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Politique

Greenwashing

Congrès mondial de la nature : les responsables de la crise climatique discutent d’écologie

A Marseille, grands patrons et responsables gouvernementaux se réunissent pour discuter de la préservation de la biodiversité dans un sommet sponsorisé par Nutella en compagnie d'Emmanuel Macron... Entre mesures inefficaces et promotion du capitalisme vert, le Congrès de la nature est en réalité une énième farce au service des multinationales les plus polluantes.

samedi 4 septembre

Photo : AFP

En visite à Marseille, Emmanuel Macron inaugure ce vendredi le Congrès Mondial de la nature en compagnie de Nicolas Hulot. Ce congrès, organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) consiste en une vaste opération de greenwashing, dans lequel se rencontrent industriels et membre de gouvernements, davantage pour soigner leur communication que pour avancer contre le réchauffement climatique.

Les grands patrons au secours de la biodiversité ?

Officiellement, l’événement qui s’ouvre à Marseille et qui a été inauguré avec la présence du président Macron, est dédié à la protection des espèces, alors qu’on entre dans la sixième extinction de masses. Pourtant, quand on jette un œil à la liste des participants, on comprend l’ampleur de la farce et on devine que c’est bien l’environnement qui en sera le dindon. Parmi les conviés pour discuter des problèmes liés au dérèglement climatique, se succèdent en effet, le fils de Bernard Arnault pour LVMH, Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, des membres de la direction du groupe Total, ainsi que les PDG d’EDF, Engi ou Véolia, ou encore des présidents de groupe miniers et le patron du MEDEF. De grands patrons qui tirent leur fortune de secteurs très polluants et qui détruisent les sols, comme les sociétés gazières et pétrolières qui représentent près de 52 % des émissions industrielles globales de gaz à effet de serre, sont ainsi invités à débattre du réchauffement climatique, comme s’ils pouvaient être une solution au problème qu’ils engendrent eux-même.

Le fait d’inviter de tels représentants du capitalisme, est une tentative de masquer la responsabilité des grosses entreprises dans le réchauffement climatique alors que 70 % des émissions de gaz à effet de serre sont réalisés par 100 multinationales.

Total par exemple mise beaucoup sur sa communication en la matière, et
promeut par exemple la baisse de ces émissions de gaz à effet de serre en Europe, comme le remplacement de raffineries par des usines , faussement appelés « bio plastique », quand en réalité, elle augmente sa production de pétrole dans le monde, et délocalise au Moyen Orient ou en Afrique de l’Est, là où les contraintes sociales et environnementales sont très faibles. En l’invitant et en lui permettant de se présenter comme un acteur dans la préservation de la biodiversité et en participant à de tels sommets, le Congrès de la Nature se fait un allier de Total, et se fait le relaie d’une stratégie de communication basée sur le greenwashing , alors que Total est l’une des entreprises les plus polluantes au monde.

Le Congrès de la nature, qui se présente comme un cadre de discussion entre personnalités, ONG, entreprises et gouvernements apparait clairement comme un événement monté de toute pièce pour relégitimer les premiers responsables du réchauffement climatique et de la dévastation de la biodiversité. En appuyant la communication des multinationales à l’heure où les consommateurs sont soucieux des conséquences environnementales de leurs achats, c’est un événement ouvertement pro-patronal, ce que la présence de Geoffroy Roux de Bézieux, patron du Medef, souligne d’ailleurs lui-même. Preuve que l’écologie n’est pas le cœur de préoccupation d’un sommet où il faut débourser 1200 euros pour assister aux débats, et jusqu’à 350 000 euros pour présenter un stand, des militants écologiques se sont vus refuser l’entrée. C’est notamment le cas d’une juriste de l’association Notre Affaire à Tous, à l’origine de recours en justice contre l’État pour inaction climatique, pourtant invité à débattre après une projection.

