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Politique

Imposons leur la candidature d'un ouvrier anticapitaliste

#2017PoutouDoitEnEtre. Une grande bataille démocratique : aidez-nous à la mener !

Un ouvrier c'est là pour fermer sa gueule, titrait Philippe Poutou en 2012 dans un petit livre où il revenait sur le mépris de classe auquel il avait à faire face dans les médias, notamment après un passage particulièrement caricatural chez Ruquier. Les mécanismes sont les mêmes aujourd'hui, alors que les présidentielles de 2017 approchent. En plus caricatural même, puisque au fur et à mesure que le régime politique de la Cinquième République s'installe dans une crise toujours plus profonde, il se roule en boule autour de ses traits les plus anti-démocratiques. Imposer la candidature d'un ouvrier anticapitaliste est donc plus que jamais un véritable combat de classe, et démocratique. Guillaume Vadot

vendredi 13 janvier 2017

Contradictions dans leur « démocratie »

Il n’y a rien de nouveau ni de surprenant à ce que les institutions des démocraties pour les riches soient organisées pour gêner l’expression politique des révolutionnaires, et maintenir dans l’invisibilité les luttes de celles et ceux d’en bas. Au quotidien, sur les lieux de travail – et qu’on bosse dans le public ou dans le privé ne change rien – s’organiser, se défendre est vite transformé en délit. L’actualité est là pour en témoigner, entre les peines lourdes prononcées contre les salariés de Goodyear ce mercredi, ou l’annonce d’une expulsion des syndicats de la bourse du travail d’Evry, la ville de Manuel Valls. Les universités sont de plus en plus hermétiquement fermées à tout discours alternatif, avec de véritables purges dont l’affaire Mezzadri avait été un exemple éclatant, et les lycées l’ont toujours été. Tout le monde n’a pas, par ailleurs, les mêmes droits en pratique dans une France postcoloniale où certains meurent plus facilement dans les mains de la police, et subissent une ségrégation raciste ou sexiste à tous les étages.

Mais c’est en période électorale, quand le discours dominant chante les louanges du « débat » et met en scène la prétendue « démocratie » du suffrage, que la contradiction se fait la plus éclatante.

500 parrainages et compagnie : tout pour empêcher l’extrême gauche d’exister à large échelle

A l’heure actuelle, la candidature de Philippe Poutou ne passera pas le tamis de la sélection imposée par les institutions. Les militantes et militants du NPA, et tous ceux qui soutiennent cette campagne, ont beau sillonner les routes de France, à peine plus de 200 parrainages de maires ont pu être récoltés. Si cette situation devait durer, il s’agirait d’un recul important pour l’extrême gauche, et donc pour la possibilité pour les révolutionnaires de faire peser leurs idées à large échelle. Depuis sa fondation en 2009 en effet, le NPA avait toujours réussi à surmonter cette proscription administrative et à présenter un candidat.

Alors, pourquoi est-ce plus difficile cette année ? Bien sûr, la situation du NPA lui-même n’y est pas pour rien, et nous payons au prix cher l’incapacité du parti à amorcer la construction d’une véritable organisation révolutionnaire, qui apparaitrait comme la leur aux dizaines de milliers de salariés, de jeunes, de militants des différents fronts de résistance à l’ordre établi en leur proposant une véritable stratégie pour le renverser. Mais il n’y a pas que cela, loin de là. Et il suffit de se frotter concrètement à la recherche des signatures de maires pour s’en convaincre. Confier à ces derniers la responsabilité de sélectionner les candidats à la présidentielle est une première aberration : c’est la population qui devrait le faire. Ces milliers d’heures – auxquelles s’ajoutent des milliers de litres d’essence, le bilan écologique lui aussi est salé ! – que nous passons sur les routes sont autant de temps en moins à diffuser nos idées, et c’est un premier bénéfice pour nos adversaires, qui pour leur part n’ont pas une seconde à passer à ce travail, et peuvent pavaner à longueur de journée dans des médias qui sont possédés par des patrons parmi les plus grands du pays – Bouygues, Lagardère, Dassault, Niel et la liste et longue – et dont les obligations en termes de temps de parole accordé aux petits candidats ont été revues à la baisse cette année.

Les maires face aux pressions locales et à celles des partis dominants

De plus, les édiles sont loin d’être libres dans leur parrainage, qui est pourtant censé être une démarche purement administrative. Et c’est bien là tout le calcul sur lequel repose cette règle proscriptive. Pour 2017, cette dernière a d’ailleurs été modifiée par le gouvernement, avec l’objectif de limiter les candidatures à gauche du PS et ainsi de positionner plus facilement ce dernier comme candidat au second tour et au « front républicain », le seul argument qui lui reste après cinq année de trahison du monde du travail et des classes populaires. Désormais, l’ensemble des noms de « parrains » sera publié au journal officiel, histoire de les exposer plus encore aux reproches locaux au sein des paniers de crabes que sont souvent les conseils municipaux, mais aussi et surtout à la répression venant des partis dominants qui ont la main sur les conseils départementaux et les communautés de communes, et donc sur l’allocation des grands budgets et des subventions.

