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Accord sur les frontières maritimes du Liban : le Hezbollah valide la normalisation avec Israël

Les négociations sur la délimitation des frontières maritimes entre le Liban et l’Etat sioniste, sous les auspices de Washington, Paris et Total se sont soldées par un accord historique ce jeudi. Celui-ci ouvre la voie à la normalisation, auquel le Hezbollah a largement participé.

vendredi 28 octobre

Crédits photo : JACK GUEZ / AFP

Le 13 octobre dernier le chef d’Etat libanais acceptait la proposition du médiateur américain, Amos Hochstein, concernant les délimitations des frontières maritimes entre le Liban et Israël. Ce jeudi, les négociations ont abouti à un accord qui a permis au premier ministre, Yaïr Lapid, de parler d’une « reconnaissance officielle » de l’existence d’Israël par le Liban. Malgré le contenu de cet accord, Michel Aoun se félicite et le considère comme une victoire de fin de mandat, qui se terminera à la fin du mois d’octobre.

Derrière l’accord maritime, une capitulation du gouvernement libanais

Depuis le début des négociations en 2020 sous les auspices du médiateur américain Amos Hoschtein, Israël a réussi à avancer dans les eaux territoriales libanaises, en débutant des délimitations à partir de la ligne 23, légitimant par conséquent à Israël le droit de propriété sur le champ de Karish ainsi que 17% du champ de Cana. Le Liban en paiera le prix, malgré les tentatives des experts militaires de réclamer le droit territorial des 1430 km² délimité par la ligne 29. Le président Libanais lui, a refusé de déclarer la zone économique exclusive (ZEE) (qui protège le droit à la ligne 29) à l’ONU en 2020 sous prétexte de ne pas accélérer la situation d’effondrement du pays, qui cherche une solution pour sortir de son cauchemar économique.

Selon les sources de l’Elysée, le premier ministre israélien ainsi que le président Libanais ont remercié Emmanuel Macron d’avoir participé à la conclusion de cet accord . Il est évident que l’extraction des sources énergétiques est aussi importante pour la France, qui a intégré le géant Total comme opérateur de négociation sur la zone de champ de Cana (libanaise), qui dépasse de 17% la ligne 23. TotalEnergies, qui possède déjà une licence pour explorer du gaz dans le block 9 s’engagera alors à payer une redevance à l’Israël, ou elle toucherait 17% des futurs revenus de l’exploitation de Cana.

Pour le gouvernement Lapid, les nouvelles délimitations de frontières maritimes entre les deux États sont l’occasion d’obtenir la confirmation d’un projet financier important, un pari pour faire face à la dépendance énergétique à laquelle le pays fait actuellement face et pour devenir un partenaire commercial énergétique de l’Europe. En effet, l’accord au Knesset sur la démarcation semblait être controversé, avec une opposition de l’ex-premier ministre conservateur, Benyamin Netenyahou, le candidat d’extrême droite opposée à Lapid pour les élections parlementaires qui auront lieu le 1er novembre. Malgré les désaccord, la Cour Suprême israélienne a rejeté ce dimanche tout appel contre l’accord maritime, offrant la possibilité au gouvernement de confirmer l’accord.

Côté libanais, l’État est noyé par l’ inflation historique et une crise politique profonde, ce que Michel Aoun cherche à utiliser pour justifier son accord de normalisation avec Israël ; malgré toute sa volonté d’affirmer que celui-ci n’est rien de plus qu’un accord commercial.. Du côté israélien, délimiter les frontières et creuser des gisements de gaz est une urgence à l’heure actuelle, alors qu’Israël s’efforce de se présenter comme une nouvelle source de gaz à laquelle l’Europe pourrait recourir étant données les conséquences de la guerre en Ukraine.

