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Politique

Macron fait sa rentrée de campagne dans les écoles de Marseille

Discours de Macron sur l’école : entre mise au pas des personnels et casse du système éducatif

Macron a donc choisi Marseille pour lancer officieusement sa campagne. Outre son agenda sécuritaire, son passage à l’école n’aura échappé à personne : la destruction du service public d’éducation est clairement dans la ligne de mire du président des riches.

lundi 6 septembre

Crédits photo : AFP

En visite pour plusieurs jours à Marseille, Macron a présenté son plan « Marseille en grand » sorte de condensé de ce que celui-ci pourrait proposer comme programme en vue des élections présidentielles, son passage par l’école en ces jours de rentrée n’aura échappé à personne, entre quelques phrases pleines de mépris de classe, le président et candidat pas encore officialisé a annoncé la suite du menu des reformes néolibérales. Macron a ainsi laissé entendre qu’un de ses thèmes phares de sa campagne sera celui de l’éducation.

« Pas une question d’argent, mais de courage », « vous avez trop de grèves » : à Marseille, Macron en croisade contre les profs et les personnels

Au programme, bien sûr pas de moyens supplémentaires malgré des écoles dans des états déplorables (ce qu’il reconnaît d’ailleurs lui-même). Macron préfère la démultiplication du recours aux contrats locaux, le développement des cités éducatives, ou encore, attribuer aux directeurs d’écoles les missions d’un chef d’entreprise. Le projet est simple : renforcer le privé et s’attaquer au secteur de travailleurs de l’éducation afin de les discipliner. Ces derniers mois, ponctués par la répression des collègues contestant la mise en place des réformes ou les conditions sanitaires déplorables dans les établissements scolaires, en témoignent. En outre, la sortie pleine de mépris de classe du président - « vous avez trop de grèves » - attaquant les cantinières, travailleuses les plus précaires du secteur, vise en dernière instance à se déresponsabiliser d’une institution scolaire en lambeaux en reportant la faute sur toutes celles et ceux qui osent revendiquer de meilleures conditions de travail et donc de meilleures conditions d’accueil pour les élèves.

Imposer le récit d’un bilan et éviter l’actualité de la catastrophe

Ces annonces qui constituent de véritables attaques contre les personnels des écoles s’inscrivent dans un contexte où le gouvernement et le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer occupent l’espace médiatique en cette période de rentrée. Campagne d’affichages sur la laïcité, sortie pleine de mépris envers les familles précaires sur les « écrans plats » reprise par Macron à Marseille, annonce de revalorisation des enseignants, protocole flou, insuffisant et largement décrié. Autant de déclarations et d’éléments qui montrent que Blanquer et Macron continuent d’être en croisade contre le service public d’éducation, et donc contre les profs, les personnels, les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes.

Récemment Blanquer a d’ailleurs sorti un livre intitulé « École ouverte », dans lequel il revendique son propre bilan de gestion de l’épidémie. Pourtant, les travailleurs de l’éducation bien présents sur le terrain aux côtés des élèves et depuis le début de l’épidémie ne tirent pas véritablement de leur côté le même bilan. D’injonctions contradictoires en harcèlement protocolaires, les travailleurs ont dû renouveler sans cesse leur façon de travailler, sans moyen et avec des conditions de travail dégradées. L’état d’usure nerveuse est réel et le ministre aura bon goût de ne leur laisser aucun répit et de continuer sur sa lancée, profitant ainsi de l’épidémie pour avancer.

Le début de la pandémie avait pourtant remis en question le mythe de l’école républicaine garante de l’apprentissage pour toutes et tous. La réouverture des écoles sans véritables moyens était alors décriée les par parents et les travailleurs de l’éducation dénonçant une école « Garderie du Medef » qui ne visait qu’à remettre les parents sur le chemin du boulot, faisant fi des conditions sanitaires et des garanties. Cet épisode a priori banal avait permis de montrer les rouages de l’éducation dans un système capitaliste, qui se soucie en définitive peu des élèves, de leurs apprentissages et de leur émancipation et qui n’a pour vocation qu’à y reproduire une masse salariale. Un an et demi après le début de la pandémie c’est bien cette logique qui continue de primer.

Après avoir refusé de reconnaître les établissements scolaires comme des lieux de contamination, le gouvernement refuse donc d’investir le moindre centime et d’adapter l’éducation a l’épidémie. Pire ! Surchargeant le nombre d’élèves par classe, il accélère la circulation du virus. En novembre dernier déjà, les travailleurs se mettaient en grève et réclamaient quant à eux une reprise qui garantisse une sécurité sanitaire pour l’ensemble de la communauté scolaire avec des demi-groupes, des embauches, des constructions et réquisitions de lieux, l’adaptation des programmes afin de ne pas mettre perpétuellement les élèves en situation d’échec. Bref, tout un programme encore d’actualité, mais obstrué par un récit médiatique d’un certain côté de la barricade.

