^

Notre classe

Mouvement ouvrier

Dixième journée de grève à Grandpuits : les raffineurs et leurs soutiens mobilisés à Melun !

Hier, les raffineurs de Grandpuits entamaient leur dixième jour de grève pour lutter contre un PSE qui menace 700 emplois. Pour l’occasion, une action était appelée à Melun pour leur première journée de mobilisation vers l’extérieur, aux côtés de nombreux soutiens.

mercredi 13 janvier

Crédit photo : Serge D’Ignazio

En effet, le PSE de Total, en plus de menacer des emplois, représente un danger pour la sécurité industrielle du site, classé Seveso, et menace également les emplois en Seine-et-Marne. Après une opération escargot, les grévistes ont été rejoints à Melun par des travailleurs, élus et étudiants venus en soutien : cheminots, machinistes, postiers professeurs, étudiants, élus, venus exprimer leur solidarité et la nécessité de faire front commun face aux licenciements et au patronat.

Devant la Préfecture de Melun, les raffineurs et leurs soutiens ont pu s’exprimer sur la lutte en cours et ses enjeux, sous les yeux de la police montée et de ses chevaux.

Un PSE avec un lourd impact dans la région

En premier lieu, les grévistes ont voulu insister sur les conséquences à venir du plan de Total. Au micro, Paulo, raffineur, insiste sur l’impact du projet « c’est 500 familles qui demain ne vont pas avoir de quoi manger, qui vont être dans la précarité et cela va avoir une incidence grave sur le bassin de la Seine-et-Marne. De plus, la façon dont est géré le risque incendie est insuffisant, parce que demain on va baisser nos effectifs. On est la seule raffinerie de France aujourd’hui à ne pas avoir de pompiers dédiés, qui sont aussi dans les unités de production, on ne veut pas ce genre de risque pour les salariés du site et des riverains, on ne veut pas d’un Lubrizol bis comme a connu Rouen en 2019.  »

Un collègue enchaîne : « Total se fait des milliards et la variable d’ajustement c’est les salariés, c’est les salaires, il y a eu un PSE il y a 5 ans à la raffinerie de la Mède, il y a dix ans dans la raffinerie des Flandres qui a fermé, il y a un an à Donges, 52 emplois supprimés. Aujourd’hui mon poste c’est chef d’intervention sur la raffinerie, on a déjà du mal à former nos collègues, à se former nous-même, et demain ce sera pire. Nous voulons de la formation sur le site, une maintenance de qualité et ce n’est pas en supprimant des postes que nous obtiendrons cela. C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu. Avant c’est l’industrie qui embauchait en Seine-et-Marne, aujourd’hui ça n’embauche plus. Ce n’est plus que de l’emploi précaire, c’est du CDD, on forme des apprentis et derrière on ne les embauche pas ».

Ce PSE est ainsi le symbole de la précarisation des travailleurs mais également de la destruction de toutes perspectives d’avenir pour la jeunesse sur un territoire très dépendant de la multinationale. A ce titre, les étudiants étaient présents aujourd’hui et Léo, militant au NPA - Révolution Permanente a voulu interpeller sur la situation de la jeunesse : « on est là parce qu’on a entendu votre appel. Vous disiez que vous vous battiez pour vos emplois mais aussi pour la jeunesse et les générations futures, la jeunesse qui demain doit avoir le droit de travailler dans des conditions décentes. Aujourd’hui la jeunesse elle est en train de mourir, de désespérer, cette semaine rien qu’à l’université de Lyon 3 deux étudiants ont tenté de mettre fin à leurs jours parce qu’ils ont peur d’un avenir sombre. Mais pour toute ces raisons aussi la jeunesse elle relève la tête, par dizaine de milliers pour l’écologie il y a deux ans, cette année pour avoir le droit de vivre dans un pays avec des libertés. »