Le Hezbollah donne le feu vert à la normalisation

Comme d’habitude, et face à toute accusation légitime de trahison, le gouvernement libanais et le Hezbollah jouent leur fameuse scène théâtrale en prétendant rejeter la normalisation et le marchandage avec l’ennemi. L’appareil médiatique pro Hezbollah tente de se convaincre lui-même et sa base sociale que ce qui a conduit à l’accord, c’est la menace du Hezbollah, et ce qui a forcé Israël à le mettre en œuvre, c’est la poursuite de cette menace. En réalité, le Hezbollah se trouve aujourd’hui dans une position fragile qui remet en cause ses positions envers l’État sioniste. Hassan Nasrallah est même allé jusqu’à revendiquer une « grande victoire pour le Liban » en assurant mettre fin à toute opération militaire spéciale contre Israël.

Dans son intervention le 11 octobre 2022 Hassan Nasrallah s’était déjà exprimé à propos de la délimitation en déclarant : « Nous ce qui nous intéresse c’est l’extraction du gaz et du pétrole des champs libanais… pour nous, si les responsables libanais et le chef d’état affirment officiellement cet accord , on considère que c’est réglé, mais d’ici-là, il faut qu’on reste vigilant…[…] Nos résistants resteront pleinement préparés en prévision de toute urgence jusqu’à ce que nous soyons sûrs que l’accord a été conclu ».

Nasrallah donne le feu vert à la proposition qui entame une normalisation des relations avec l’Etat d’Israël. Comme l’explique Anthony Samrani pour L’Orient Le Jour : « Dans sa position, le chef du parti chiite ne peut ouvertement se féliciter de la conclusion d’un deal avec “l’ennemi sioniste”. Il lui est plus commode de se “cacher” derrière l’Etat - dont il reconnaît nominalement pour une fois la souveraineté - en assurant que c’est à lui que revient finalement la décision finale. D’un côté, le Hezbollah ne veut pas donner le sentiment d’être en première ligne dans ce dossier qui le contraint à un terrible exercice de contorsions. De l’autre, il commence à diffuser l’idée, via ses canaux de communication, que l’accord, et plus précisément les concessions israéliennes, sont le résultat de son implication dans le dossier et le présente même comme une “victoire” à mettre à son actif. »

Mais alors, pourquoi une organisation anti sioniste accepterait-elle un projet qui va faire de son ennemi une force pétrolière et économique centrale dans la région ? S’agit-il d’une décision « d’intérêt national » comme elle le prétend ou d’une décision qui permet d’apaiser la colère exacerbée contre l’Iran ? Il est important de ne pas sous-estimer l’ampleur que pourra avoir une mauvaise discussion entre Israël et Hezbollah sur la situation en Iran, alors même que le gouvernement est aussi tiraillé par l’échec de la tentative de remettre sur la table la négociation sur le Plan d’Action Global Commun (PAGC) avec l’Union Européenne. Plan qui permettrait de rétablir l’accord de 2015 et diminuer les sanctions massives que le gouvernement de Donald Trump avait imposé sur le pays des Mollas pendant son mandat (par la suite poursuivies par le gouvernement Biden). En effet, toujours selon L’Orient Le Jour : Il paraît très improbable que le Hezbollah ait pu prendre une décision aussi stratégique sans le feu vert de son parrain iranien. Il paraît également clair que le deal sur la frontière maritime ne pouvait pas être conclu dans un moment de grandes tensions entre l’Iran et le couple américano-israélien.

Depuis plusieurs semaines, la presse internationale ainsi que les gouvernements Lapid, Macron, Biden et Aoun fêtent une normalisation des relations israelo-libanaises dans la région. Mais derrière ce prétendu accord de paix se cache en réalité une responsabilité grave du Hezbollah et de sa direction dans la normalisation des relations entre les deux Etats, sous les auspices des Etats-Unis, de la France et du géant TotalEnergies. Comme le rappelle le journal France24 : « Avant même la signature de l’accord par les deux pays, prévu jeudi, le groupe énergétique Energean a lancé, mercredi, la production au gisement de Karish avec le projet d’y porter rapidement la production annuelle à 6,5 milliards de m3 de gaz naturel, puis à terme à 8 milliards de m3.  » Si cet accord est une avancée vers la normalisation des rapports avec l’État colonial, véritable pointe avancée de l’impérialisme occidental dans la région, il ne doit pas cacher la responsabilité du Hezbollah dans l’assentiment de la signature de l’accord.



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