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Politique

Ce n'est pas aux travailleurs de payer la crise !

Attaques contre les travailleurs. Vers un assouplissement du travail le dimanche ?

Le gouvernement réfléchirait à un nouvel assouplissement du travail dominical. Dans la continuité de la loi Macron en 2015 et des attaques contre les salariés pendant le confinement, il s’agit une nouvelle fois pour le gouvernement et le patronat de faire payer la crise aux travailleurs.

mardi 23 juin

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Le 14 juin, Emmanuel Macron expliquait lors d’une allocution qu’il faudrait « travailler et produire davantage » pour espérer sortir de la crise. Annonce qui dessinait alors des perspectives extrêmement floues mais qui laissait présager d’une potentielle flexibilisation du temps de travail. Un discours durant lequel, Macron aura eu l’honnêteté de ne pas dissimuler son objectif, celui de faire peser la résolution de crise sur le dos des travailleurs, un cap que le président expliquait sans détour : « Nous ne financerons pas ces dépenses en augmentant les impôts. (…) La seule réponse est de bâtir un modèle économique durable, plus fort, de travailler et de produire davantage pour ne pas dépendre des autres. Et cela, nous devons le faire alors même que notre pays va connaître des faillites et des plans sociaux multiples. ».

Face aux vives réactions de l’opposition et de la majorité des organisations syndicales, Bruno Le Maire tentait, le lendemain, de désamorcer la colère en expliquant tant bien que mal que travailler plus voulait dire « que le plus grand nombre de Français puissent travailler dans une période où (…) nous anticipons 800 000 suppressions d’emplois en France ». Une annonce que s’empressait d’invalider Gérard Darmanin, qui déclarait le même jour : « Ce n’est pas de Paris qu’on va dire quels horaires on doit faire dans une telle usine », et renvoyait ainsi la balle aux entreprises, laissant toute latitude au patronat pour instaurer de nouvelles réglementations.

Augmenter le temps de travail par l’assouplissement du travail dominical

Selon l’Opinion une des pistes envisagées par le gouvernement afin de réaliser l’augmentation du temps de travail serait l’assouplissement du travail dominical légal.

Dans la continuité de la loi Macron de 2015, le gouvernement envisagerait donc une nouvelle modification. Pour rappel, la loi de 2015 étend la suppression du repos dominical, après décision du maire (ou du préfet de ville pour Paris) à 12 dimanches par an, quand le repos dominical pouvait précédemment être supprimé seulement 5 dimanches par an. Elle permet également au préfet d’autoriser un établissement s’il démontre que sa fermeture le dimanche est préjudiciable au public, ou qu’elle compromet son fonctionnement à déroger au repos dominical. L’autorisation peut alors être accordée pour toute l’année ou pour une période donnée. Enfin pour les commerces de détail alimentaire le repos dominical était décalé après 13 heures.

L’Opinion dévoile, s’appuyant sur le témoignage d’une source de Bercy, que le gouvernement se préparerait à augmenter le nombre de « dimanches du maire » à 18. Parallèlement, « des exonérations supplémentaires pour les majorations de salaires pourraient aussi être décidées » avance cette même source. Une réflexion que le gouvernement souhaiterait pour l’heure garder secrète, alors que ce mercredi il convoque les partenaires sociaux pour discuter de la prolongation du dispositif de chômage partiel.

Une information qui serait pour l’instant de l’ordre de la réflexion mais qui, toujours selon l’Opinion, pourrait être dévoilée en même temps que les mesures de soutien aux artisans et aux commerçant qui seront inscrites par voie d’amendement dans le troisième projet de loi de finances rectificative, qui sera présenté la semaine prochaine à l’Assemblée nationale.

