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Monde

Journée internationale des droits des femmes

A Madrid, le gouvernement "progressiste" du PSOE - Podemos interdit et réprime le 8 mars !

Alors que la jeunesse se mobilise ces dernières semaines contre la monarchie, ce 8 mars s'inscrivait dans la continuité d'un mouvement massif de la jeunesse dans plusieurs villes espagnoles, le gouvernement PSOE - Podemos a interdit les mobilisations à Madrid.

mercredi 10 mars

Ce 8 mars était très attendu dans l’État espagnol, théâtre d’un fort mouvement féministe notamment depuis 2018, un an après le début de la pandémie, alors que le gouvernement avait choisi de limiter les rassemblements avant d’aller jusqu’à interdire la manifestation dans la capitale. En effet, la semaine dernière, le délégué du gouvernement à Madrid, représentant l’exécutif au sein de la communauté autonome avait annoncé : « Après avoir étudié en détail chacune des demandes présentées et en tenant compte des possibles confluences de différents rassemblements de masse dans différents quartiers de Madrid, a été prise la ferme décision d’interdire toutes les manifestations et rassemblements convoqués ».

Les rues de nombreuses villes de la péninsule ont commencé cette journée traditionnelle de lutte remplies de rassemblements et piquets de grèves dans plusieurs secteurs du monde du travail. En Catalogne, plusieurs organisations syndicales et de gauche, ont appelé à la grève, en commun avec l’appel lancé par le mouvement féministe catalan, qui a été piloté notamment par la commission laboral du 8 mars. Au Pays-Basque, les piquets de femmes du 8 mars se sont placés près de Tubacex, en appui à la lutte contre le plan de suppressions de 134 emplois.

Marqué à la fois par le contexte de pandémie et de crise économique, ce 8 mars espagnol s’est inscrit notamment dans la dernière séquence du mouvement qui s’est exprimé récemment depuis plusieurs semaines contre l’arrestation inacceptable du rappeur Pablo Hasel - pour avoir critiqué la couronne dans des tweets, ainsi que les violences policières- qui s’est fait durement réprimé par le gouvernement et ses forces de police.

Dans ce contexte de tensions, en particulier en Catalogne, des dizaines de milliers de manifestants se sont retrouvées dans une dizaine de villes, à Barcelone, Séville, Valence. Malgré l’offensive liberticide dans la capitale, à Madrid, des centaines de manifestants se sont retrouvés sur la fameuse Puerta del Sol à midi, à l’appel de quelques syndicats étudiants qui ont appelé ouvertement à défier l’interdiction. Dans l’après-midi, à l’appel de différentes collectifs féministes, dont nos camarades de Pan y Rosas, un nouvel appel à braver l’interdiction a circulé, dénonçant l’interdiction de manifester. Dans un communiqué, le collectif Pan y Rosas, [Du Pain et Des Roses dans l’État Espagnol] a dénoncé fermement la politique du gouvernement : « Ils nous interdisent nos manifestations (comme si l’on était mineures et que l’on ne pouvait pas s’occuper de nous-mêmes) mais ils permettent la mobilisation de l’extrême droite. Ce qu’ils cherchent à faire est clair : désamorcer le mouvement des femmes, le sortir des rues et nous faire croire que les solutions viennent d’en haut, des ministères. Nous n’allons pas l’accepter. Nous n’allons pas renoncer à notre droit à manifester pour ce 8 mars, nous appelons à désobéir, à défier les mobilisations et nous allons nous mobiliser dans toutes les villes, ainsi qu’à Madrid. Depuis Pan y Rosas, ce 8 mars nous reviendrons dans les rues, pour revendiquer les droits des femmes travailleuses, des migrants et de la jeunesse ».

Parties du Parque de Retiro à Madrid, jusqu’au Parlement des députés de Madrid, les manifestantes ont ainsi manifesté par centaines. À la fin de la manifestation, la police nationale a procédé à plusieurs contrôles et relevé les identités de deux militantes de Pan y Rosas, mettant ainsi un coup de pression aux femmes mobilisées.

Si des manifestations ont eu lieu dans toutes les villes de la Péninsule, le nombre de participants a cependant baissé par rapport à l’année dernière. Au-delà des restrictions qui limitent et parfois conduisent à l’interdiction des rendez-vous de manifestation, l’une des explications se trouve notamment dans l’attitude de certaines organisations féministes qui ont respecté les restrictions et interdictions, bien qu’elles aient parfois dénoncé, voire fait appel en justice pour que le 8 mars ne soit pas interdit dans à Madrid. De fait, si la grande majorité des organisations féministes qui ont appelé au 8 mars se sont opposées aux mesures de restriction, une grande partie d’entre elles s’est finalement adaptée et résignée, en appelant à être présents sur les balcons et non dans la rue.

Cette attitude n’est évidemment pas étrangère au fait que la coalition au pouvoir (PSOE - Podemos) se revendique du progressisme. Or, c’est cette même coalition au pouvoir, qui se revendique l’héritière des mobilisations historiques de ces dernières années, des Indignés en 2011 aux luttes indépendantistes, qui réprime aujourd’hui violemment les mobilisations contre l’incarcération de Pablo Hasel et interdit le 8 mars. Aujourd’hui, face à toute l’offensive sécuritaire et liberticide, il n’y a donc aucune illusion à avoir de ce gouvernement, qui a démontré, en période de crise, de quel camp il est. En toute indépendance de l’État et de ses institutions, Pan y Rosas, en choeur avec Du Pain et Des Roses en France, a porté ce 8 mars sa bannière socialiste révolutionnaire, défiant le gouvernement : « Sortons dans la rue quand même et qu’ils osent toutes nous arrêter  ».




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