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Notre classe

Criminalisation du mouvement social

66 années de prison pour 8 syndicalistes de Airbus à Madrid

Ils sont 8 et contre eux le Parquet espagnol requière 66 années de prison, jusqu’à huit ans et trois mois pour certains d’entre eux. Ce que l’on reproche à José,Raúl, Tomás,Enrique, Rodolfo,Edgar,Armandoet Jerónimo, syndicalistes de l’usine Airbus de Getafe, près de Madrid ? Leur participation à un piquet lors de la grève générale du 29 septembre 2010 contre la réforme du Marché du Travail piloté, alors, par le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero. La justice a la mémoire longue…

vendredi 29 janvier 2016

Le 29 septembre 2010, la grève générale contre la réforme du marché du travail du gouvernement Zapatero mobilise très largement. Comme de coutume, devant les principales entreprises et administrations, aux quatre coins de l’Etat espagnol, les travailleurs montent dès le petit matin des piquets de grève. Le pays, ce jour-là, tourne au ralenti. Les seuls à travailler sont les huissiers qui viennent constater les « empêchements de travailler », un délit passible de la prison en vertu de l’article 315.3 du Code Pénal espagnol, et la police, qui charge violemment certains cordons ouvriers. C’est notamment ce qui se passe devant les grilles des usines de Getafe.

La « justice » ne donne pas systématiquement suite à toutes les plaintes mais elle a su, de par le passé, s’avérer impitoyable. C’est ce qui est arrivé à Alfon, un jeune militant madrilène, arrêté et condamné à quatre ans de prison pour sa participation à la grève de 14 novembre 2012. Dans le cas des « huitde Airbus », le Parquet est allé encore plus loin. Six ans après la grève de 2010, le ministère public a demandé un total de 66 années de prison contre huit syndicalistes de l’entreprise de Getafe, situé dans la banlieue de la capitale. Le jugement devrait être rendu entre le 9 et le 12 février, de façon concomitante, ou presque, à la mobilisation du 4 février, en France, en défense des « huit de Goodyear », un autre cas d’acharnement judiciaire et de criminalisation du mouvement social.

Pour Commissions Ouvrières (CCOO), le syndicat d’appartenance des militants de Airbus, l’instruction de l’affaire a été émaillée de vices de procédures, le dossier reposant, lui, sur des « preuves » montées de toutes pièces. De l’autre côté des Pyrénées, CCOO et l’UGT, à savoir les deux plus grosses centrales syndicales, ont lancé une campagne en défense des « huit de Airbus » et pour le droit de grève. Le hashtag créé pour l’occasion, #HuelgaNoEsDelito, « la grève n’est pas un délit », est des plus populaires sur tweeter.

Cette attaque en règle contre des syndicalistes n’est pas anodine. Même si la droite au pouvoir a reçu une claque électorale en décembre dernier, Mariano Rajoy entend bien montrer qu’il continuera à être intraitable dès lors qu’il s’agit de luttes sociales. Après tout, il ne fait que se placer dans la lignée du gouvernement précédent, celui des socialistes de Zapatero, sous qui les affaires pour violation de l’article 315.3 lors de la grève générale de septembre 2010 ont commencé à être instruites et qui n’ont été que des initiateurs en termes d’offensive en règle contre un Code du travail qu’a continué à attaquer à la pioche Rajoy, ces dernières années.

Mais la mobilisation grossit, en solidarité avec les « huit de Airbus » et la décision de justice fait crisser des dents jusque dans les rangs de la droite espagnole. Ainsi à Getafe, la majorité PSOE-Gauche Unie-Podemos a fait voter une motion exigeant l’arrêt des poursuites contre « les huit » et la dérogation de la loi scélérate sur laquelle la droite (Ciudadanos et le Parti Populaire) a dû s’abstenir.

En solidarité avec les « huit de Airbus » et les quelque 300 syndicalistes qui sont aujourd’hui poursuivi pour des faits similaires dans l’Etat espagnol, le climat est à la solidarité, aux quatre coins du pays. C’est un peu une leçon de choses sur la façon dont la campagne, dans l’Hexagone, en solidarité avec les « huit de Goodyear », pourrait s’élargir et se renforcer encore plus en vue de la mobilisation du 4 février… voire même faire cause commune avec les camarades madrilènes poursuivis. Dans cette Europe des requins et de l’austérité, ce serait une belle manière de faire entendre la solidarité internationalistes des travailleurs, par-delà les frontières !




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