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Droit de retrait à Renault Trucks : « Produire des camions est la seule chose qu’ils ont en tête »

Malgré les mesures de confinement et la fermeture de nombreux commerces, Macron a laissé le champ libre aux patrons pour que le travail continue, quitte à étendre l’épidémie. Face à cette situation, de nombreux ouvriers ont décidé de répondre par le droit de retrait et d’imposer l’arrêt de la production. Interview avec Guillaume Lamy, délégué Sud chez Renault Trucks.

mercredi 18 mars

Crédit photo : Philippe Chérel

RP : Pouvez-vous vous présenter et nous dire quelle est la situation à Renault Trucks ?

GL : Je suis Guillaume Lamy, je fais partie du syndicat SUD Renault Trucks sur le site de Blainville-sur-Orne [Calvados] et je suis élu au CSE. Hier nous avons déposé en intersyndicale un DGI [procédure de Danger Grave et Imminent] et ce matin dans certains secteurs (logistique, UD montage où sont fabriqué les camions de distribution) il y a eu des droits de retraits sporadiques de la part des salariés. Il y a eu ensuite un CSE extraordinaire et ils nous ont annoncé la fermeture du site dès la fin de poste (on a des équipes en poste du soir).

RP : avant cette procédure de danger grave et imminent, vous aviez déjà demandé la fermeture du site et demandé des mesures ?

GL : Oui, nous avions demandé que l’entreprise mette en sécurité les salariés face au virus et au danger de l’attraper avec 2000 personnes dans une usine. Même le médecin du travail ne pouvait pas assurer aux collègues qu’il n’y avait pas de risque. Les collègues étaient vraiment énervés et inquiets cette semaine.

RP : Il y a donc une volonté de privilégier la production avant tout, comme dans les autres entreprises où ce sont les ouvriers qui ont dû imposer l’arrêt de la production ?

GL : C’est exactement ça. La direction n’a vraiment pas pris la mesure de ce qui se passait : jusqu’à hier, ils n’avaient pas du tout l’intention de fermer l’usine. Produire des camions est la seule chose qu’ils ont en tête.

RP : Quand on voit la situation chez Bombardier, Toyota, PSA, Renault, on a l’impression que le coronavirus a provoqué un réveil les salariés ?

GL : Oui, j’ai été surpris ce matin en apprenant que des salariés étaient en droit de retrait. Il y a aussi eu de la solidarité : dans certains secteurs les collègues ont accepté de reprendre le travail à condition qu’il n’y ait aucune représailles sur les intérimaires !

RP : Comment la situation va-t-elle être gérée par rapport aux intérimaires, quels risques encourent-ils par rapport au droit de retrait ? On a vu notamment qu’à Toyota Onnaing l’entreprise va prolonger leurs contrats.

GL : Les intérimaires étaient là et ont fait valoir leur droit de retrait. Sur le site, on est un peu moins de 2000 dont environ 250 intérimaires. Ils les appellent « le vivier d’intérimaires » ce qui veut tout dire : ils sont considérés par la direction comme des mouchoirs jetables. On est dans une entreprise qui ne pardonne rien, et encore moins aux intérimaires qui prennent des risques à la moindre incartade. Quand il est question des intérimaires, Renault Trucks renvoie systématiquement vers les entreprises qui les emploient en disant « ce n’est pas nous ». Les intérimaires ont reçu un SMS hier en début de soirée pour leur dire que Renault Trucks était fermé... puis ils ont reçu un deuxième SMS en fin de soirée pour leur dire de venir le lendemain matin.

Ici, l’entreprise ne va pas du tout prolonger les contrats, le DRH a été clair : ils sont couverts jusqu’au terme de leur contrat et seront ensuite hors-contrat. Ce qui veut dire que pendant l’arrêt de la production, les intérimaires se retrouveront au chômage. Notre demande pour que leurs contrats soient prolongés a été refusée nette, et nous avons écrit un mail pour revendiquer qu’ils soient repris au terme de ces contrats et ne subissent aucunes représailles. L’entreprise a besoin des intérimaires, comme ils le disent eux-même ils sont leur variable d’ajustement.

RP : Vous notez une forte mobilisation des salariés, beaucoup de salariés qui vous ont contacté par rapport à leurs droits ?

GL : Oui, il y a beaucoup de salariés qui nous ont contacté, même jusqu’à minuit hier soir.

La communication sur le site est incompréhensible, il y avait énormément de pages Facebook, sources différentes qui annonçaient la fermeture du site sans donner de date, pour les salariés c’était donc dès le lendemain. Ce matin les gens avaient peur et sont venus nous trouver.

Le DGI est toujours en cours, ce matin malgré cette procédure les gens étaient sensés travailler car la direction avait dit qu’ils avaient appliqué des mesures… c’est-à-dire qu’ils ont donné des masques. Leur seule mesure de prévention pour le DGI était de donner des masques, dans une situation où l’inspection du travail est débordée dans le Calvados.

Ce matin, il y a eu beaucoup de droits de retrait : au total, au minimum un bonne centaine de personne qui ont invoqué leur droit de retrait. Il y a deux sites principalement ouvriers chez Renault Trucks. Sur le second, à Bourg-en-Bresse, il y a aussi eu une procédure de droit de retrait, ils ont également fait grève et ont obtenu de pouvoir rentrer chez eux à 11h30 ce matin, avant les mesures de confinement.

RP : Comment s’annonce la suite ?

GL : La suite a été annoncé ce midi. À partir de la fin de poste on va avoir un document pour pouvoir circuler et rentrer chez nous, puisque depuis ce midi les mesures de confinement sont en place.

Il y a un numéro vert pour les recontacter et savoir quand aura lieu la reprise. Pour eux, ce sera un minimum de 15 jours. Le DRH du site a fait une demande de 45 jours, tout en insistant sur le fait qu’ils espéraient ne pas avoir besoin de ces 45 jours.




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