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Éducation Nationale

Casse du statut. Le Sénat veut adapter les salaires des profs à "l’attractivité" de leur discipline

Jeudi 9 Juin, le sénateur Gérard Longuet (LR) a présenté un rapport qui pousse jusqu’à sa dernière conséquence la politique gouvernementale de privatisation et de casse de l'éducation nationale. Cette préconisation, consistant en une remise en cause du statut par la mise en concurrence des enseignants, met de l'eau au moulin de l'offensive néolibérale contre l'éducation publique.

vendredi 10 juin

(PATRICK KOVARIK/AFP)

Quoi de mieux qu’un nouveau rapport Longuet pour dire tout haut ce que le gouvernement fait tout bas ? Jeudi dernier, le sénateur Les Républicains, déjà auteur en 2016 d’un rapport préconisant – productivité oblige – l’augmentation de 5 heures hebdomadaires le temps de service des certifiés et de 8 celui des agrégés, le tout sans augmentation de traitement, a récidivé. Cette fois-ci et dans le sillage du discours d’Emmanuel Macron à Marseille, il préconise l’individualisation de la rémunération des enseignants et la structuration d’un véritable marché de l’enseignant.

Pour le rapporteur spécial des crédits de l’enseignement scolaire au Sénat, et donc des dépenses du budget de l’État dans l’éducation nationale, c’est là la réponse à la « perte d’attractivité » du métier.

Alors qu’une « pénurie » d’enseignants plane sur la prochaine rentrée, celle-ci n’est en rien liée à une perte d’attractivité du métier, mais bien organisée par les gouvernements successifs et leur politique de casse de l’Éducation nationale qui passe par une précarisation des personnels, une dégradation des conditions de travail et un management agressif, la réforme du concours de l’enseignement etc.

Après avoir organiser ces bas salaires, le gouvernement Macron cherche désormais à imposer un « pacte » aux enseignants, une façon de faire miroiter une augmentation de salaires … sous condition.

Même considération pour la commission des finances du Sénat qui souhaite proposer une augmentation de salaires ciblée et différenciée, et surtout justifier de ne pas augmenter les salaires pour tous.

Vers un marché de l’enseignant.

Interviewé sur Public Sénat pour présenter sa dernière création, le sénateur annonce la couleur : « les ressources humaines de l’éducation nationale doivent comprendre qu’elles sont dans un monde ouvert et concurrentiel ». Pour le sénateur : « Il faudrait que l’Éducation nationale accepte l’idée de l’offre et de la demande ».

Concrètement, le rapport entend adapter la rémunération des enseignants en fonction de l’attractivité relative des zones d’enseignement et des disciplines à enseigner. Exit donc la qualification et le statut, il faut des académies qui soient capables de « distinguer finement les territoires les moins attractifs » et une autonomie accrue des directeurs d’établissements (loi Rihac bonjour) qui devraient pouvoir disposer des clefs de la rémunération de leurs employés. Il s’agit ainsi de mieux rémunérer les professeurs enseignant des disciplines où les débouchés dans le privé sont importantes, à l’inverse des disciplines moins disputées. Être par exemple plus compétitif sur le marché du prof de maths ou d’allemand, et, réciproquement, faire des économies et imposer leur prix quand ils sont en situation de monopole, mettons sur le marché du prof de langue rare.

La grande inversion

Finir de désanctuariser le statut de l’enseignant, ouvrir au contraire les vannes de la contractualisation à tout va, rémunérer à l’évaluation individuelle de la performance (machine à burn-out), fliquer les stagiaires trois ans (pour être sûr qu’ils démissionnent ?), amplifier la verticalisation de la hiérarchie entre les profs et leurs directions et entre les profs eux-mêmes, façonner à la concurrence une éducation dénaturée et au rabais, en dernière analyse, le docteur Longuet préconise la casse comme remède à la casse. Ce que prône vertement le rapport comme solution à la désaffection pour le métier c’est l’approfondissement radical de la privatisation libérale et autoritaire qui y préside.

Comme le théorisait Sandra Lucbert dans son ministère des contes publics, dans le rêve néolibéral, il faut distinguer le contenu manifeste du rêve (le discours officiel) de son contenu latent (la pulsion capitaliste qu’il sert). Dans le cas du dernier rapport Longuet, le contenu manifeste c’est celui de la revalorisation des enseignants, de leur meilleure reconnaissance pour répondre à la crise ; et le contenu latent, la poursuite du saccage du service public. Plus que jamais, ce rêve, qui est aussi celui de Macron, doit battre en retraite pour que l’école soit enfin à la hauteur des attentes que l’on place en elle. Contre la privatisation à marche forcée de l’Éducation nationale, il nous faut retrouver au plus vite le chemin de la lutte qui elle seule peut renverser la vapeur et offrir autre chose à nos enfants que ce que ce quinquennat lui promet.



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