A longueur de villages, les maires que nous rencontrons, petits agriculteurs, salariés, retraités, etc., qui souvent reconnaissent dans Philippe Poutou le seul candidat qui leur corresponde socialement et partagent avec nous la revendication de la fin de l’austérité dans les services publics, nous font part de ces difficultés et de leur crainte de se voir retirer toute subvention. Dans de nombreux cantons, les partis traditionnels (PS et LR, mais aussi Modem ou UDI, et le FN qui a désormais une plus grande implantation) ont fait passer des consignes claires, avec menace de mesures de rétorsion. Celles-ci sont aussi une protection du système politique actuel, dont la crise se traduit par la multiplication des candidatures en dehors des canaux de sélection traditionnels. Les journalistes qui commentent la course aux signatures savent bien tout cela, mais ils continuent à présenter les choses comme s’il ne s’agissait que du mérite ou de la représentativité des idées des uns et des autres, pour ajouter à la répression administrative une minorisation idéologique.

La campagne démocratique est lancée. #2017PoutouDoitEnEtre : signez la pétition

Cette situation est d’autant plus choquante que, non seulement le NPA et ses différentes composantes (dont Révolution Permanente est une expression) constitue un courant politique certes minoritaire mais représentatif nationalement, mais en plus la candidature de Philippe Poutou trouve un échos malgré l’invisibilisation qu’elle subit. Dans un sondage du 5 janvier dernier pour les Echos, elle était créditée de 2 à 2,5% d’intentions de vote, et cela correspond aux retours que nous recevons autour de nous, au fur et à mesure que la campagne se met en place avec ses thématiques à dominante anti-sociale et chauvines, et son bal des égos, le tout bien pensé pour enterrer la révolte née au printemps dernier contre la loi travail. Cela alors que, pour ne donner que quelques exemples l’hopital est en plein burn out faute de lits et d’effectifs, que les plans de licenciements pleuvent et que les salaires réels baissent, que la police s’acharne sur les migrants en pleine vague de froid ou encore que les enseignants de l’éducation prioritaire se battent pour sauvegarder le peu de moyens qui leur restent et défendre l’accès à l’éducation de la jeunesse des quartiers.

Alors, face à la batterie de mesures visant à faire fermer à double tours la gueule de notre candidat, la solution est simple : se battre, comme on le fait tout les jours. Ne pas laisser les puissants dicter leurs règles. C’est pour cela que nous avons initié avec le reste du NPA une tribune, parue ce vendredi matin sur le site du Monde, et signée notamment par Michel Piccoli, Daniel Mermet, François Ruffin, Noël Mamère, Annie Ernaux, Patrick Chamoiseau ou encore Nicolas Del Caño, qui était candidat aux présidentielles en argentine pour le Front de gauche et des travailleurs, et qui, tous, réclament que cesse cette proscription.

Pour ne pas laisser leur démocratie cacher cet ouvrier qu’elle ne saurait voir (c’est le titre de la tribune), une pétition est aussi désormais en ligne, dont nous espérons qu’elle sera signée et diffusée très largement !

Aidez-nous à imposer une candidature ouvrière et anticapitaliste !

Le combat a donc commencé, dans un calendrier de plus en plus serré. C’est un combat contre ce régime politique pourrissant, pour qu’une voix ouvrière et anticapitaliste puisse se faire entendre. C’est en effet le meilleur moyen pour que tous les autres combats ne soient pas remisés au placard pendant cette élection, et que celles et ceux qui les mènent, sur un terrain de classe, internationaliste, puissent se regrouper et commencer à se préparer aux affrontements qui viennent, qu’il s’agissent de tenir tête à un Fillon ou à un Macron, voire à Marine Le Pen. Ce combat, le NPA aurait été pu le mener plus fort encore s’il s’était présenté dans le cadre d’une candidature commune de l’extrême gauche, avec Lutte Ouvrière, et c’est la perspective qui devrait à notre avis être choisie pour les législatives. Dans l’immédiat, nous proposons à toutes celles et tous ceux qui pensent que cette bataille est juste de nous contacter pour y prendre part, en multipliant et en diffusant les initiatives liées au #2017PoutouDoitEnEtre, et pourquoi pas en se lançant carrément sur les routes à la recherche de parrainages.




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