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Politique

Covid-19 : vers un confinement … le week-end ?

Couvre-feu étendu, reconfinement le week-end, local ou général ? Face à une deuxième vague devenue incontrôlable, l’exécutif planche sur plusieurs hypothèses. Sa piste privilégiée : un couvre-feu à 19h combiné à un reconfinement le week-end. Encore une fois, la vie sociale est dans la ligne de mire du gouvernement qui a comme seule boussole l’économie et les profits du grand patronat.

lundi 26 octobre

Crédit photo AFP

Le gouvernement désemparé face à une situation épidémique hors de contrôle

Le nombre de nouveaux cas positifs dépasse chaque jour la barre des 40 000 depuis jeudi dernier. Selon les chiffres quotidiens de Santé Publique France, le pays bat de tristes records avec un taux de positivité aux tests PCR de 17% et plus de 52 000 cas recensés ce dimanche en seulement 24h. Le nombre d’hospitalisations ne cesse également de grimper, 2 575 personnes sont actuellement en réanimation et 6 régions ont déjà franchi le seuil des 50% de lits de réanimations occupés.

Cette deuxième vague, selon les estimations des épidémiologiques, risque d’être plus terrible encore que la première. Le virus se propage plus rapidement et, ajoutée à cela la période hivernale propice à la baisse des systèmes immunitaires, la saison risque d’être particulièrement éprouvante pour le personnel hospitalier qui subit physiquement et moralement cette crise et pour qui le gouvernement n’a prévu que de maigres revalorisations qui ne changeront rien à court terme. Ce matin au micro de Franceinfo, le chef du service d’infectiologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Eric Caumes affirmait ainsi que le contrôle de l’épidémie avait été perdu « il y a quelques semaines déjà » et que "le virus est tellement présent parmi nous que là, je pense qu’aujourd’hui on n’a plus le choix, il faudrait reconfiner".
Un reconfinement qui apparait donc inévitable pour l’infectiologue face à une telle résurgence de l’épidémie qui s’explique d’ailleurs en large partie par une gestion déplorable de la crise par le gouvernement.

Huit mois après, une stratégie toujours aussi catastrophique, rien n’a changé pour les hôpitaux…

Alors que depuis fin aout, le nombre de nouveaux cas journaliers dépasse la barre des 10 000, le gouvernement préfère en appeler à la « responsabilité individuelle » de chacun pour se dédouaner d’une quelconque responsabilité dans le regain épidémique.

Or, devant l’échec de sa stratégie de tests dont les délais pharaoniques empêchaient toute stratégie sérieuse pour casser les chaines de contamination, le gouvernement s’est retrouvé une nouvelle fois en réaction face à un virus qui galope. Pour réponse, Macron, qui s’est refusé à toute mesure empêchant un tant soit peu la fragile reprise économique, a préféré mettre en place un couvre-feu au caractère policier marqué, désormais imposé dans 54 départements. Une pseudo-solution sur le plan sanitaire que les épidémiologistes et infectiologues n’hésitent pas à décrire comme « une mesure déjà dépassé » ou comme un « pari risqué » dont l’efficacité sur le plan épidémiologique n’est assurément pas connue.

Et en effet, en dépit du couvre-feu, et quand bien même les réels effets de celui-ci ne sont pas encore connus, la situation continue d’empirer. Et en première ligne de cette seconde vague, les hôpitaux craignent de plus en plus une saturation et un manque d’effectif s’ajoutant à un manque de moyens. Des demandes auxquelles le gouvernement n’a pas voulu répondre au cours des cinq derniers mois depuis le déconfinement.

Le 9 octobre, le ministre de la Santé annonçait que 50 millions d’euros seront alloués à l’ouverture de 4 000 lits supplémentaires dans les hôpitaux dès cet hiver… l’automne vient à peine d’entamer son deuxième mois et déjà 2 575 personnes se trouvent en réanimation, alors que la France ne compte que 5 800 lits de réanimation. Autrement dit, presque la moitié des lits sont déjà occupés, et ces 4 000 lits supplémentaires sont bien loin de contrebalancer les 100 000 lits supprimés sur les vingt dernières années.

En outre, les 12 000 lits de réanimation qu’annonçait Véran en juillet dernier sont de toute évidence impossibles à mobiliser sans des moyens plus massifs pour les hôpitaux. Et de fait « faire croire aux Français qu’il y a 12 000 lits de réanimation, c’est mentir en connaissance de cause », selon le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré (Hauts de Seine). Ce chiffre ne pourrait être atteint que par d’importantes déprogrammations d’autres interventions et une pratique plus importantes des opérations en ambulatoire, qui pourraient entrainer de graves complications quant au suivi et la prise en charge des patients... mais au moins, le gouvernement n’aura pas à mettre un sous de plus.

