierre de Geyter.

Ce sous-effectif constant se ressent en tout point et impacte toutes les personnes qui fréquentent ces établissements. Ces conditions déplorables abiment le personnel. « Les personnel.les d’entretien ont des tableaux minutés à la seconde près qui leur imposent une cadence de travail intenable. Il y a beaucoup d’arrêts maladie, les agents sont fatigués et stressés par le rythme imposé », dénonce un surveillant au Lycée Jacques Brel à La Courneuve. Au lycée Suger, un personnel encadrant alerte sur les difficultés liées au fait de travailler dans des conditions toujours plus dégradées : « Ça se voit que les surveillant.es sont aussi fatigué.e par cette situation, cette année, deux d’entre eux ont démissionné ».

« Pour gagner face aux offensives du gouvernements, il va falloir faire bloc »

Bien que la mobilisation soit à l’initiative des syndicats de l’enseignement du 93, l’élargissement de la mobilisation à des établissements parisiens, du Val-de-Marne (94), des Yvelines (78) et du Val-d’Oise (95), mais aussi la participation des personnel.les encadrants et des élèves à celle-ci, témoignent d’une colère profonde face à la dégradation des conditions de travail et d’études dans un contexte où l’école est au coeur des attaques racistes et sécuritaires du gouvernement. En ce sens, la manifestation parisienne de ce jeudi a réuni plusieurs milliers d’enseignant.es, d’élèves, de personnel.les encadrants, mais aussi de parents d’élèves.

Dans certains établissements, les élèves se mobilisent aussi contre les offensives que le gouvernement leur réserve, alors que leurs établissements manquent de tout. Ce mercredi, les lycéen.nes de Cachan (94), un des plus gros établissements de banlieue parisienne, ont bloqué leur lycée contre l’insalubrité de ce dernier. Les lycéen.nes de Simone de Beauvoir (95) ont eux, rejoint la manifestation enseignante de cette après-midi. Au Lycée Blaise Cendrars (93), les élèves se mobilisent aux côtés de leurs professeur.es depuis la rentrée, et certain.es d’entre eux étaient présents à l’assemblée générale du 93 ce jeudi. « Depuis mardi dernier on bloque tous les jours, on refuse que 2 milliards d’euros soit mis pour les uniformes alors qu’il n’y a jamais rien pour nous », expliquait ainsi une lycéenne. Ils ont par ailleurs créé un compte Tiktok où élèves et professeur.es dénoncent les conditions d’enseignements dans le lycée.

@lyceeblaisecendrars On est à Blaise Cendrars bien évidemment que … #lyceeblaisecendrars #pourtoi #fyp #seinesaintdenis #faitenouspercercestpourunevraicause #sevran #93270 #jeuneendetresse #lyceens ♬ son original - LyceeBlaiseCendrars

De plus, dans de nombreux établissements mobilisés, des initiatives sont pensées pour créer du lien avec les parents d’élèves qui subissent aussi de plein fouet le tri social que le gouvernement veut imposer à leurs enfants. Le mouvement s’est également étendu aux personnel.les encadrants (AED, CPE), comme à Paul Éluard où la vie scolaire était en grève reconductible à 100 % pendant trois jours. De la même manière, les surveillant.es du collège pierre de Geyter se sont mis en grève à 100 % lundi dernier et ont reconduit la grève le mardi.

Au-delà de revendiquer des moyens nécessaires au fonctionnement des établissements, et particulièrement des établissements de banlieue, les enseignant.es, élèves et personnel.les mobilisé.es dénoncent aussi les offensives anti-sociales, sécuritaires, et racistes du gouvernement. De la mise en place des classes de niveaux aux collèges au SNU, sans oublier les uniformes ou encore la politique de stigmatisation islamophobe dont l’interdiction de l’abaya n’est qu’un exemple parmi d’autres. Le projet du gouvernement pour l’éducation nationale est clair : précariser les personnel.les, mettre au pas la jeunesse tout en accentuant les inégalités entre les élèves. Les initiatives d’unité entre les enseignant.es, les élèves et les personnel.les montrent ainsi la voie à suivre.


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