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Monde

Meeting internationaliste

Chili : « Tôt ou tard, la rage se transformera en résistance »

Le 1er mai dernier, Lester Calderon, militant du Parti des Travailleurs Révolutionnaires chilien intervenait au meeting internationaliste de la FT-QI. L’occasion de revenir sur le récent mouvement de lutte qui a secoué le pays.

mercredi 6 mai

Depuis le Chili, je veux saluer avec force tous les camarades qui se sont connectés à cet événement international, car ce 1er mai, plus que jamais, il a été démontré que la classe ouvrière n’a pas de frontières.

Au Chili, les effets de la crise sanitaire et économique commencent à se faire sentir de plus en plus, avec des centaines de milliers de licenciements ce qui montre que les revendications de la rébellion d’octobre sont plus urgentes que jamais.

L’héritage de la rébellion d’octobre

Si nous sommes descendus dans la rue, c’est parce que nos parents et grands-parents mouraient en attendant d’être soignés dans les hôpitaux par un système de santé déjà exsangue. Rien qu’en 2018, près de 26 000 personnes sont mortes en étant sur les listes d’attente pour des soins qui n’ont jamais été dispensés. Nous nous sommes rebellés parce que nos grands-parents doivent continuer à travailler jusqu’à leur mort, à cause d’un système de retraite de misère imposé par la dictature.

Au Chili, la rébellion populaire a réussi à bousculer l’agenda politique et à mettre un terme aux réformes néolibérales que le gouvernement voulait approfondir. Aujourd’hui, ils veulent profiter de la pandémie pour continuer ces politiques !

Le plan de Piñera est une honte ! Ils veulent nous faire travailler et nous obligent à voyager dans des transports publics bondés, alors que dans le même temps ils décrètent un couvre-feu entre 22 heures et 5 heures du matin... En clair, la nuit les militaires peuvent nous tuer, mais le matin nous devons aller au travail avec la possibilité de contaminer nos collègues et proches !

En plus, ils ont adopté une loi sur le chômage favorable aux entreprises qui permet aux grandes sociétés de nous mettre licencier, sans compensation de salaire. En plus nous devons assurer nos revenus avec nos propres économies qui viennent de l’assurance-chômage, sans que les employeurs ne paient quoi que ce soit !

Aujourd’hui, le gouvernement pense qu’il a le dessus, mais il a tort. La rage s’accumule sur nos lieux de travail et dans les quartiers populaires. C’est aussi la rage des jeunes qui continuent à lutter contre les « pacos », policiers meurtriers qui continuent à réprimer en totale impunité. Nous sommes sûrs que tôt ou tard, cette rage se transformera en résistance.

Face à la crise, la classe ouvrière commence à s’organiser

Et nous en voyons les premières tentatives. Il y a eu des mobilisations des dockers et de la population, et les professionnels de la santé, notamment de l’hôpital Barros Luco, qui se sont mobilisés pour dénoncer le manque de protection et de fournitures qui a coûté la vie d’un travailleur de la santé.

Ici, à Antofagasta, une ville minière, portuaire et industrielle qui a été l’un des épicentres de la rébellion populaire, nous avons promu la solidarité depuis le Comité d’urgence et de secours et nous faisons également partie de la coordination des syndicats tels que SGS Minerals, SGS Chile et Buró Veritas, qui luttent aujourd’hui ensemble contre les licenciements.

Le syndicat des travailleurs d’Orica, dont je suis membre, ainsi que les mineurs de Guanaco et les enseignants, soutiennent également la lutte des employés de nettoyage de l’hôpital d’Antofagasta qui se sont battus pour obtenir du matériel et des conditions d’hygiène et qui ont gagné.

Nous prenons part également à la lutte de la jeunesse précaire de Starbucks et de Burger King. Nous nous sommes engagés à promouvoir un grand mouvement contre les licenciements au niveau national. Pour faire face au plan du gouvernement et des hommes d’affaires, l’unité entre les travailleurs, les chômeurs et les habitants des quartiers populaires devient indispensable.

Le 12 novembre de l’année dernière, lors de la plus grande grève générale des dernières décennies, nous avons vu le potentiel de la classe ouvrière unie au peuple et à la jeunesse de première ligne.

Ce n’est pas un hasard si la rébellion au Chili a été l’un des événements qui ont conduit à la convocation de la Conférence latino-américaine par le Front d’unité de gauche en Argentine. Contre ceux qui affirment que la droite peut être combattue avec des manœuvres parlementaires et judiciaires, nous avons pu réaffirmer que le véritable moteur de l’histoire est la lutte des classes.

Nous luttons dans les rues, ils manigancent dans les couloirs du Parlement

Pendant que des millions d’entre nous écrivaient l’histoire dans les rues, la « cuisine parlementaire », et les accords avec le gouvernement étaient organisés par la droite, l’ancienne Concertación et le Frente Amplio, pour tenter d’arrêter notre rébellion par la tromperie.

Aujourd’hui, le Parti Communiste vote avec l’aile droite sur la loi concernant les licenciements qu’a voté le gouvernement. Le Parti Communiste est à la tête de la Central Unitaria de Trabajadores (principale centrale syndicale au Chili) et, aujourd’hui, nous sommes nombreux à dénoncer la CUT, qui reste passive face aux attaques que le gouvernement mène contre les travailleurs et classes populaires ! Nous exigeons d’eux la fin de la trêve et une lutte contre toutes les attaques du gouvernement !

Chaque attaque que la CUT laisse passer, donne plus de confiance à la droite pour essayer d’imposer son référendum sur la constituante et laisser la Constitution de Pinochet intacte. Nous dénonçons toute tentative du gouvernement criminel de retarder ou de supprimer le plébiscite en maintenant un Etat d’urgence sanitaire et la présence des militaires dans nos rues. Cependant, tout en dénonçant cette tentative antidémocratique, nous avons remis en question le plébiscite né de la « cuisine parlementaire » car il n’inclut pas l’option d’une Assemblée constituante véritablement souveraine, ce que le peuple réclamait dans la rue.

Pour mettre fin à l’héritage de la dictature, construire une gauche révolutionnaire

Ce n’est qu’en luttant et avec les méthodes de la classe ouvrière que nous pourrons conquérir une Assemblée constituante libre et souveraine, avec aucun pouvoir au-dessus d’elle et où nous pourrions mettre fin à l’héritage de la dictature. Nous savons que dans cette lutte nous ferons face à la résistance des capitalistes, que seule la classe ouvrière, auto-organisée et en alliance avec l’ensemble du peuple, pourra affronter.

Et c’est pour cette raison que nous nous préparons dès maintenant etn qu’en tant que parti ouvrier révolutionnaire, nous luttons pour construire une nouvelle gauche, un parti révolutionnaire de la classe ouvrière.

Une gauche qui cherche à retrouver la tradition de combat et d’auto-organisation de la classe ouvrière chilienne, celle qui a su prendre le ciel d’assaut en construisant les puissants cordons industriels dans les années soixante-dix.

Parce que nous savons que nous ne partons pas de zéro. Et nous savons que ce parti au Chili émergera de la convergence avec tous ceux qui veulent partager les leçons de la lutte de la dernière fois, une stratégie et un programme qui se bat pour un gouvernement des travailleurs en rupture avec le capitalisme.

Nous nous battons pour conquérir ce que l’on pouvait lire sur les murs du pays : « une vie qui vaut la peine d’être vécue ». Cela ne sera possible qu’en mettant fin à ce système au service des grands patrons et à toutes les formes d’exploitation et d’oppression.