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Notre classe

Menace de licenciements

Bénéteau, géant naval, annonce des licenciements et des fermetures d’usines

Le groupe français, leader international dans le marché de bateaux de luxes, attaque ses travailleurs partout dans le monde. Sous un ton de menace, il annonce la suppression de centaines d'emplois, notamment en Vendée mais aussi à Bordeaux.

jeudi 24 septembre

Crédit photo : Xavier Leoty / AFP

Le Covid comme prétexte pour licencier

Le groupe Bénéteau, premier groupe français de la plaisance et leader mondial dans le secteur nautique a annoncé le 8 septembre la fermeture de plusieurs de ses usines, ainsi que des suppressions d’emplois en France, en Slovénie et aux États-Unis.

Composé de 8 361 salariés dans le monde, Bénéteau a lancé début juillet un grand plan de "réorganisation mondial" d’ici 2025, qu’il a nommé « Let’s Go Beyond ! 2020-2025 », afin de “créer davantage de richesses à partager avec ses collaborateurs et ses actionnaires.” Ce plan s’est concrétisé début septembre lorsque le groupe a annoncé sa volonté de supprimer entre 710 et 1390 postes, soit un sixième de ses effectifs. L’entreprise a annoncé qu’en janvier, quatre de ses usines seront fermées dans le monde. En Vendée, où Bénéteau est le premier employeur privé, deux usines situées sur l’Île de Noirmoutier et à Challans, représentant 400 salariés, ont annoncé leur fermeture, ce à quoi s’ajoute la fermeture d’un site logistique du même groupe, provoquant la suppression de 15 emplois. Aux États-Unis, dans l’État de Caroline du Sud, sur la côte Est, l’usine de Marion a été vendue il y a quelques jours, entraînant le licenciement de 80 salariés. En plus des fermetures, trois sites, en France, Pologne et Italie, ont ralenti leur activité et mis une partie des salariés au chômage partiel.

En France, la direction annonce qu’il n’y aura « aucun licenciement d’opérateurs de production si l’ensemble des collaborateurs concernés acceptent les mesures de mobilité interne qui leur seront proposée ». Cette menace, en plus d’essayer de porter la responsabilité de la perte d’emploi sur le salarié, annonce d’ores et déjà la possibilité de plus de licenciements que ceux attendus initialement.

Le groupe tente de justifier ses attaques à l’encontre des travailleurs avec le prétexte d’un “environnement de marché basculé par la crise consécutive au Covid 19”, mais la situation réelle de l’entreprise est bien différente à ce qu’elle veut faire croire. En effet, Bénéteau a récemment annoncé la bonne santé de ses comptes provoqués grâce aux plus de 600 millions d’euros de fonds propres en fin février 2020, aux 300 millions d’euros de lignes de crédit confirmées et non tirées, auxquelles s’ajoutent un Prêt Garanti de l’État de 120 millions, une absence d’endettement ainsi que le chômage partiel payé par l’État. En plus de cela, le groupe se trouve actuellement en pleine époque de salons où il expose ses derniers bateaux de luxe, dont son tout nouveau modèle, Antares 11 Fly.

Des licenciements annoncés à la Construction Navale de Bordeaux, un test de la part de la direction qui annonce la possibilité de plus de licenciements à venir

L’usine CNB, créée il y a plus de trente ans, et dont Bénéteau est le plus grand actionnaire depuis 1992, a annoncé le licenciement de 65 à 75 employés, dont la plupart sont des cadres travaillant dans l’administration. Ce à quoi s’ajoutent tous les licenciements “cachés” provoqués par le non-renouvellement des CDD ou par la fin de l’intérim. Après le chômage partiel imposé, près de la moitié des salariés sont toujours à temps partiel, après l’obligation de prise de congés cet été. En même temps que les licenciements, les ouvriers sur le chantier se sont vu également imposer “l’activité partielle longue durée” (APLD), ce qui revient à faire travailler les salariés en fonction des commandes, ainsi qu’à réduire de 16% les salaires, affirme Matthieu Boisson, ouvrier et délégué CGT à l’usine.

Avant le début de la pandémie, l’usine comptait 1 200 salariés. Les intérimaires ainsi que les sous-traitants ont été divisés par deux, ce qui donne aujourd’hui un effectif de 800 salariés en CDI, une centaine d’intérimaires et une cinquantaine de sous-traitants. Aujourd’hui, la direction teste le terrain en licenciant un groupe de cadres, mais en voyant les annonces de licenciements du groupe dans ses autres usines, il est possible de prévoir une multiplication des licenciements dans le mois à venir. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de s’organiser d’ores et déjà pour riposter et défendre les emplois déjà menacés et établir un rapport de force pour interdire les licenciements à venir. Plusieurs salariés de l’usine étaient présents en défense des emplois dans la dernière manifestions du 17 septembre. Cette mobilisation doit s’inscrire dans la durée sur les bases de l’auto-organisation à l’intérieure de l’usine ainsi qu’en lien avec les travailleurs d’autres usines à proximité, dont beaucoup voient aussi leurs emplois menacés, à l’image de salariés de Getrag Ford ou des sous-traitants de l’aéronautique, mais aussi en lien avec l’ensemble de la jeunesse et des travailleurs et du personnel hospitalier en première ligne face à la crise actuelle.

De plus, face à toute tentative de licenciement sous prétexte de la crise sanitaire et économique ou d’une prétendue baisse du carnet de commandes, nous devons exiger l’ouverture de tous les livres de comptes et la connaissance de tous les secrets commerciaux à travers desquels ils veulent justifier d’envoyer des centaines de travailleurs au chômage.




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