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Extrême-droite

Chili : défaite du référendum de l’extrême droite, Boric annonce la fin du processus constituant

Au Chili le projet de réforme constitutionnel défendu par la droite et l’extrême-droite a été largement rejeté ce dimanche. Malgré cette défaite pour les nostalgiques de la dictature, le président de centre-gauche Boric a annoncé la fin du processus constituant et le retour au texte hérité de Pinochet, profondément contesté par la grande révolte de 2019.

Antoine Weil

18 décembre 2023

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Chili : défaite du référendum de l'extrême droite, Boric annonce la fin du processus constituant

Crédit photo : José Antonio Kast, leader du Parti Républicain, part d’extrême droite

Depuis quatre ans au Chili les scrutins se suivent et se ressemblent : la solution défendue par le régime et « la caste » des partis est sans cesse rejetée, sur la droite ou bien sur la gauche. Cette fois, c’est l’option défendue par la droite et l’extrême-droite qui a été largement éconduite par les Chiliens. Le projet de réforme de la constitution rédigé par les nostalgiques de Pinochet a été rejeté à 55%, marquant la fin du processus constituant, sans qu’aucun texte n’ait été approuvé pour remplacer celui issu de la dictature.

La réforme de la constitution largement rejetée : une claque pour l’extrême-droite et la droite

Malgré une intense campagne des médias et grands patrons chiliens, qui ont déboursé plus de 350 millions de dollars pour encourager à voter en faveur du texte de révision constitutionnelle, l’extrême-droite et son leader José Antonio Kast se sont pris une gifle ce dimanche, avec un vote « Contre » largement majoritaire, et ce dans presque toutes les régions du pays.

Pour l’extrême-droite du Parti Républicain, et la droite de Chile Vamos, la défaite est sans appel. A elles deux, ces formations détenaient plus de 60% des sièges du Conseil Constitutionnel qui a rédigé le texte, et ont donc dirigé de A à Z le contenu du projet de révision. Ce dernier comprenait des dispositions pour renforcer les pouvoirs de police, faciliter les expulsions de migrants, mais aussi restreindre durement un droit à l’avortement, déjà très limité au Chili, seulement autorisé en cas de viol, de non-viabilité du fœtus, ou de danger pour la vie de la mère. En somme, tout pour approfondir les traits réactionnaires de la Constitution actuelle, rédigée en 1980 par Pinochet, et qui entérine le modèle néolibéral, de précarisation et de saquage des ressources.

Ce projet a donc été balayé dans les urnes, signe que malgré la progression électorale de l’extrême-droite, arrivée au deuxième-tour de l’élection présidentielle de 2021, et en tête pour l’élection du « Conseil Constitutionnel » avec 43% des voix en mai 2023, son projet nostalgique de la dictature n’est pas soutenu par une majorité de Chiliens.

Quatre ans après la révolte, un nouvel échec de révision qui annonce le maintien de la Constitution de Pinochet

Paradoxalement, l’échec de la révision promue par les héritiers de Pinochet aura pour effet … le retour au texte initial, rédigé pendant la dictature. En effet, le processus constituant ouvert à la suite de la révolte de 2019 s’achève sur cet échec, comme l’a annoncé le président Gabriel Boric à l’issu du scrutin, déclarant : « Notre pays continuera avec la constitution actuelle parce qu’aucun autre projet n’a réussi à représenter [le peuple chilien] ».

Le projet défendu par l’extrême-droite est la seconde révision désapprouvée en à peine un an. En septembre 2022, un texte présenté par la Convention constituante, empreint de concessions à l’égard de la bourgeoisie et associé à un président de centre-gauche responsable de l’inflation et de l’appauvrissement de la population, était déjà rejeté. Deux ans plus tôt pourtant, en octobre 2020, 78% des votants approuvaient le referendum pour changer la constitution de la dictature, quelques mois avant, en mai 2021, d’infliger aux partis issus du régime une défaite importante aux élections de la Convention Constituante.

