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Politique

Métro, boulot, dodo

Allocution : Castex précise les contours du "confinement" pro-patronal du gouvernement

Dans une allocution, Jean Castex, accompagné de différents ministres, a précisé les mesures de confinement annoncées hier par Macron. Rien de nouveau sous le soleil, le but est très clair : l’économie et donc le travail doivent continuer, même au mépris de notre santé. Surtout, toujours aucun plan à la hauteur n’est prévu pour les services publics, en première ligne face à la pandémie.

jeudi 29 octobre

 Crédits photo : AFP / Ian LANGSDON 

Ce soir, le gouvernement était chargé de préciser et mettre en place le confinement annoncé par Macron. Au programme, des ajouts ni clairs, ni convaincants, pour justifier le chaos de sa gestion sanitaire et mettre en place un confinement qui laisse un gout amer. « Métro, boulot, dodo » : voilà le menu des prochaines semaines. Dans une conférence de presse, Jean Castex et les principaux ministres du gouvernement sont revenus hier sur les modalités du "reconfinement" made in MEDEF annoncé par Macron la veille.

« Partout où cela est possible, le télétravail doit être la règle » a expliqué le premier ministre, renforcé par Élisabeth Borne, qui l’a même dit « obligatoire ». Une mesure qui ne concernera évidemment pas les ouvriers et employés qui ne peuvent travailler à domicile et qui devront continuer, comme si de rien était, et mettre leur vie en danger. En réalité, ce qui compte pour le gouvernement, ce sont les profits du patronat et rien d’autre. Outre les travailleurs, ce sont les petites entreprises et les petits commerçants qui vont subir les effets de ce confinement, avec pour seule solution de se lancer dans le numérique pour faire de la livraison ou des aides économiques plus qu’insuffisantes, jusqu’à 10.000 euros maximum. Côté culture, où la situation est plus qu’inquiétante, Roselyne Bachelot permet les répétitions et les chantiers, et propose (ironiquement ?) de mettre les spectacles à la télévisions.

Comme prévu, les établissements scolaires resteront ouverts pour permettre aux parents de travailler. Jean-Michel Blanquer s’est d’ailleurs évertué à justifier cette décision, allant même jusqu’à expliquer que « l’école est un espace sécurisé parce qu’on y respecte plus les mesures qu’ailleurs » et que « les activités des enfants dans le cercle privé sont plus contaminantes qu’à l’école ». Pour les étudiants, fermetures pures et simples des universités et isolement forcé malgré les conséquences sur la santé mentale pour ce secteur de la population. D’ailleurs, si on en doutait, aucune aide n’a été proposée contre la précarité dans une jeunesse qui va subir très fortement les conséquences de la crise économique

Les profs seront donc la seconde ligne derrière les soignants face au virus. Mais aucune mesure, à part l’obligation du masque à partir de 6 ans, n’a été proposée par le ministre. Pas de moyens supplémentaires, ni d’embauche de personnels : les professeurs vont devoir faire face à la crise malgré une crise déjà structurelle dans leurs établissements. Dans la santé, c’est pareil : derrière les remerciements de Véran, la seule solution proposée reste de reprogrammer les interventions moins pressantes pour désengorger au maximum les services. Une mesure qui a déjà été mise en place dans la plupart des hôpitaux et qui montre surtout l’impréparation du système de santé à la deuxième vague en cours. 

Un sentiment de déjà-vu donc, après cette prestation du gouvernement. Mais aussi la révélation, si ce n’était pas déjà clair, de son incompétence la plus totale. Alors que le gouvernement, malgré la gravité de la crise, a choisi un confinement light pour préserver à tout prix l’économie, les perspectives sont donc pour le moins alarmantes. Evoquant l’objectif affiché par Macron de descendre le nombre de contamination à 5000 par jour d’ici décembre, Jean François Delfraissy, président du conseil scientifique expliquait ainsi hier que : « Les données que nous avons montrent qu’au 1er décembre, nous ne serons pas à 5000 contaminations par jour, ça je peux vous le dire d’emblée aujourd’hui, il va falloir plus de temps ». C’est donc le risque d’un confinement longue durée, sans aucune assurance pour la suite, qui se profile.

Après avoir laissé circuler l’épidémie, le gouvernement ne propose à nouveau que des mesures restrictives face au virus tout en priorisant l’économie à tout prix. Le logiciel du gouvernement reste ainsi inchangé. Il y a donc de quoi s’inquiéter, d’autant plus que les conséquences de la crise économique vont s’ajouter au tableau, alors que celles liées à la première vague ne sont pas encore toutes visibles. Dans le privé, entre licenciements et APC, et face à la recrudescence de l’épidémie, il faudra lutter dans les semaines qui viennent pour une transparence sur les cas, le choix de la reprise ou non du travail, mais aussi l’interdiction totale des licenciements. Un combat qui doit se mener en lien avec les travailleurs des services publics, pour des moyens à la hauteur et en finir avec cette gestion de crise erratique et criminelle.




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