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"C’est plus facile de se débarrasser de nous" : les intérimaires en première ligne face à la crise

Les retombées de la crise économique dues au contexte sanitaire s’avèrent désastreuses pour les travailleurs précaires. En moyenne, en décembre 2020, pôle emploi enregistre une baisse de 23.6% du travail temporaire, soit une disparition de 185 000 emplois intérimaires.

mercredi 31 mars

Rassemblement de travailleurs précaires le 20 mai 2020 devant l’hôpital Robert-Debré à Paris.

Sans surprise, ce sont les travailleurs les plus précaires qui subissent les conséquences économiques de la crise sanitaire. Si certains ne se retrouvent pas sans aucune mission, ils ne décrochent néanmoins que de minuscules contrats d’un ou deux jours. Ainsi, des dizaines de milliers d’intérimaires se retrouvent sans revenus, forcés de recourir à l’aide alimentaire et de quérir l’aide de leur proche. Bien que la crise sanitaire mine largement la vie de ces travailleurs précaire, force est de constater que « présence d’activité » ne signifie aucunement « absence de problème ».

Alors même que le capitalisme promet l’existence sociale par le travail, les travailleurs précaires ne se voient pas affublés des mêmes droits qu’un travailleur disposant d’un contrat régulier. L’instabilité du travail, d’où le terme précaire – ferme de nombreuses portes pour un crédit ou la recherche de logement. Aujourd’hui la plupart des intérimaires ne mangent plus à leur faim. Certain ne font plus que un repas par jours et seront aussi les premières victime de la reforme de l’assurance chômage qui va encore faire baisser des revenus déjà très bas. C’est une véritable déclaration de guerre contre l’ensemble de la classe ouvrière qui n’accède a un emploi que de cette manière et que les direction syndicales laissent à l’abandon qu’il sont plus exploités et qui incarnent une nouvelle génération ouvrière précarisée. Demain sans eux il n’y aura plus de grève dans les secteurs industriels sans des organisations pour les structurer.

Le journal Rue89 Strasbourg dévoile ainsi une série de témoignages de ces travailleurs précaire. Outre la détresse légitime présente dans tous ces entretiens, l’un d’eux attire tout particulièrement car il pointe le doigt sur l’utilité réel de l’intérim pour les entreprises. C’est celui de Fabienne Stoquert, qui explique :
« Beaucoup d’usines fonctionnent en permanence avec des intérimaires pour ajuster finement le nombre de salariés, selon la production nécessaire, sans avoir à licencier. Dans cette logique d’optimisation, nous sommes des variables d’ajustement. Notre statut est intéressant justement parce qu’il est facile de se débarrasser de nous. Il suffit de ne pas renouveler et de ne plus proposer de contrats d’intérim, pas besoin de licenciement. Dans les secteurs à l’arrêt ou en baisse d’activité, la crise met cette réalité en évidence. »

Les secteurs de l’industrie emploient plus de 44% des intérimaires. Dans l’automobile les lignes de montage fonctionnent avec 60 a 70 % de salariés intérimaires et à chaque baisse de production ou de crise sanitaire, ils sont mis à la porte comme des kleenex sans qu’il n’y ait de plan de licenciement.

L’existence d’une telle forme de travail dit « précaire » est le résultat d’un constat pratique du capitalisme. La masse de chômeurs assure par son existence pour le capitaliste une compétition entre les employés sur le marché du travail. Une concurrence qui a d’autant intérêt à être rude puisqu’elle permet deux choses : user de la menace d’un licenciement pour intimider les travailleurs en contrat régulier ; créer des formes de travail sans engagement de durée (CDD, intérim…) pour à la fois ajuster la masse salariale aux besoins de l’entreprise et empêcher l’organisation syndicale des travailleurs. L’intérim apparaît ainsi comme une version extrêmement aboutie de ce dernier point.

En plus de rendre la vie des travailleurs extrêmement compliquée, l’intérim favorise largement les entreprises pour canaliser et contrôler la population ouvrière, tout en assurant une variable d’ajustement en capital humain sans aucune contrepartie. Le travail précaire est une aberration capitalistique qui doit aussi être combattu. Il ne faut cependant pas se contenter de morceler la critique : c’est par l’unité entre les travailleurs, qu’ils soient précaires ou pas, qu’une perspective de lutte viable peut apparaître. Le chômage et ce qu’il engendre touche la majorité de la population, en 2020 avec la crise covid : l’augmentation était de 7.5% soit 265 400 personnes. Il apparaît ainsi nécessaire de s’organiser et de lutter pour que tous les emplois soient en CDI et attribués grâce à un partage juste du travail ; couplé à une redistribution totale des richesses aujourd’hui détenues par une minorité oisive.

La question de la précarité d’une large partie de la classe pose la question de l’organisation des chômeurs et précaires. Il s’agit de leur donner des perspectives, à rebours de ce que ne font pas les directions du mouvement ouvrier, bien trop adaptée au dialogue social et a la collaboration de classe. S’il est nécessaire de militer pour que tous les travailleurs aient accès à un CDI, il s’agit pour l’heure d’être a l’initiative de collectif d’intérimaires, de chômeur et de précaires contre l’assurance chômage en lien avec tous les secteur en lutte comme la culture et la jeunesse étudiante qui subissent la crise, la misère et le chômage.




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