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Amazon. A Montélimar des intérimaires pour fliquer les salariés sur les mesures sanitaires

Trop heureuse de maintenir son activité, tout à fait non-essentielle, et de prendre des masques que les hôpitaux n’ont pas, Amazon appelle maintenant ses salariés à la délation. Objectif : fliquer les salariés qui ne respectent pas les mesures d’hygiène.

samedi 4 avril

Si pour Amazon, il n’y a pas de mauvaises occasions pour faire du profit, il n’y en a pas non plus pour fliquer et diviser les travailleurs. Une action en plein boom à la bourse et les milliards qui s’accumulent, pour Amazon, la pandémie et le confinement sont une aubaine. Pas question pour le groupe de suspendre l’activité même si pour cela il faut mettre la vie des salariés et de leurs familles en jeu en les exposant au virus. Pourtant, le mépris ouvertement affiché de la direction, déjà tristement connue pour son management inhumain et sa passion pour « l’optimisation fiscale », envers la santé des salariés a éveillé quelques colères.

En premier lieu celles de ceux qui doivent risquer leurs vies pour « des DVD, des sextoys et des articles de jardinage », comme nous le confie un salarié. Les droits de retrait et les débrayages se sont multipliés avec l’annonce du confinement, comme dans de nombreux autres secteurs de l’industrie ou de la logistique. Ces droits de retrait sont systématiquement requalifiés en absences injustifiés et le salaire correspondant retiré. Amazon se cache derrière des demi-mesures, comme la pose de bandes jaunes au sol pour maintenir une distance de sécurité de deux mètres, grande fierté de la boîte qui dépassent, sur le papier, légèrement les recommandations largement insuffisantes du Ministère du travail.

Face à l’augmentation du nombre de salariés contaminés (la direction se cache derrière le secret médical pour ne pas en dévoiler le nombre exact) et la pression des salariés, médiatique et de l’Inspection du Travail aidant, Amazon a dû annoncer de nouvelles mesures ce vendredi 3 avril. De la poudre aux yeux de nouveau : des masques pour tous les salariés dans le monde et des contrôles de température à l’entrée des sites à partir du début de semaine prochaine. Amazon peut donc trouver des masques quand les hôpitaux tirent la sonnette d’alarme quand les « premières lignes » doivent mener « la guerre » selon Macron, sans armes et sans défense ! La prise de température n’empêchera pas les porteurs sains de propager le virus, qui peut se transmettre par contact humain, mais aussi sur des supports physiques (carton, acier etc.) : une plate-forme logistique est un vrai paradis pour le coronavirus.

A Montélimar, où plusieurs salariés sont en maladie, la direction, encore toute fière de ses mesures révolutionnaires pour la santé des salariés, s’est empressée d’en tirer profit pour maintenir la culture de l’entreprise : suspicion, délation, répression. Alors que des affiches avaient déjà commencé à fleurir sur le site, incitant à dénoncer les salariés qui ne respectent pas les mesures d’hygiène, la direction a pressé le pas. Ce sont désormais des équipes des salariés qui seront détachées de leur travail pour inspecter et faire remonter le non-respect des consignes. Les infractions au règlement sanitaire (après plus de 15 jours de travail pour une activité d’inutilité publique et sans la moindre protection) pourraient être relevées et, un nom apparaissant plusieurs fois, sanctionnées disciplinairement. Si les ouvriers sont plus malades, plus exposés aux maladies professionnelles quand ce n’est pas une épidémie, c’est bien connu, c’est parce qu’ils le cherchent.

« Les mesures de distanciation ne sont pas tenables. On a des zones de picking dont les allées font 1 mètre 40 de large, dans les sanitaires c’est la même chose » dénonce le délégué syndical CGT du site, Robin Collignon. Une nouvelle combativité s’exprime sur ce site où travaillent, en temps normal autour de 1000 personnes (800 CDI et au moins 200 intérimaires), puisqu’une centaine de salariés ont débrayé après l’annonce des mesures de confinement pour refuser de travailler. Dans ce climat, la direction n’a pas trouvé assez de volontaires pour former les équipes de délateurs.

« Au moins 50 % des effectifs ne viennent pas travailler, entre les congés maladies, les droits de retrait et les gardes d’enfants. La direction a eu recours à des intérimaires dès que certains salariés ont dû garder leurs enfants en précisant qu’il n’y aurait plus « d’intégrations » mais un rappel des anciens intérimaires. Face au manque de volontaires pour ces équipes d’inspection, la direction a précisé qu’elle recruterait des intérimaires pour fliquer les salariés » explique le délégué syndical. Une politique qui pourrait être mise en place sur les autres sites du groupe.

Une manœuvre de division classique de la part du patronat. Refuser une mission d’interim, c’est prendre le risque de se faire blacklister par son agence, et de nombreux travailleurs n’ont tout simplement pas le choix que d’accepter ces missions pour survivre. Une manière de monter les travailleurs les uns contre les autres en profitant de l’épidémie pour réprimer encore et toujours. « Les salariés prennent conscience qu’on n’est rien d’autre que des chiffres envoyés à l’abattoir pour les profits de Jeff Bezos. »

Dans sa communication, le groupe rejette toutes ses fautes, ses manquements et son attitude criminelle sur les salariés. A l’image de Frédéric Duval, directeur-général d’Amazon France qui expliquait vendredi sur RTL : « Les autorités ne nous demandent pas de travailler aujourd’hui avec des masques et pourtant à partir d’aujourd’hui, dans tous les bâtiments Amazon France, les salariés seront équipés de masques à leur demande ». Diviser les salariés encore une fois, faire des travailleurs d’Amazon ceux qui auront réclamé des masques que n’avaient pas les soignants. Mais ce que demandent aujourd’hui les organisations syndicales d’Amazon ce ne sont pas des mesurettes, c’est la fermeture des sites, le maintien de tous les contrats (intérimaires compris) et le paiement à 100 % des salaires ; pas des masques pour acheter les travailleurs et leur faire porter la responsabilité de la propagation du virus ! « On voit un parallèle dans la gestion de la crise chez Amazon avec la politique du gouvernement » ajoute Robin Collignon, « si tu es en réanimation, si tu tombes malade, c’est ta faute, si le virus se propage c’est parce que tu fais du footing ! Amazon met les gens en danger, mais c’est la faute des travailleurs... ».




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