Des zig-zags qui illustrent la profondeur de la crise politique au Chili et le rejet profond à l’égard de la classe politique, qui s’exprime pour l’heure et de façon systématique sur un mode négatif, contre la proposition sortante. Ils marquent également l’éloignement des masses chiliennes envers un scrutin qui ne permet pas de s’attaquer aux problèmes urgents qui les touchent, liés à la grave crise économique.

Or la gauche est largement responsable de cette situation, elle qui a sans cesse refusé de se battre pour faire de l’Assemblée constituante un organe unique, capable de légiférer sur les problèmes économiques et sociaux et de proclamer l’amnistie des prisonniers politiques, et qui a signé les « Accords pour le Chili » limitant le champ de compétence de la deuxième assemblée.

Pensant avoir trouvé la parade, la droite traditionnelle, par la voix du président de l’UDI, Javier Macaya, membre de la coalition Chile Vamos, explique que ces rejets successifs de révisions constitutionnelles reviendraient à une approbation en creux du texte néo-libéral actuel, hérité de Pinochet puis des révisions du président de centre-gauche Ricardo Lagos en 2005. Une insulte à la profonde révolte de 2019, quand la jeunesse et la classe ouvrière se sont soulevés contre la pauvreté, la privatisation des retraites et du système de santé, pour le droit des femmes et des minorités mapuche ; mais également une manière de tourner la page, de refermer le cycle ouvert par la contestation.

Le Président Gabriel Boric est allé dans le même sens lors de sa déclaration à l’issue du vote, actant que « le pays s’est divisé et n’a pas répondu à l’attente d’une nouvelle Constitution pour tous », signe de l’échec de l’action politique qui « a une dette envers le peuple du Chili », puisque les politiques n’ont pas réussi à s’accorder et à convaincre d’un projet à même de faire consensus. Un aveu d’échec pour celui qui avait fait campagne pour représenter la jeunesse et les mouvements sociaux, forgés dans la lutte contre le régime hérité de Pinochet et sa Constitution.

Vers la normalisation ? Après la défaite de l’extrême-droite Boric appelle à l’unité nationale

Le Président, qui a mené depuis accession au pouvoir une politique de centre-gauche, a alors conclu son discours par un appel à l’unité nationale, estimant que « ce que demandent les concitoyens, c’est davantage de consensus et d’action »pour résoudre les problèmes urgents de la population. Il a ensuite présenté les thématiques sur lesquels il compte agir et souhaite regrouper les forces politiques, expliquant avoir chargé son cabinet de « réformer les pensions et le pacte fiscal, de légiférer sur la sécurité ». En insistant de la sorte sur la sécurité, Boric adresse un signal clair à la droite, visée par cet appel à l’union nationale.

En effet, la faillite du projet de Constitution met à mal le leadership de l’extrême-droite de Kast sur le reste de la droite, et des voix critiques commencent déjà à se faire entendre dans le camp des nostalgiques de la dictature contre la stratégie du chef de l’opposition. Boric fait donc le pari qu’il est possible de détacher les secteurs moins radicalisés de l’influence du Parti Républicain, et appelle ainsi à la modération. Minoritaire au Parlement et avec peu de marge de manoeuvre, le Président fait donc un appel à la droite « modérée » pour l’aider à gouverner.

Une concession de plus, alors que la campagne de la gauche et du pouvoir en place contre le projet de Constitution était déjà empreinte du discours dominant, sécuritaire et contre les migrants. Le processus constituant désormais en voie d’être enterré, peu de choses semblent faire obstacle à la normalisation du régime, pour liquider pour de bon les acquis de la révolte de 2019.

Une situation dont la responsabilité incombe à Boric et aux forces de gauches qui gouvernent actuellement et ont négocié la séquence post-révoltes avec les partis du régime, encourageant la démobilisation de la jeunesse, des syndicats et des mouvements sociaux. Pires encore, elles ont nourri la démoralisation entretenue par les difficultés économiques et le maintien de la répression, notamment en direction des peuples autochtones, et en refusant enfin de s’attaquer aux racines d’un régime néolibéral forgé dans une dictature sanglante.


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