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« Ras le col » !

« 1700€ par mois, misogynie d’Etat » : les sages-femmes mobilisées pour de la reconnaissance et des moyens

Après cinq mobilisations depuis le début de l’année, des milliers de sages-femmes sont sorties dans la rue massivement aujourd’hui et tirent la sonnette d’alarme. « On va être obligées de fermer des lits, peut-être même des services et des activités ! »

jeudi 7 octobre

Crédits : RP

Des milliers de sages-femmes dans la rue contre le mépris du gouvernement !

Elles manifestent pour la troisième fois en l’espace d’un mois. Après plusieurs mobilisations, leur mouvement restait relativement peu visible, et pour cause : les nombreuses réquisitions qui ont eu lieu empêchaient bon nombre d’entre elles de manifester et rendre leur colère visible. Mais aujourd’hui, elles se sont réunies massivement à Paris à l’appel de plusieurs syndicats comme la CGT, l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) et l’Union nationale et syndicale des sages-femmes (UNSSF). Elles étaient ainsi plusieurs milliers à manifester leur colère, de Montparnasse au ministère de la santé.

A la maternité Delafontaine (Seine-Saint-Denis), toutes les sages-femmes sont grévistes et absentes des locaux. Différentes maternités ont vu des taux à 100 % de grévistes comme à Saint-Denis mais aussi dans divers centres hospitaliers de France comme à Millau, Niort ou à Saint-Flour par exemple.

Si le mot d’ordre était jusqu’ici « CodeRouge » – l’expression correspondant au degré d’urgence enclenché en cas de complications lors de l’accouchement -, aujourd’hui le ton monte d’un cran avec l’arrivée du slogan #SagesFemmesCodeNoir. Une évolution symbolique, symbolique d’un ras- le-bol de tout un secteur mobilisé contre le mépris d’un gouvernement qui casse toujours un peu plus le service public hospitalier, y compris au détriment des droits des femmes à disposer de leur corps, leur maternité et leur santé.

Manque de moyens, de reconnaissance… Les sages-femmes à bout de souffle

Les raisons de se mobiliser sont multiples et ne datent pas d’hier. « Méprisées, oubliées » par le gouvernement et « épuisées » par leur profession, les sages-femmes demandent la reconnaissance de leur statut, de leurs missions, une hausse significative des effectifs, et de leur salaire.

Si Olivier Véran avait pu laisser croire à une réponse à cette revendication avec une augmentation de 100 euros bruts en salaire et 100 euros net de prime mi-septembre, cette hausse ne représentait que 22 points sur les 200 demandés. Une mesure jugée bien insuffisante par les travailleurs.ses : « on se moque de nous. Ça faisait des dizaines d’années que notre salaire était gelé. Nous proposer une mesure aussi légère c’est nous déconsidérer totalement » dénonce Lisa, sage-femme sur Bordeaux. « C’est un métier de passionnés mais très mal payé », dénonce Sophie, sage-femme à l’hôpital. Elle ajoute : « en début de carrière une sage-femme est à 1700€ [après 5 ans d’études]. Plus personne veut faire ça ».

Or c’est le statut qui détermine la grille salariale. « On passe par la première année de médecine et on n’est pas reconnu comme statut médical. » explique Coline, étudiante en école de sage-femme. En effet, les sages-femmes ont un statut « hybride », de fonction publique hospitalière au lieu de celui de personnel médicaux. C’est ce statut qui a fait qu’elles n’ont touché que 183 euros lors du Ségur de la santé, à la différence des professions médicales qui ont eu bien plus.

Ce problème de salaire se répercute directement sur les effectifs, la profession manquant d’attractivité : « On a du mal à recruter, on va être obligés de fermer des lits. On est vraiment en pénurie de sages-femmes, en particulier à l’hôpital » explique Sophie. Ce manque d’effectifs créé une surcharge de travail très conséquente, et pourrait à terme provoquer les fermetures de certains services, ne pouvant plus être assurés. « On va être obligées de fermer des lits, peut-être même des services et des activités. C’est dommageable, surtout pour les mères et les enfants » dénonce Sophie.

Car les usagers, qui sont majoritairement des femmes - tout comme les sages-femmes, secteur à 97 % féminisé -, sont avec les travailleur.se.s les premier.e.s impacté.e.s par la dégradation des conditions de travail des sages-femmes et par le manque de moyens.

Enfin, les missions des sages-femmes sont de plus en plus diverses. C’est pourquoi nombreuses étudiantes étaient présentes pour appuyer les revendications, mais aussi réclamer une sixième année d’étude pour pouvoir être formées de manière à répondre aux exigences de plus en plus nombreuses.

Les sages-femmes subissent de plein fouet le manque de moyen dû à la casse de l’hôpital public, mais elles relèvent la tête et leurs mobilisations semblent prendre une ampleur inédite. Ainsi, il est nécessaire qu’elles continuent de s’organiser, aux côtés des autres travailleuses et travailleurs de la santé et avec le soutien des usagers, pour que le gouvernement cède à leurs revendications et apporte des moyens massifs dans la santé. Mais c’est aussi dans le cadre d’un véritable plan de bataille et aux côtés d’autres secteurs du monde du travail qui se battent pour de meilleurs salaires et contre les attaques du patronat que les sages-femmes pourront obtenir gain de cause. Sans oublier que soutenir les sages-femmes, c’est soutenir toutes les femmes !




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