Une annonce qui, si elle venait à être confirmée, s’inscrirait alors pleinement dans la lignée des politiques de sortie de crise mises en place par le gouvernement, alors que les cadeaux faits au patronat et les attaques contre les acquis sociaux se multiplient. Une telle décision illustrerait parfaitement l’état d’esprit du gouvernement et du patronat, pour lesquels la priorité inaliénable reste la sauvegarde des profits des grandes entreprises.

Profiter de la crise sanitaire pour aller plus loin dans la libéralisation du droit du travail : une potentielle nouvelle attaque contre les acquis sociaux

Le confinement puis le déconfinement ont accouché d’une remise en cause profonde des principaux acquis du code du travail. Dans la continuité des contre-réformes de ces dernières années, la situation sanitaire et l’impossibilité de la contestation sociale ont permis d’accentuer encore la marche forcée vers la libéralisation du travail et la précarisation des travailleurs.

Ainsi, les ordonnances issues de la loi de l’Etat d’urgence sanitaire étendent le pouvoir patronal à des terrains jusqu’alors épargnés. Le patronat a dorénavant la possibilité de faire travailler ses salariés jusqu’à 60 heures par semaine et ce sans accord collectif ni autorisation de l’inspection du Travail, ce que la loi El Khomri contraignait encore. L’employeur peut désormais imposer librement les RTT ou modifier des dates en dérogeant au délai fixé par la loi, et obtient une garantie de flexibilisation du travail. La loi de l’Etat d’urgence sanitaire s’attaque également dans le même sens aux congés payés que l’employeur a la possibilité d’imposer ou de modifier en s’affranchissant des délais de prévenance (un mois jusqu’alors) pour informer les personnes concernées. Et ce alors que la réduction des délais de consultation des CSE dans des domaines aussi variés que le licenciement de salariés ou l’accord de performance collective (APC) – un CSE qui peut dorénavant même être consulté a posteriori – entérinent l’accroissement du pouvoir patronal, lorsque le poids des syndicats est réduit et que la possibilité de négocier directement au niveau de l’entreprise permet à l’employeur de tirer parti de l’échelle où il a le meilleur rapport de force. Ou encore en individualisant l’activité partielle, les directions d’entreprises disposent maintenant de l’assise légale pour choisir ceux qu’elles veulent voir reprendre le travail et ceux qu’elles veulent écarter.

En faits les mesures « d’urgence » prises par le gouvernement auront permis une terrible avancée vers la flexibilisation du travail en adaptant le travail fourni, et ce dans le moindre détail, aux besoins du patronat. Et si ces ordonnances prétendent s’appliquer le temps d’une période, et que le gouvernement pour l’instant soumet leur durée à la crise sanitaire et économique, il y a fort à parier que l’exception devienne la norme, dès lors que le patronat se saisira de l’opportunité pour pérenniser ce régime « d’exception », à l’image de l’Etat d’urgence de 2015, maintenant intégré dans le droit commun. Ainsi l’assouplissement du travail dominical serait une nouvelle attaque pleinement en phase avec la gestion pro-patronale de la crise sanitaire par le gouvernement, qui donne tout pouvoir aux employeurs pour altérer les droits des salariés.

A l’heure où les licenciements se multiplient, à Renault, Air France, Daher ou Nokia,il s’agirait de revendiquer l’abrogation immédiate des ordonnances du 23 mars dernier qui permettent la semaine de 60 heures et la journée de 15 heures, ainsi que la remise en cause du travail dominical et des congés payés, et l’ensemble des attaques contre les travailleurs. Il est plus que jamais inacceptable que des travailleurs soient privés d’un emploi, lorsque d’autres s’épuisent par de longues journées et de colossales charges de travail. Il s’agit donc de revendiquer un travail pour tous, accompagné d’une baisse du temps de travail hebdomadaire, et ce sans la moindre baisse de salaire. Ainsi dans la perspective d’une crise économique historique il s’agit d’exiger la nationalisation des entreprises qui licencient, augmentent le temps de travail ou baissent les salaires, sous contrôle des ouvriers.




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