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Notre classe

Face à la pénurie

Chambéry. Les salariés de Sushi Shop forcent leur direction à donner du matériel aux soignants

L’activité professionnelle des restaurateurs est à l’arrêt depuis deux semaines, du matériel qui pourrait aider à pallier les pénuries rencontrées par les soignants reste stocké, inutilisé. Les salariés de Sushi Shop Chambéry ont exigé de leur direction que les stocks de gants, de charlottes et de masques soient donnés aux hospitaliers.

jeudi 2 avril

Après des décennies de casse du service public de la santé, de restrictions budgétaires, de coupes dans les effectifs et de suppression de lits, on constate aujourd’hui avec désarroi le mal causé par l’incursion de la politique managériale néo-libérale dans ce qui devrait être un bien commun. Si le personnel soignant continue, courageusement et avec dévouement, à lutter contre l’épidémie de Covid-19, c’est dans des conditions très dégradées, et notamment en devant faire avec très peu de matériel de base : gants, blouses, charlottes, tout manque. Ayant pris contact avec Nathalie Schmitt, coordinatrice des dons pour le centre hospitalier de Chambéry, celle-ci m’a confié la grande difficulté dans laquelle se trouvait l’hôpital public et le personnel soignant, à court de matériel, exposé lui aussi à la maladie et avec le risque de contaminer les patients.

Face à ce constat alarmant, avec l’ensemble des salariés de Sushi Shop Chambéry, nous avons décidé qu’il était impératif que Sushi Shop fasse don au personnel médical d’un matériel précieux en ces temps de crise, mais que notre direction gardait inutilement stocké dans le restaurant : 1150 paires de gants en latex, 200 filets pour les cheveux, 150 paires de sur-chaussures ainsi que 100 tabliers jetables de protection.

Les réseaux sociaux ont permis aux salariés du restaurant de rester en contact et de s’organiser, et ce malgré le confinement. S’exprimant dans une lettre ouverte à la direction patronale, nos revendications étaient claires : nous avons exigé de la direction qu’elle prenne ses dispositions afin de généraliser ces dons de matériel dans tous les restaurants dont elle a la charge, un peu partout en Auvergne-Rhône-Alpes.

La direction de Sushi Shop a ainsi accepté de donner le matériel stocké à Chambéry, probablement effrayée par l’impopularité qu’aurait provoqué un refus de sa part en ces temps troublés. Mais force est de constater que pour l’instant, cette décision se limite au restaurant de Chambéry, où travaillent les salariés mobilisés, et n’a pas été étendue aux autres restaurants d’Auvergne Rhône-Alpes. Cela démontre bien l’absence de volonté du patronat à mettre la main à la poche alors même que la santé de tous et toutes est en jeu. A juste titre, en temps de crise plus que jamais, nous ne devons pas attendre des capitalistes ce genre d’initiative. Les travailleurs sont seuls maîtres de leur destin : un exemple comme celui du restaurant Sushi Shop de Chambéry nous montre que c’est par l’auto-organisation des travailleurs à la base que ceux-ci pourront établir un rapport de force avec le patronat et, demain s’ils le veulent, organiser eux-mêmes la production. Car c’est là l’enjeu majeur de notre temps : de la détention des moyens de production dépendra en grande partie la résolution de la crise sanitaire et économique sans précédent que nous traversons.




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