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Politique

Édito

Une mobilisation réussie le 10 octobre, mais quel plan pour la suite ?

Ce mardi, des centaines de milliers de manifestants se sont mobilisés contre les attaques du gouvernement Macron. Mais la veille au soir, les syndicats réunis ne se sont pas accordé autour d’un plan de bataille commun, allant à l’encontre de l’évidente volonté d’unité qui s’est exprimée dans la rue.

La journée de mobilisation du 10 octobre, contre les attaques du gouvernement Macron, fut une réussite objective, avec près de 400 000 manifestants dans toute la France, et l’entrée dans la danse des fonctionnaires, auxquels se sont ralliés d’autres secteurs. Les chiffres et la dynamique de cette journée sont plutôt semblables de ceux du 12 septembre, qui marquait la rentrée sociale, et confirment que la tendance n’est pas au baroud d’honneur mais bien à la lutte et à la convergence !

De nombreux secteurs de la fonction publique en grève

Ce mardi, plusieurs secteurs du public étaient représentés, l’éducation nationale en premier lieu. Le taux de grévistes annoncé chez les enseignants est de 17,5 % mais la proportion est bien plus grande dans l’enseignement primaire : la FSU a annoncé qu’un enseignant sur deux était en grève !

Dans la manifestation parisienne, il y avait près d’un millier d’enseignants manifestant dans les cortèges des établissements du secondaire.

A Marseille, d’après la Mairie, les trois quarts des cantines étaient fermées, ainsi que 8 crèches sur 10. Un taux rarement atteint depuis de nombreuses années.

Par ailleurs, dans le secteur de la santé, les praticiens hospitaliers, c’est à dire les médecins, les pharmaciens et les dentistes, se sont joints aux infirmiers et aux aides soignants, via l’appel d’une dizaine de syndicats. Du jamais vu depuis 2009 !

Du côté des transports, 30 % des vols ont été annulés préventivement, car une partie des agents de l’aviation civile était en grève. La SNCF et la RATP ont été moins touchés ce mardi par le mouvement de grève, bien que des cheminots aient été présents dans les manifestations à Paris et en province.

La jeunesse déterminée mais pas encore massivement mobilisée

Même BFMTV le dit, le gouvernement craint que la jeunesse se mette massivement en branle. Le spectre de mai 68, de 95 ou encore de 2006, hante Macron et son gouvernement. Mais le 10 octobre n’aura pas encore marqué l’entrée massive de la jeunesse en mobilisation, sans qu’elle en soit totalement absente non plus.

Dès le lever du jour, plusieurs lycées étaient bloqués. A l’université du Mirail, à Toulouse, l’Assemblée générale a réuni au plus fort plus de 300 étudiants. Dans les cortèges, à Paris comme en province, la jeunesse était surtout remarquée pour son dynamisme.

Le gouvernement incertain face à une réelle détermination

Cette journée aura été la démonstration que la colère est réelle, et les nombreux secteurs mobilisés illustrent la volonté de faire converger les luttes. La volonté d’unité se confirme, et c’est ce que craint le plus le gouvernement.

Dans ce contexte, l’exécutif joue la carte de la division. Après avoir accordé quelques avancés aux routiers pour les faire rentrer dans le rang – ce qui n’avait pas empêché la CGT de maintenir son appel au 10 – il y a fort à parier que le gouvernement va faire de même pour d’autres secteurs, afin d’éviter cette coagulation des luttes qu’il craint tant.

Ainsi, Édouard Philippe, déclarant « assumer pleinement les mesures prises », a tout de même annoncé qu’il estimait que les fonctionnaires n’étaient « pas du tout déconsidérés » et « même essentiels dans le fonctionnement de notre pays ». Castaner, le porte-parole du gouvernement, a quant à lui déclaré : « Il y a une mobilisation importante [...] Il faut entendre ces inquiétudes » tout en expliquant que les revendications concernant la hausse du pouvoir d’achat n’étaient pas légitimes.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics a tenté de se montrer rassurant en déclarant qu’il n’y aurait pas de baisse de salaire pour les fonctionnaires et que la hausse de la CSG serait entièrement compensée. Mais bien évidemment, pas un mot sur le gel du point d’indice ou encore sur la question des ordonnances, ni de la part de Darmanin, ni du reste du gouvernement. Enfin, en appelant les syndicats de la fonction publique à un rendez-vous « salarial » le 16 octobre, la stratégie est de maintenir la mobilisation dans un cadre sectoriel, isoler chaque secteur en lui accordant quelques miettes.

Sans plan de bataille, les directions syndicales loin d’être à la hauteur

De leur côté, les dirigeants syndicaux s’étaient donné rendez-vous lundi soir, veille de la journée de mobilisation, avec pour objectif de fixer une nouvelle date unitaire. Pourtant, en dépit de la réelle tendance à la convergence qui s’est exprimée dans la rue ce mardi, les directions syndicales ne sont pas ressortie de leur rencontre avec un plan commun.

La CGT appellera seule à une nouvelle date contre les ordonnances Macron, le 19 octobre, tandis que Berger assume totalement sa volonté de privilégier les négociations avec le gouvernement. Il explique même quitter sciemment le terrain des revendications contre les ordonnances, qu’il estime définitivement perdu. En ce qui concerne FO, et la forte pression de la base en interne, Mailly a été obligé d’annoncer une hypothétique date de mobilisation future… le 19 novembre ! Une drôle de conception de l’unité et de la représentation des intérêts des travailleurs qu’ils sont sensés représenter, alors que ces mêmes dirigeants syndicaux tergiversent bien moins quand il s’agit d’aller négocier avec le gouvernement.

Les conséquences d’un tel calendrier sont évidement le risque de voir la mobilisation s’essouffler, aux antipodes du plan de bataille unitaire que souhaitent voir émerger tous les travailleurs mobilisés !

Si elle n’est pas possible par en haut, construire la convergence par en bas !

Face aux reculades et aux manœuvres des directions syndicales, qui mettent la mobilisation en péril en la privant de perspectives, il est nécessaire de faire émerger un véritable plan de bataille, et de se doter d’un programme commun pour gagner face aux attaques du gouvernement Macron.
C’est dans ce but qu’il faut construire des cadres de discussion et de lutte partout où c’est possible – depuis des intersyndicales locales ou des assemblées générales interprofessionnelles. Pour que la prochaine date, le 19 octobre, soit la plus large et unitaire possible, il faudra nécessairement la construire par en bas, sans attendre les directions syndicales qui refusent de donner la moindre perspective commune.




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