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Politique

Affaire des « écoutes » : Nicolas Sarkozy sera bien jugé pour corruption et trafic d’influence.

C'est une grande première dans l'histoire de la Vème République : un ancien président va être jugé pour ses affaires de corruption. Ce mardi, la Cour de cassation a rejeté les derniers recours de Nicolas Sarkozy, son avocat et le magistrat impliqué dans l'affaire ; actant officiellement la tenue du jugement dans les mois qui suivent à Paris.

vendredi 21 juin

Ce mardi, la Cour de cassation a rejeté les derniers recours formés par Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog, et l’ex-magistrat impliqué dans l’affaire Gilbert Azibert pour tenter d’éviter le procès. Grande première pour l’ex-président, qui malgré toutes les affaires dans lesquelles il est impliqué, a toujours réussi à passer entre les mailles du filet de la justice. Lui qui avait annoncé sa retraite politique aura alors le temps pour se consacrer à ses problèmes de corruption.

Nicolas Sarkozy aka « Paul Bismuth »

Cette affaire dite « des écoutes » remonte à janvier 2014. C’est en enquêtant sur l’implication de Sarkozy dans l’affaire Kadhafi (pour laquelle il a été mis en examen pour avoir fait financer sa campagne de 2007 par la Libye…) que les juges découvrent que l’ex-chef d’État et Thierry Herzog son avocat, discutent exclusivement sur des téléphones « secrets ». Sarkozy utilisait alors le pseudonyme « Paul Bismuth ».

Les écoutes de leurs échanges révèlent que les deux hommes cherchaient à obtenir des informations sur des affaires judiciaires en cours : l’affaire Bettencourt, et l’affaire Tapie-Lagarde. Leurs échanges trahissent alors un troisième homme complice qui leur sera d’une aide précieuse : Gilbert Azibert, un haut magistrat de la Cour de cassation. De par sa position, il leur aurait fourni des informations confidentielles sur les instructions en cours, mais aurait aussi réussi à influencer ses collègues quant au pourvoi en cassation de l’ancien président. En échange de cette corruption, Nicolas Sarkozy lui promet un poste prestigieux à Monaco, qu’il n’obtiendra d’ailleurs jamais. Morale de l’histoire : ne jamais faire confiance à un homme politique qui se traîne des casseroles depuis le début de sa carrière.

Ainsi, au terme de leur instruction, ponctuée par de nombreux recours tentant d’éviter le procès, les juges avaient ordonné le 26 mars 2018 un procès des trois hommes pour « corruption » et « trafic d’influence ». L’avocat et le magistrat héritent d’un bonus de peine et seront aussi jugés pour « violation du secret professionnel ». Après un dernier recours rejeté ce mardi, le procès se tiendra officiellement dans les mois à venir sur Paris. Sarkozy vit alors sa retraite politique sous pression judiciaire, entre cette affaire et l’affaire Bygmalion pour laquelle il est toujours mis en examen ; mais aussi l’affaire libyenne pour « corruption passive ».

Une justice à deux vitesses qui se réveille quand les casseroles font trop de bruit

Dans l’actualité brûlante, entre la prison prévue pour le couple Balkany et le jugement inédit de Sarkozy, on pourrait croire que la justice sursaute, prise d’un élan de justice absolue, voulant accabler tous les politiciens corrompus jusqu’alors protégés par le système.
Il n’en est évidemment rien. Quand les casseroles font trop de bruit, il devient difficile de se boucher les oreilles. Nicolas Sarkozy qui détient un nombre record de mises en examen sur des affaires, devait à un moment ou à un autre se faire « prendre » par la justice bourgeoise pour qu’elle un minimum de crédibilité. Impossible également de ne pas voir ici un symptôme (conséquence et cause aggravante) de la déroute de la droite française traditionnelle gaulliste dont les figures étaient autrefois intouchables.
Mais ne nous en faisons pas trop pour l’ex -président. Malgré un jugement prévu, il peut s’écouler des années de procédures judiciaires instrumentalisées par la défense avant que Sarkozy aille en prison. Les rares politiciens ou homme de pouvoir qui ont connu un jugement -aussi grosse l’affaire soit-elle, ne se retrouvent jamais entre quatre murs. Ils ont généralement le temps de mourir avant que le jugement soit concluant. On a d’ailleurs le parfait exemple avec Balkany, dont le jugement avait abouti il y a une semaine sur de la prison ferme, mais qui n’ira sûrement pas en prison (la presse bourgeoise s’est empressé d’affirmer que la prison n’était pas la solution pour les cols blancs). Sa défense tente coûte que coûte de lui éviter ce malheur. On se souvient aussi des 48 heures de garde-à-vue que Sarkozy avait pu passer chez lui...

C’est bien le résultat d’une justice à deux vitesses, une justice de classe. Un système juridique au service de la bourgeoisie et qui agrandit ses mailles du filet pour la laisser passer au travers ; mais qui les resserre quand ça l’arrange. Par exemple, on sait que pour se retrouver en prison aujourd’hui il n’en faut pas beaucoup : faire un live Facebook en tant que gilet jaune, pendre un pantin de Macron sur un lieu public, se rendre à une manifestation qu’on nous a interdite, ou même un vol de sandwich pour éviter de mourir de faim

L’argent achète tout, même l’innocence. Une justice de classes dans une société de classes. Macron avait évoqué vouloir aller vers une « moralisation de la vie politique ». Pas d’illusion, les affaires ne s’arrêteront pas. La corruption n’est pas un accident, ni un trait de personnalité. Le système actuel permet tout simplement la corruption par sa facilité d’accessibilité, et rien ne pourra changer cela à part un changement radical du système.

Crédits photo : Reuters




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