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Politique

Crise du macronisme : Lallement remis en cause par des hauts responsables

Alors que la répression féroce des militantes féministes ce samedi suscitait un tollé, Médiapart révèle des déclarations de hauts gradés de la gendarmerie nationale et des CRS qui critiquent le Préfet, et l’accusent d’utiliser des « pratiques illégales » pour le maintien de l’ordre. Un nouveau front ouvert au sein du régime lui-même, au sein même de son bras armé, illustrant la profondeur de la crise au sein du macronisme.

mercredi 11 mars

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Crédits photo : CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP

L’autoritarisme de Lallement dénoncé par des hauts gradés

Médiapart révélait dans un article ce week-end les déclarations de hauts gradés critiques de la gestion du maintien de l’ordre par Didier Lallement. De fait, dans des notes de septembre 2019, des hauts responsables de la gendarmerie dénoncent des pratiques « légalement douteuses et aux conséquences politiques potentiellement néfastes » et « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur ». Une preuve importante des contradictions qui vont de pair avec la doctrine du maintien de l’ordre du Préfet, résumée ainsi dans son premier discours : « Une stratégie de mobilité, de réactivité, de contact, d’interpellations » tout « en assumant, oui, les risques que cela comporte ».

L’enquête des journalistes part de documents écrits un peu après les évènements du 20 et 21 septembre 2019, alors que la manifestation climat avait été violemment réprimée pour avoir convergé avec celle des gilets jaunes et que la répression féroce commençait à éclabousser des secteurs pourtant convoités par le gouvernement. Les documents relatent notamment une réunion de préparation de ces évènements, et dénoncent la stratégie « d’impact » voulue par le Préfet de Police. Des pratiques qui avaient choqué les hauts responsables car « volontairement dérogatoires aux dispositions des articles L 211-9 et au R 211-13 du CSI [code de sécurité intérieure] ». Le passage d’un cap dans le maintien de l’ordre vers une tactique résolument offensive semble ne pas être du goût de ces hauts gradés qui considèrent que celle-ci peut « exaspérer la population et à nourrir un sentiment de défiance vis-à-vis du pouvoir et des forces de l’ordre ».

Les documents dénoncent aussi « des manœuvres d’encagement, consistant à fixer l’adversaire » qui contreviennent « aux dispositions légales et réglementaires ». Pour ceux qui ont manifesté ces derniers temps, rien de surprenant vu le nombre de nasses sans issues, et parfois attaquées par la BRAV, qui ont été mises en place pendant les gilets jaunes. On se souvient par exemple de celle Place d’Italie le 16 novembre, pour l’anniversaire des gilets jaunes, où les manifestants avaient été retenus, gazés et enfermés sans issue et qui avait fini par l’éborgnement de Manuel, gilet jaune pourtant seulement en train de discuter. Des pratiques qui sont confirmées comme étant « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur » et qui semblent déplaire car elles font mauvais genre pour l’image de la police.

Des révélations qui appuient la crise du maintien de l’ordre imprimé par Macron

Des scènes violentes de femmes traînées dans les escaliers du métro pour avoir manifesté, aux gilets jaunes éborgnés ou mutilés, les pratiques policières du préfet Lallement n’en sont plus à leur coup d’essai. En effet, entre lycéens gazés et placés en garde à vue pour parfois plus de 24h, et des féministes repoussées par des chiens à Nantes, le maintien de l’ordre à la sauce Lallement est bien décidé à faire cesser toute contestation. Mais de plus en plus, cette gestion militaire pose des problèmes au gouvernement, notamment quand elle s’attaque au mouvement féministe que souhaiterait coopter Macron ou encore aux écolos maintes et maintes fois gazés à bout portant. Marlène Schiappa s’est ainsi vue obligée de twitter pour dénoncer les violences de la manifestation féministe du 7 mars et de déposer une plainte au parquet. Et même si elle a ensuite justifié les violences, sans doute poussée par le président, cela montre bien la fébrilité du gouvernement face aux taches provoquées par sa police.

On se souvient également de l’affaire Benalla, un chargé de sécurité pour l’Elysée qui avait été pris en flagrant délit de bastonnade contre des manifestants. Un premier tollé pour le gouvernement dont les contradictions en matière de maintien de l’ordre et de gestion de la police avaient ainsi été révélées. Une affaire qui avait choqué l’opinion publique et, avec les gilets jaunes, et provoqué une prise de conscience généralisée de la violence répressive exercée par l’Etat à l’encontre de tous ceux qui se mettent en travers de son pouvoir. Des méthodes qui suscitent des tollés dans la presse, avec depuis deux ans de plus en plus d’articles, même dans les journaux bourgeois, d’enquêtes et de dénonciations des « violences policières », et qui sont également remises en causes par la majorité de la population.

De voir des hauts gradés remettre en cause la doctrine autoritaire du maintien de l’ordre à la Macron n’est pas étonnant, en vérité, tant la crise qui entoure le président est profonde. Pour résister face à l’intensification de la lutte des classes en France, la répression était la seule voie possible ; mais cette gestion sans limites a dévoilé au grand jour la violence de la police. En effet, ce qui pose ici problème c’est bien la croissante exposition au grand jour des violences et des méthodes les plus barbares, jusque là réservées aux quartiers populaires, qui ont été normalisées pour répondre à l’augmentation des conflits sociaux et à la subversivité des gilets jaunes, en premier lieu. La fébrilité du gouvernement l’a poussé à engager un Lallement, préfet dont les méthodes étaient pourtant déjà bien connues, lui dont l’un des proches disait « sur cette Terre, les gens ont envie d’être aimés. Pas lui ». Un homme froid et qui a été l’homme de la situation, après l’Arc de Triomphe et le Fouquet’s, pour sauver un régime apeuré. Il expliquait d’ailleurs à une gilet jaune qu’ils n’étaient pas du « même camp ».

Une affaire qui augmente la défiance contre Castaner et Lallement

Pour maintenir un gouvernement affaibli et attaqué de toutes parts, pour son train de mesures, mais aussi sous l’effet d’un sentiment de révolte de plus en plus profond, face à l’impunité d’un Polanski et aux violences faites aux femmes ou face à la destruction généralisée de la planète, Castaner et son pion Lallement ont dû avoir recours à des mesures répressives des plus violentes. Notamment pour répondre au mouvement des gilets jaunes, mais aussi contre les piquets de grève en décembre ou la jeunesse. Mais aujourd’hui elles sont de plus en plus difficiles à couvrir alors que l’opinion publique fait bloc et que même dans l’institution elles sont décriées.

Une remise en cause au sein même de l’institution qui insiste sur la faiblesse des figures de proue du gouvernement, avec un ministre de l’Intérieur dont les déclarations sont sans arrêt ridiculisées et maintenant un préfet dont la barbarie est révélée au grand jour. Une démonstration, s’il en fallait, que ce gouvernement perd des appuis, et surtout un plongeon dans la tourmente pour un Lallement dont la démission était en top tweets après la sortie de l’article de Médiapart. Un gouvernement qui a de plus en plus de difficulté à garder sa majorité à l’Assemblée, notamment sur le sujet des « violences policières », tandis que sa base sociale ne fait que rétrécir. Alors que les élections municipales arrivent en pleine crise du Coronavirus et après des mois de grève dans de nombreux secteurs, la crise de représentativité n’en est que plus approfondie.




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