Pour des mesures inefficaces et contre-productives

Pour les grosses ONG tels que l’UICN et ses partenaires institutionnels comme le gouvernement français, l’ONU, ou l’Union européenne, la solution réside en effet dans l’instauration d’aires protégées. Il s’agit d’aires ou les activités humaines sont réduites et encadrées, afin de préserver de pollution des zones à la biodiversité remarquable. Alors que 17% de la surface terrestre est d’ores et déjà soumis à ce genre de préservation, l’objectif affiché est de passer à 30% d’ici 2030.

Cette disposition est vivement critiqué par des associations plus à gauche, qui dénoncent son aspect colonialiste et impérialiste. On retrouve en effet ces aires protégées majoritairement dans les pays du sud, et on considère le mode de vie de populations autochtones comme une entrave à l’environnement, alors que leur empreinte écologique n’a rien à voir avec celle des pays occidentaux. Aussi, elles ont pour effet de déplacer le problème. Si les entreprises ne peuvent polluer dans ces zones, rien ne les contraints à l’extérieur des aires protégées. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la déclaration de la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, qui dit : « les aires protégées sont une nécessité. Elles constituent un maillon essentiel de l’écosystème et offrent des modèles de développement durable, d’activités conciliant production et protection de la nature ». Dès lors, cette mesure s’adapte complètement à la logique capitaliste de recherche du profit, en dépit de l’urgence climatique que le dernier rapport du GIEC a encore soulevée.

En plus de déplacer le problème de la sorte, les aires protégées sont aussi décriées par les experts environnementaux pour leur inefficacité. La responsable de l’ONG France Nature Environnement explique à cet égard que la France ne respecte pas ses propres restrictions, notamment concernant les aires maritimes protégées, où la pêche est censée être limitée, qui sont pourtant massivement exploitées.

Les capitalistes détruisent la planète, ils ne sauveront pas le climat

L’entreprise LVMH, présente au sommet par l’intermédiaire d’Antoine Arnault, directeur de la communication et fils de Bernard, le patron de l’entreprise et homme le plus riche de France, axe depuis plusieurs mois l’essentiel de sa communication sur sa responsabilité environnementale. Pourtant, il y a quelques mois, le multimilliardaire avait critiqué violemment la jeune activiste Greta Thenbug, jugée trop radicale, en déplorant le« catastrophisme » de la jeune fille qui ne propose « rien », si ce n’est de « critiquer ». Ces propos caricaturaux illustrent sa volonté de refuser qu’on pointe la responsabilité des entreprises dans la crise climatique, en même temps de ne pas vouloir voir l’urgence de prendre des mesures radicales contre le réchauffement climatique, ce qui nécessiterait forcément de s’attaquer à la logique du capital.

En comptant aussi bien LVHMH que Total parmi ses participants, le congrès de la nature se présente comme l’incarnation du capitalisme vert. L’association qui organise l’événement pousse ses compromissions avec les grandes entreprises jusqu’à l’absurde, en faisant sponsoriser l’évènement par la marque Nutella ; largement reconnue pour son rôle néfaste sur l’environnement , et sa participation à la déforestation en Indonésie pour produite de l’huile de palme.

Des partenaires que l’on retrouve également dans les débats que le gouvernement organise au sein du congrès de la nature. Tandis que l’État promeut l’évènement en lui allouant près de 2 millions d’euros, le ministère de la transition écologique fait l’exploit de réunir BNP Paribas, avec la compagnie de croisières Ponant et le groupe de transport maritime et de logistique CMA CGM, dont on imagine facilement le caractère polluant de leurs activités. De par les acteurs qu’il sollicite, le gouvernement adopte une logique similaire à celle de la congres : celle de la promotion du capitalisme de vert, qui mêle discours pseudo-écologique, et fausses solutions.

Face à la communication d’Emmanuel Macron qui cherche à masquer son bilan désastreux en matière environnementale et aux compromissions de certaines associations environnementales avec les capitalistes, on ne peut pas accepter que la crise environnementale soit gérée par ceux qui l’ont créés. A rebours de cette logique, la lutte pour la préservation de la biodiversité et pour la transition écologique doivent être l’œuvre des travailleurs, qui subissent les risques de la pollution et, comme ils connaissent les outils de production sont en capacité de réorienter l’économie au service de l’environnement et des intérêts de l’ensemble de la population.




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