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Law and Order

Après le cessez-le-feu, Israël lance une opération de répression massive contre les palestiniens

Moins d’une semaine après l’accord de cessez-le-feu entre Hamas et Israël, la promesse de pacification du conflit israélo-palestinien montre son vrai visage. Si les bombardements ont bien cessé, la répression féroce des palestiniens sur l’ensemble du territoire s’intensifie sous la nouvelle opération « Law and Order » mise en place par Israël.

mardi 25 mai

Jeudi 20 mai, face à la multiplication de mobilisations internationales en soutien au peuple Palestinien et devant la crainte d’une généralisation de la rébellion palestinienne, Israël et le Hamas signaient sous l’égide des Etats-Unis et de l’Egypte un cessez-le-feu. Si, en principe, cet accord marquait officiellement la fin des bombardements de la zone de Gaza, elle ne prenait en charge ni les revendications des populations palestiniennes de Sheikh Jarrah ni la répression acharnée des forces israéliennes sur les palestiniens

Vendredi 21 mai, alors que le cessez-le-feu entrait tout juste en vigueur, la police israélienne gazait, tirait des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes sur les milliers de palestiniens rassemblés sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem.

En outre, ces deux dernières semaines, les forces israéliennes mènent une répression féroce contre les mobilisations des palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem contre l’occupation et la colonisation d’Israël. Ce large mouvement de contestation a aussi ravivé les attaques menées par des juifs contre les arabes israéliens comme à Jérusalem ou à Lod. Avec ces affrontements, c’est en tout plus de de 1550 personnes qui ont été arrêtés ces deux dernières semaines, au nom de l’opération « Law and Order » (« Loi et Ordre ») mise en place par Israël.
Un plan de répression qui reprend le nom de l’opération militaire israélienne menée en 1988 contre une base du Hezbollah au Liban, mais cette fois-ci en terme de mobilisation intérieure. Cette même appellation traduit dans le même temps le caractère réactionnaire de l’opération, ayant de même été reprise de Nixon par Trump dans sa politique contre le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis. Micky Rosenfeld, porte-parole de la police israélienne, estime que 70% des personnes arrêtés sont palestiennes, contre 90% selon Aida Touma Sliman, législatrice de la liste commune des partis à prédominance arabe au Parlement israélien. Cette dernière souligne par ailleurs que certaines arrestations n’ont pas menées par la police mais par le Service de sécurité intérieure israélien, Shin Bet, bloquant le droit de consultation immédiate d’un avocat. Toujours dans le cadre de l’opération « Law and Order », la police a annoncé la mobilisation de son corps et de troupes à la frontière avec la Cisjordanie pour maintenir l’ordre à Lod. 

Ces chiffres indiquent notamment qu’une partie minoritaire des détentions organisées par la police et l’Etat colonial d’Israël seraient des juifs israéliens, dont certains mobilisés en solidarité aux palestiniens, comme on a pu le voir à Tel Aviv ce dimanche 23 mai.

Un prétexte de maintien de l’ordre d’Israël face aux tensions, se localisant ainsi stratégiquement sur toute la frontière pour poursuivre son impitoyable répression des palestiniens. Face à la potentialité d’une mobilisation généralisée des arabes israéliens et des cisjordaniens, cette position militaire est aussi un moyen tactique de diviser l’incandescente montée d’une fraternisation au sein de la population palestienne. À la peur cette unification en tant que telle, s’ajoute celle d’une possible remise en cause des directions traditionnelles de la Palestine, notamment du Fatah voire du Hamas. Ainsi une organisation massive et unifiée des protestations en indépendance des directions traditionnelles - comme cela avait été le cas avec la grève générale le 18 mai dernier, pourrait menacer l’objectif de contention de tout mouvement d’opposition. Un objectif que les accords pour la « pacification », signés par Israël et encadrés par les puissances impérialistes, et en premier lieu les États-Unis, pour préserver leurs intérêts dans la région, cherchent à matérialiser.

L’expression de cette crainte d’une mobilisation généralisée des palestiniens s’est aussi très récemment illustrée par l’annonce du déplacement du secrétaire d’État de Biden, Antony Blinken, à Jérusalem, Ramallah, Le Caire et Amman pour « renforcer le cessez-le-feu et réduire les risques d’un nouveau conflit ». Le chef de la diplomatie américaine, envoyé pour la première fois au Moyen-Orient, y « [rencontrera] les dirigeants israéliens pour évoquer [le] soutien inébranlable [des États-Unis] à la sécurité d’Israël », dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ainsi que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestienne.

Sous les faux-semblants d’une cessation de ses attaques, Israël a ainsi lancé sa nouvelles opération « Law and Order », afin de maintenir sa domination coloniale, et éviter toute unification d’un mouvement initié par les masses palestiniennes et remise en cause du consensus sioniste, comme on a pu le voir avec la mobilisation, bien qu’encore minoritaire, de juifs antisionistes au cours de manifestations en soutien à la Palestine. La pacification vendue par Israël et les puissances impérialistes, dont le soutien à cet État colonial est indéfectible, passe ainsi de façon éclatante par la répression. 




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