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3 milliards de dollars par jour depuis 50 ans : une étude révèle les profits faramineux du secteur pétrolier

Une étude relayée avant publication par le Guardian révèle que l’exploitation des hydrocarbures a permis au patronat du secteur pétrolier d’accumuler 3 milliards de dollars de profits par jour en moyenne depuis 50 ans. Une nouvelle qui tombe au plein milieu d’un été marqué par la crise climatique due à l’utilisation de ces hydrocarbures.

mardi 26 juillet

Crédits photo : Osman Karimov/AFP

3 milliards de profits par jour, à quel prix ?

Le monde traverse à nouveau un été chaotique, conséquence du réchauffement climatique, et est en proie aux sécheresses, vagues de chaleurs, incendies et inondations dont les effets sont dramatiques : environ 2000 personnes sont mortes des suites de la chaleur en Espagne et au Portugal ce mois-ci. Le 23 juillet, plus de 515.000 hectares de forêts étaient partis en fumée en Europe sur l’année 2022, dépassant largement la moyenne et le maximum sur la période 2006-2022. Au même moment éclatait en Californie un feu qui depuis a ravagé plus de 7000 hectares de forêts. L’inde et le Bengladesh ont connu successivement une canicule et des inondations meurtrières tuant au moins une centaine de personnes. En Chine ce sont les inondations qui sont venues avant la vague de chaleur.

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Et au même moment, une étude révèle que le secteur pétrolier, à l’origine de la majorité des émissions de gaz à effet de serre, a rapporté en moyenne 2.8 milliards de dollars de profits par jour durant les 50 dernières années. Relayée avant publication par le journal The Guardian et réalisée à partir des données de la Banque Mondiale, l’étude révèle que les profits accumulés par le secteur pétrolier représentent 52 000 milliards de dollars depuis les années 1970, soit 2.8 milliards de dollars par jour. Une véritable poule aux œufs d’or pour les actionnaires.

Comme l’explique Paul Ekins, professeur au Collège Universitaire de Londres, « Le fait est que sur les 50 dernières années, les entreprises ont accumulé une somme énorme d’argent en produisant des combustibles fossiles dont la combustion est la cause majeure du réchauffement climatique. Cette situation est déjà à l’origine de souffrances indicibles autour du monde et représente une menace majeure pour l’avenir des civilisations humaines ».

L’ONG CDP (Carbone Disclosure Project), explique que « l’industrie des combustibles fossiles et ses produits comptait pour 91% des émissions globales industrielles de gaz à effet de serre en 2015 », soit environ 70% des émissions totales. D’autant que cet impact destructeur des énergies fossiles est connu depuis longtemps, et surtout par les entreprises qui les exploitent. Dans leur soif de profits, celles-ci ont mis en place des stratagèmes au moins depuis les années 1970 pour cacher cet impact, puis pour le nier. Le greenwashing qu’elles déploient aujourd’hui n’est que la continuité de ces stratégies permettant de gagner du temps d’exploitation des énergies fossiles, et donc des profits colossaux.

Pas de crise pour le secteur pétrolier

Selon l’auteur de l’étude, l’économiste de l’énergie et ancien rédacteur du GIEC Aviel Verbruggen, les profits résultant de l’exploitation d’hydrocarbures étaient en moyenne de 1000 milliards par an sur la période 1970-2020, mais pour l’année 2022, il s’attendrait à ce qu’ils soient deux fois plus élevés.

En effet, alors que les classes populaires se serrent la ceinture depuis plusieurs mois devant l’augmentation constante des prix, ces entreprises profitent de l’inflation et des tensions autour des marchés de l’énergie pour augmenter en retours leurs marges. « Ce trimestre, TotalEnergies tire pleinement parti du prix des hydrocarbures élevés » expliquait ainsi Total en juillet 2021, assumant pleinement profiter de l’inflation pour faire exploser ses profits.

Le patronat va-il laisser 100.000 milliards de dollars reposer sous terre ?

A partir de ces données, Mark Campanale, de l’organisation Carbon tracker déclare que « Rester sous 1.5°C revient [pour les entreprises pétrolières internationales] à abandonner environ 100.000 milliards de revenus potentiels ». Au vu des stratégies qu’elles ont déployées par le passé pour poursuivre l’exploitation des gisements, difficile d’imaginer que ces entreprises se résignent à laisser sous nos pieds tous ces précieux profits.

De plus, l’exploitation des hydrocarbures n’est pas seulement un enjeu économique pour la pétrochimie et les vendeurs d’hydrocarbures, c’est un enjeu central pour tout le patronat. Un flux d’énergie relativement constant, facilement contrôlable et stockable est en effet une condition pour optimiser l’exploitation dans tous les secteurs de la production et assurer toujours plus de profits. Ce qui explique une vague de panique des entreprises devant les tensions autour de l’énergie, et les politiques pro-patronales déployées, par exemple par le gouvernement français, pour leur venir en aide.

Alors que la crise écologique s’accentue, l’incompatibilité entre l’habitabilité de la planète et les profits de quelques-uns devient de plus en plus flagrante, car le patronat ne renoncera pas de lui-même aux milliards de profits que représentent les hydrocarbures. Et ce ne sont pas les gouvernements, occupés à subventionner ces énergies et prêter leur soutien militaire pour sécuriser leur extraction tout en vendant une « transition écologique » illusoire qui les forceront à stopper le massacre. Face au patronat qui se gave sur la destruction de l’environnement pendant que les classes populaires en subissent toutes les conséquences, il est plus que jamais nécessaire de s’organiser pour faire payer la crise écologique aux vrais responsables.



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