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Politique

Toujours autoritaire et pro-patronale

Castex détaille la stratégie du « tout vaccin » choisie par le gouvernement, malgré les incertitudes

Ces derniers jours, le gouvernement a axé sa politique quasi-exclusivement autour de la question du vaccin. Un stratégie détaillée par le premier ministre Jean Castex, qui est aussi marquée par les incertitudes et répond avant tout à des préoccupations économiques.

mercredi 2 décembre 2020

AFP/Ludovic Marin

Ce mardi 1er décembre, le premier ministre Jean Castex a détaillé le plan de vaccination promis par Emmanuel Macron. S’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), Castex a ainsi annoncé que les premiers bénéficiaires du vaccin seraient les personnes âgées en EPAHD. Selon les projections annoncées par Macron, les premières vaccinations seraient prévues pour début 2021.

En soi, le plan de vaccination devrait passer par différentes phases. En premier, la vaccination des personnes âgées en EPAHD, puis l’ensemble des personnes âgées et les « professionnels du secteur de la santé, du médico-social et du transport sanitaire ». Une troisième phase concernerait tous les 50-65 ans et les « moins de 50 ans mais à risque de forme grave » et « les professionnels issus des secteurs indispensables au fonctionnement du pays ». Ensuite, la phase 4 engendrerait la vaccination des « professionnels dont l’environnement de travail favorise une infection » et les « personnes vulnérables ou précaires ayant un pronostic moins favorable en cas d’infection par la COVID-19 (résident en hôpital psychiatrique, sans domicile fixe, détenus...) ». Enfin, la dernière phase concernerait les autres adultes.

Pourquoi la stratégie du « tout vaccin » est risquée et aventurière ?

Alors que, jusqu’à présent, le discours de l’Exécutif se focalisait avant tout sur le fameux « tester, alerter, soigner » pour éviter une troisième vague, le focus est maintenant mis avant tout sur la question de la vaccination présentée comme une forme de solution miracle. Comme nous l’expliquions dans notre éditorial d’hier, cette stratégie demeure risquée et aventurière, car si les différentes pistes de vaccins sont prometteuses, nombre d’incertitudes demeurent.

Et ce n’est pas le dernier rapport de l’HAS, rendu public ce 1er décembre, qui contredit ce constat, bien au contraire. En effet, l’institution y liste les avantages et les inconvénients des différentes pistes étudiées élaborés par les différents laboratoires pharmaceutiques, par ailleurs en concurrences entre eux dans une course aux profits morbides. Ainsi, le rapport mentionne deux types de vaccins distincts (ARN ou à adénovirus). « Dans un premier temps, on n’aura très certainement pas le luxe de choisir le vaccin utilisé, les besoins dépassant très largement l’offre. On ne dispose pas non plus de toutes les informations nécessaires » explique ainsi Elisabeth Bouvet, présidente du Comité technique des vaccinations de l’HAS.

De plus, comme le souligne Catherine Ducruet dans Les Echos, « si le vaccin d’AstraZeneca semble bien toléré lui aussi - à la réserve de rougeurs autour du site d’injection et de fièvre temporaire chez une partie des participants à l’essai-, on aimerait quand même savoir exactement de quoi ont souffert les participants dont la maladie avait entraîné la suspension des essais de Phase III » tout en précisant que « les craintes que l’injection d’ARN viral fasse de nous des « OGM » sont en revanche complètement infondées puisque l’ARN n’entre pas dans le noyau de nos cellules où se situe notre génome, qui est, lui, sous forme d’ADN ».

Une stratégie attentiste qui répond avant tout à des exigences économiques

Il est clair qu’en axant quasi-exclusivement la politique sanitaire du gouvernement sur l’attente d’un vaccin, ce dernière expose la population à faire face à une troisième vague.

Sur le plan économique en revanche, la conséquence immédiate est un formidable butin à se disputer pour les laboratoires pharmaceutiques. Mais au delà, le développement même de la crise économique amène à une priorisation de l’option du vaccin pour relancer la machine à pleine puissance. Dans une tribune libre publiée sur Capital, Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank, explique qu’ « alors que l’économie européenne se contracte une nouvelle fois sur fond de reconfinement, comme le montre le “Purchasing Manager’s Index” (PMI) publié le 23 novembre, le marché se projette au-delà de la pandémie de COVID-19 dans l’espoir d’une reprise économique rapide en 2021, une fois que les programmes de vaccination auront commencé ». Une vision partagée par John Greenwood, économiste en chef d’Invesco, pour qui la reprise économique en 2021 dépendra du rythme de déploiement du vaccin, avec de premiers effets au second semestre de l’année prochaine. Ainsi donc, la stratégie suivie par le gouvernement, à l’instar d’autres ailleurs dans le monde, repose avant tout sur des considérations économiques.

Face à la logique pro-patronale et autoritaire, opposer une alternative sanitaire à la hauteur des enjeux : Nos vies valent plus que leurs profits !

Dans le contexte sanitaire, économique et social actuel, il est clair que l’on ne peut accorder aucune confiance à Macron pour une véritable politique efficiente face à la pandémie. Il s’agit au contraire d’exiger un véritable plan de dépistages et de prévention. En d’autres termes, un programme alternatif, allant de l’embauche massive de personnels soignants à la mise en place de tests gratuits et massifs afin d’éviter une troisième vague. « Il est donc nécessaire d’exiger une stratégie de prévention pour briser les chaînes de contamination et de dépistage massif du virus, tout en poursuivant les recherches pour retrouver un vaccin. Un programme construit par l’ensemble des travailleurs et des professionnels de la santé. Afin de montrer, plus que jamais, que nos vies valent plus que leurs profits », comme nous l’expliquions hier.
Concernant le vaccin, il est indispensable de libérer la recherche des logiques de courses aux profits qui nous amènent droit à la catastrophe. Ainsi, la question de la nationalisation sous contrôle des salariés, qui sont eux les plus à même de trouver des solutions efficace dans ce domaine, se pose avec une urgence vitale. Une stratégie qui, on le voit, va à l’encontre de la ligne de Macron et de son gouvernement.




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