« Dès demain nous pourrons tourner la page du premier acte de la crise que nous venons de traverser », annonçait avec triomphe Macron la veille du déconfinement le 22 juin, fier d’avoir mené avec brio cette première vague. Prévenant ? Macron ne l’a pas été, et pourtant, s’il s’était simplement rappelé de ses cours de français, il aurait d’emblée su qu’une tragédie se joue traditionnellement en cinq actes, dont le premier ne correspond qu’à l’exposition. Mais de fait, le Président n’a vraisemblablement pas anticipé la suite de la pièce et se retrouve désormais face une situation hors de contrôle, incapable de donner un fil directeur cohérent.

Vers un confinement le week-end : le gouvernement choisit l’économie contre notre vie sociale

Cette réponse du gouvernement qui prend l’apparence d’une stratégie catastrophique, dépassée et inefficace est révélatrice du manque de leçons qu’il a pu tirer de la première vague. Ni les moyens des hôpitaux ni les capacités en réa n’ont augmenté, la politique des tests en masse sans réponse sanitaire efficace derrière n’aboutissent à rien et le confinement nocturne qui restreint la seule vie sociale est une mesure largement « dépassée » face aux proportions que prend cette seconde vague.

Face à la situation, plusieurs hypothèses sont une nouvelle fois envisagées par le gouvernement comme le rapporte Le Figaro : « Alors que l’état d’urgence sanitaire a été voté jusqu’en février, certains membres du gouvernement espèrent encore éviter le reconfinement, en proposant d’avancer le couvre-feu de quelques heures et en fermant certains lieux recevant du public (comme les universités, mais pas les écoles, collèges et lycées). Cela s’appliquerait à toutes les zones en alerte maximale, soit 54 départements et 46 millions de personnes », affirme le journal.
Mais l’hypothèse « privilégiée par l’exécutif » serait en réalité la suivante : « amplifier le couvre-feu les jours de semaine - en le fixant par exemple à 19 heures -, et le coupler à un confinement le week-end et à un recours massif au télétravail ». En somme, une nouvelle fois, le gouvernement pourrait restreindre la vie sociale. Une solution qui cherche une nouvelle fois à préserver l’économique pour faire peser les restrictions sur le social comme le remarque Le Figaro : « Cela préserverait un semblant de vie économique, tout en limitant les interactions privées. »
Mais ce qu’exprime également la faiblesse de cette réponse du gouvernement est son refus de mettre en œuvre des moyens à la hauteur de la crise sanitaire et qui puissent raisonnablement fonctionner.

Les tergiversations à Matignon démontrent une fois de plus l’hésitation du gouvernement entre sauver le patronat et ses capitaux ou mettre en place une véritable stratégie pour endiguer la crise sanitaire. D’ailleurs, peut-être répondra-t-il une nouvelle fois au chant des sirènes du MEDEF dont le patron, Geoffroy Roux de Bézieux, craint effectivement qu’un nouveau confinement n’achève l’économie française. Invité ce matin de RMC, celui-ci analyse d’ailleurs que « l’essentiel des contaminations n’a pas lieu sur le lieu de travail mais dans le domaine privé ! », il en appelle ainsi à continuer à aller travailler… mais sans doute oublie-t-il les métros bondés de personnes qui vont justement travailler !

Mais après tout, le gouvernement se fout de savoir si les mesures de distanciation sociale sont effectivement possibles dans les transports, trop occupé à mobiliser ses troupes pour aller contrôler les terrasses de café. Encore une fois, les mesures répressives sont largement préférées par le pouvoir aux moyens effectifs, d’où le choix, par ailleurs, par Macron du terme « couvre-feu » plutôt que « confinement nocturne », annonçant d’emblée toute la dimension politique de cette mesure.

Un plan d’investissement massif pour les hôpitaux est de toute urgence nécessaire pour face à cette deuxième vague. Mais alors que déjà 2 575 personnes se trouvent en réanimation, et que la France ne compte que 5 800 lits de réanimation le gouvernement ne semble toujours pas prêt à débourser un seul centime. On finit réellement par se demander si, en dépit de ses capitaux, le gouvernement sait bien faire les comptes.

Face à une épidémie « hors de contrôle », s’il faut des mesures réellement fortes, celles-ci se devraient de chercher à réellement briser les chaînes de contamination. En ce sens, au regard de la circulation exponentielle du virus, il apparait totalement évident que les mesures gouvernementales ne servent absolument pas notre santé mais l’économie.




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