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Notre classe

Nouvelle hypocrisie du gouvernement

Ascoval : 281 ouvriers à nouveau sur la sellette

Ce jeudi, c’est Bercy qui a annoncé de nouvelles difficultés à venir pour l’aciérie Ascoval qui risque la fermeture. Un nouveau rebondissement dans cette longue histoire emprunte de lutte mais aussi d’hypocrisie gouvernementale et patronale.

vendredi 22 février

« Altifort a mené tout le monde en bateau ! »

Nous ne reviendrons que sur les derniers évènements concernant l’avenir cette usine de Saint-Saulve (près de Valenciennes). Nous avions déjà écrit sur la question, nous conseillons également un photo-reportage de La Voix du Nord : « Leur long combat pour sauver leur aciérie  » qui permet de situer les différents évènements antécédents, notamment les nombreuses suppressions d’emplois qui ont déjà eu lieu dans ce secteur mais aussi les batailles contre celles-ci !

Depuis le 19 décembre 2018, un répit avait été donné aux 281 ouvriers avec la reprise du site par Altifort qui s’était engagé à investir avec des fonds propres (10 millions) et de lever des fonds (25 millions). Mais à une semaine de la prochaine audience de la chambre commerciale du TGI (tribunal de grande instance) de Strasbourg, le groupe annonce ne rien pouvoir donner. Ils ont donc fait une demande de : « résolution [l’annulation] du plan de cession[reprise] d’Ascoval, et ce afin de protéger les salariés d’Ascoval et du groupe. En effet, à ce jour, les financements externes n’ont pas pu être mis en place tels que prévus lors de la validation du plan de cession »

C’est un retournement de situation catastrophique pour l’avenir du site et de ses travailleurs, l’avocat d’Ascoval Guilhem Brémond est lui déjà pessimiste : « Sauf miracle, le plan de reprise sera annulé  ». Comment expliquer cette ‘’défaillance de dernière minute’’ alors que tout le monde se félicitait de la gestion de ce dossier qui a duré de nombreuses années ?

Le groupe Altifort est évidemment pointé, que ce soit leur situation économique, mais aussi leur réelle volonté de reprendre l’aciérie, dans un article du Monde une source proche du dossier rapporte : «  Ils le savent depuis novembre, bien avant qu’ils se soient déclarés repreneur d’Ascoval en décembre. C’est ça qui est scandaleux  »
Mais d’ores et déjà le gouvernement se dédouane lui aussi en laissant parler des ‘’sources anonymes membre du cabinet de Bruno Lemaire (ministre du travail)’’, l’AFP précise donc que pour eux : « Altifort a trompé tout le monde . Le ministère a également demandé aux différents acteurs la plus grande discrétion concernant cette affaire, pour « ne pas affoler un partenaire potentiel  » confie une personne présente à une réunion à Bercy ce mercredi 20 février. Une volonté de temporiser qui est logique au vu de la situation actuelle dans le pays, le quinzième acte des gilets jaunes, mais aussi les nombreuses fermetures d’usines qui ont cours actuellement pourraient être à l’origine d’une révolte encore plus grande, nous y reviendrons.

Crédit photo : PIERRE ROUANET - VDNPQR

Une nouvelle fermeture potentielle sur fond de recomposition du secteur sidérurgique

Les problématiques industrielles en France sont nombreuses mais cela fait de nombreuses années que les secteurs métallurgiques et sidérurgiques sont aux cœurs des polémiques. Pour ne donner qu’un chiffre de l’Insee issue cité dans Le Point : entre 2008 et 2017 ce sont près de 80 000 emplois qui sont supprimés, soit une chute de 17 %. C’est d’une manière générale depuis la crise de 2008, qu’à l’échelle européenne, le secteur est en peine. De nombreuses recompositions découlent de ces difficultés économiques, c’est au niveau des géants du secteur que les dynamiques changent : Arcelor Mittal tentant de racheter le groupe italien Ilva, tandis que ThyssenKrupp (Allemagne) se rapproche de Tata Steel (Inde).
De ces logiques financières ne se répandent que des catastrophes sociales, partout les réorganisations et stratégies de développement sont en contradictions.

Crédit photo : Aiméee Thirion / Libération

Un gouvernement qui joue toujours la montre pour atténuer les scandales industriels

Que ce soit pour l’usine de Ford, celle des GM&S ou encore dans ce cas d’Ascoval et toutes les autres, le gouvernement affiche de manière toujours aussi hypocrite une volonté de façade d’être aux côtés des travailleurs pour sauver les emplois. Il y a eu aujourd’hui, autant d’annonces que d’échecs dans ces politiques de soi-disant maintien industriel français.
Quoi qu’ils puissent dire, Macron et Le Maire se moquent bien des travailleurs et jouent comme ils peuvent avec les temporalités pour éviter le pire. En effet, la première annonce de pérennisation du site d’Ascoval en décembre dernier tombait à pic pour repousser un nouveau scandale industriel en pleine mobilisation des gilets jaunes, de la même manière, l’invalidation du PSE pour l’usine de Ford Blanquefort repoussait pour quelques temps encore une fermeture du site maintenant proche.
Malgré la détermination de façade qu’affichait encore ce jeudi Bruno Lemaire sur BFM, concernant les cas d’Ascoval et de Ford le gouvernement est à présent dos aux murs, face à ses responsabilités dans toutes ses fermetures dont il est complice.

Crédit photo : PIERRE ROUANET Légende : L’État s’engageant à mettre cinq millions d’euros sur la table afin de trouver un repreneur. Les salariés, réunis en assemblée générale l’après-midi ont validé cet accord. Émotion, à la gare de Valenciennes où ils ont accueilli leurs représentants syndicaux, puis à l’usine. (2 février 2019)

Combiner la colère des samedis avec une réponse de classe dans les usines

Aujourd’hui, alors que les Gilets Jaunes maintiennent la mobilisation, avec évidement des problématiques importantes en discussion concernant les suites du mouvements, on voit également une multiplication des grèves locales pour des augmentations de salaires par exemple !.
C’est une dynamique dans laquelle doivent s’inscrire les mobilisations pour le maintien des emplois. L’usine d’Ascoval, comme le dit lui-même Bruno Lemaire est composée d’ouvriers avec des connaissances techniques et industrielles très poussées qui produisent des marchandises de qualités, le site entretient de bons liens avec plusieurs clients, d’autres sont en cours de rapprochement depuis la reprise de la production, les travailleurs pourraient très bien reprendre l’usine à leur compte, sous forme de nationalisation sous leur contrôle. Ce type de projet est d’une part très viable mais surtout une démonstration de la capacité des ouvriers à une large échelle. C’est par ailleurs à l’échelle de tout le secteur sidérurgique que l’on peut raisonner ainsi. Alors que la remise en cause du gouvernement est très profonde, c’est également sur le terrain économique, que les revendications peuvent avancer, la crise actuelle que traversent les gouvernants est une brèche à explorer pour avancer vers ces possibles expériences aux seins des entreprises !

Crédits photos : PIERRE ROUANET - VDNPQR (couverture)




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