La nécessité de la solidarité ouvrière et de la grève

Également, un grand nombre de salariés d’autres secteurs étaient présents pour soutenir les raffineurs et leur combat exemplaire. Dans son intervention, Adrien Cornet, pompier sur le site de Grandpuits et délégué CGT a ainsi fait un clin d’œil à ses collègues des transports présents, et à la solidarité ouvrière : « les travailleurs on est liés, on a les mêmes galères, les mêmes besoins, on s’est rendus compte à quel point on se ressemblait. Les cheminots ils ont la même vie de merde que nous, les 3/8, le travail de nuit, la même notion du risque, de transporter, d’avoir la sécurité des gens. Et comme nous ils subissent énormément d’attaques. »

Axel, cheminot à Trappes et militant CGT confirme : « on est là par des liens naturels, au niveau professionnel parce que le carburant que vous raffinez en partie circule sur nos réseaux, par les liens dans les différentes luttes mais aussi parce que chaque fois que les travailleurs relèvent la tête, refusent le destin qui leur est imposé c’est l’ensemble de notre camp social qui fait un pas en avant. Vos luttes dépassent largement vos intérêts ». Anasse Kazib, cheminot et militant SUD Rail, intervient à son tour : « Faut être fier de ce que vous êtes, de ce que vous avez fait et de la bataille que vous êtes en train de mener, parce que cette bataille elle se joue pour l’ensemble de notre classe. Ne doutez jamais de la victoire. Il y a une phrase de Rosa Luxembourg qui disais : "la révolution paraît impossible avant qu’elle arrive et quand elle arrive elle paraît inévitable". Et la victoire elle paraît parfois impossible face à un géant comme Total, mais sachez que vous êtes pas tout seuls. »

De son côté, Jean-Pierre Mercier, ouvrier chez PSA et militant de Lutte Ouvrière note : « pour nous il n’y a que le boulot qui peut nous donner un salaire, nous ne sommes pas comme les actionnaires. On fait tourner toutes les industries, on crée toute la richesse de ce pays. Ainsi, il n’est pas normal qu’en temps de crise nous perdions nos moyen de subsistance. Il faut revendiquer la répartition du travail sans baisse les salaires. Si à cause de la crise économique la production elle doit baisser, on doit se répartir le travail pour travailler moins vite, peut être mieux mais pour qu’on travaille tous. »

Contre le greenwashing de Total et pour une transition écologique par et pour les travailleurs

Dans leur combat, les ouvriers de Total pointe également du doigt le greenwashing de Total. Pour l’occasion, Julien Bayou, député EELV, était d’ailleurs présent. « Spontanément ce n’est pas évident le lien entre écologistes et raffineurs, si on est là, si on est venu en décembre si on est venu à la Défense […] c’est parce qu’on est pas dupe du green-washing et de l’argument scandaleux de Total de prétexter une quelconque reconversion dans du plastique, du bio carburant ou quoi que ce soit. » a notamment rappelé l’élu.

De même, plusieurs grévistes présents ont rappelé leurs préoccupations quant à la préservation de la sécurité de leur territoire. Un mot d’ordre en ce jour : « Personne n’est contre la transition écologique mais elle doit se faire avec les travailleurs et pour les travailleurs ». En effet, ce n’est pas Total, pour qui le profit passe avant la sécurité d’un territoire qui assurera un avenir écologique. Ce sont les travailleurs eux-mêmes qui ont une connaissance fine de leur travail et de leurs besoins qui sont les seuls capables d’engager une transition écologique digne de ce nom, permettant une répartition de l’emploi entre tous.

Lutte pour l’emploi de toutes et tous, solidarité ouvrière, écologie… En cette nouvelle journée, les raffineurs ont à nouveau montré le caractère exemplaire de leur lutte. Parce que leur combat sera long, continuez à les soutenir en donnant à la caisse de grève !




Mots-clés

Raffinerie Grandpuits   /    mouvement ouvrier   /    Grève   /    FO   /    CGT   /    Notre classe