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Politique

"Laboratoire de la République"

Après « l’islamo-gauchisme », le « wokisme » : la nouvelle offensive réactionnaire de Blanquer

Blanquer a lancé mercredi son « laboratoire de la république », un cercle de réflexion au casting particulièrement réactionnaire censé redorer « la République » et combattre le « wokisme » chez les jeunes. Une énième attaque à l’encontre des mouvements de politisation dans la jeunesse sur le sexisme, le racisme ou encore l’écologie qu’initie le ministre de l’Education Nationale dans le but de s’adresser à un électorat conservateur.

jeudi 14 octobre

Initiative réactionnaire annoncée dès cet été par le ministre de l’Education Nationale, le « laboratoire républicain » a pour but affiché de lutter contre « le wokisme ». « Je ne suis pas obsédé par le wokisme. Je suis simplement contre l’idée que l’on propose à notre jeunesse d’aborder la vie sociale en entrant dans une compétition de ressentiments. Elle attend l’exact contraire : ce qui rassemble, ce qui construit » a indiqué le ministre dans son entretien au Monde.

Pour servir ce projet autoritaire et réactionnaire, Blanquer a rassemblé un douteux patchwork de personnalités réactionnaires avec notamment en guest star la féministe bourgeoise et raciste Elisabeth Badinter et l’islamologue Gilles Kepel, caution universitaire de l’islamophobie, mais également Rachel Khan, connue pour ses interventions sur Cnews et son opposition à la notion de racisme d’Etat . Le très islamophobe Printemps républicain est également de la partie , avec la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme) qui malgré son nom n’est pas en reste niveau islamophobie et est totalement acquise au combat contre une supposée « frange anti-républicaine de la gauche, indigéniste, décoloniale ».

L’association « Jamais sans elle », fondée par l’ancienne présidente du MEDEF Laurence Parisot complète ce casting de rêve. A condition d’adhérer au combat contre la chimère du « wokisme », tout le monde est le bienvenu dans le projet. Ainsi, d’après un des organisateurs du projet, « Le but du jeu est de réunir des gens qui vont de Chevènement à Raffarin ». Voilà qui devrait parler à la jeunesse.

Une initiative dans la continuité des procès en « islamo-gauchisme »

Le délire de la guerre contre le « wokisme » rappelle bien entendu la croisade contre « l’islamo-gauchisme », qui gangrènerait l’université. Aux côtés de Frédérique Vidal qui a été la figure de proue de cette offensive islamophobe à l’égard des lieux d’enseignement à l’instar de l’amendement à la LPR criminalisant toute pensée contraire aux « valeurs de la République », Jean-Michel Blanquer a joué un rôle non négligeable. C’est en effet lui qui ciblait directement l’UNEF en expliquant que « l’islamo-gauchisme fait des ravages dans les universités », et qui a justifié un panel d’offensives liberticides dans l’Éducation nationale au nom de la « laïcité », « l’universalisme » ou encore l’esprit républicain : interdiction de l’écriture inclusive, renforcement des contrôles vestimentaires aux portes des lycées et discours toujours plus conservateur se sont succédés pendant le mandat de Blanquer.

Si le « wokisme » semble devenir l’obsession nouvelle du gouvernement et du ministre, c’est que ce terme a en commun avec celui d’« islamogauchisme » d’être vague et de ne pas posséder de réelle définition scientifique, voire d’avoir des fondements franchement complotistes. Dans l’introduction de « Antisémitisme et Islamophobie une histoire croisée », le chercheur Reza Zia-Ebrahimi écrit à propos de cette vision d’un discours « islamo-gauchiste » insidieux qui se répandrait dans la jeunesse et plus particulièrement dans les milieux universitaires :

« [… ]J’ai toujours trouvé pour le moins baroque l’idée selon laquelle, nous autres universitaires, nous serions les hérauts d’une pensée unique et toute puissante et que, du haut de notre tour d’ivoire, nous contrôlerions l’opinion publique. D’autant qu’elle est en général lancée par des personnages qui – comme Spencer [polémiste d’extrême droite américain] ou ses nombreux homologues européens – sont omniprésents dans l’espace public : auteurs de best-sellers, courtisés par les médias et les politiciens, ils s’acharnent contre des chercheurs le plus souvent inconnus du grand public et dont le seul tort est de critiquer l’islamophobie ambiante ».

Puisqu’ils n’ont pas réellement de sens et ne correspondent à aucune réalité scientifique, ces termes peuvent expliquer tout et n’importe quoi mais surtout pour criminaliser les dynamiques qui tendent à remettre en question le caractère systémique des oppressions, à dénoncer l’histoire coloniale des pays impérialistes ou encore à analyser l’imbrication de diverses discriminations structurelles. C’est donc sans complexe que Blanquer a expliqué calmement que le « wokisme » avait participé à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis dès lors que cette idéologie contribuerait à « fragmenter et diviser nos sociétés ».

C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que le terme de « woke » est repris par l’extrême-droite pour désigner tout ce qui rapproche peu ou prou d’une conscience politique sur la lutte écologique, féministe, antiraciste, Blanquer reprenant allègrement la rhétorique de l’extrême-droite étatsunienne relative aux universités américaines supposément gangrénées par cette mentalité.

L’objectif est clair : il s’agit de discipliner les chercheurs, enseignants ou encore la jeunesse et les militants qui voudraient faire émerger un discours critique sur divers sujets et ainsi participer à réprimer, diviser et contenir les dynamiques de politisation et de mobilisation refusant l’offensive réactionnaire du gouvernement. Dans le même temps, c’est une façon de poursuivre une offensive droitière du gouvernement tandis que la rentrée universitaire met une fois de plus en avant le manque structurel de moyens dans l’enseignement supérieur ainsi que la précarité présente dans la jeunesse.

A ce titre, ce discours de lutte contre le « wokisme » est à mettre dans le contexte de l’offensive réactionnaire du gouvernement et de la surenchère raciste et xénophobe dans le cadre de la campagne pour les présidentielles de 2022. En se positionnant sur ce créneau, Blanquer réaffirme sa capacité à dialoguer avec les franges les plus réactionnaires de la droite, un atout qui va s’avérer précieux en vue de la tournure que prend la campagne pour les présidentielles de 2022 où Macron est mis en difficulté sur sa droite par le phénomène Zemmour.




Mots-clés

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