Des annonces dans la droite lignée de la politique de casse de l’éducation de Macron et Blanquer

Avec presque 5 ans de réformes néolibérales sur le secteur de l’éducation publique, le ministre a su durant la crise continuer d’avancer ses mesures tout en démultipliant les sorties réactionnaires. Réforme des E3C, autrement appelée « Bac Blanquer », qui a su détériorer en profondeur le lycée ; attaque du statut de fonctionnaire par le biais du concours et des études, réduction du nombre de postes ou encore recours aux contractuels et aux stagiaires ; enveloppes d’heures alloués aux établissements qui sont en baisse permanente avec comme effet immédiat celui de voir les effectifs d’élèves par classe gonfler et permettre ainsi la fermeture de classe ; démultiplication de dispositifs « aide aux devoirs » censé accompagner les élèves, mais qui ont vocation à faire faire aux profs des heures supplémentaires pour combler leurs petits salaires, l’inclusion d’élèves handicapés dans les classes sans moyens supplémentaires ou sans baisse des effectifs et qui ne permettent pas une inclusion attentive et de qualité etc... Autant de dispositifs qui ont pu user le corps des travailleurs de l’éducation auxquels il faut ajouter cocktail explosif de l’épidémie.

Tout un programme qui permet à Blanquer de se présenter, aujourd’hui, comme le ministre le plus stable du gouvernement et donc un point d’appui pour l’agenda néo-libéral de la bourgeoisie qui vise à saper jusqu’au dernier acquis social et saccager en profondeur les conditions de travail. Blanquer a su remplir sa feuille de route, à l’exception presque de l’attaque de l’éducation prioritaire, dernier cheval de bataille. Mais également du premier degré pour lequel le ministre se targue d’avoir dédoublé les classes, les collègues sur le terrain sauront témoigné d’une mesure dénuée de sens si elle n’est pas accompagnée des moyens pour la mettre en œuvre. Le ministre qui aura su financer son propre syndicat pour appuyer ses mesures est celui donc qui aura pu mettre en place le plus de reformes néolibérales saccageant en profondeur l’éducation publique pour mieux démultiplier les offres du privé. Macron, en cette rentrée et a quelques mois des présidentielles, veut donc s’appuyer sur ce bilan pour annoncer ce qu’il compte proposer aux présidentielles.

Quel programme face a la casse ?

La crise de l’école telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est la crise du système dans son ensemble. L’épidémie aura révélé les choix abjects du gouvernement et montré les rouages d’un système qui fait passer nos vies après les profits du patronat. Le refus d’investir dans le service publique l’éducation ou la santé montre les priorités d’un gouvernement qui se prépare à de nouvelles attaques misant tout sur la sécurité et les mesures liberticides. L’impuissance du gouvernement à convaincre largement de la nécessité de la vaccination tient aux annonces contradictoires, à la défiance vis-à-vis du gouvernement et au refus de celui-ci de libérer les brevets. Aux vues des coordonnées et des choix opérés, la sortie de la crise épidémique n’est pas pour demain.

En cette deuxième rentrée sous épidémie et avec l’apparition de nouveaux variants, rien n’est encore fait pour garantir la sécurité sanitaire des premières lignes. Cette situation est également permise par des organisations syndicales apathiques qui se dédouanent de leur responsabilité d’arracher le minimum de moyen en appelant au 23 septembre et au 5 octobre après avoir été reçues fin août dans les locaux feutrés du ministère de l’Éducation. Pourtant les coordonnées restent inchangées, la colère est toujours présente et le rapport de force reste à construire sur le secteur et dans son ensemble.

Les propositions de programmes sur le terrain de l’éducation et en vue des présidentielles des candidats de droite comme de gauche vont se démultiplier dans les mois à venir, cherchant à colmater les fuites d’une institution scolaire qui prends l’eau de toutes parts. Pourtant, seuls les travailleurs de l’éducation, les parents et les élèves, à l’image des tentatives de la grève de novembre dernier sont les plus à même de défendre des conditions d’accueil et d’apprentissage qui répondent aux besoins des élèves. Les militants de l’éducation de Révolution Permanente font le choix en ce sens de se battre aux côtés de leurs collègues et des familles pour réclamer des conditions de travail et d’accueil convenables tout en défendant la perspective d’une autre éducation qui ne soit en rien régie par les intérêts de la bourgeoisie, mais qui soit une éducation réellement émancipatrice dans une société libérée de l’exploitation et des oppressions. C’est cette perspective que nous vous proposons de défendre à nos côtés et notamment au travers de la candidature d’Anasse Kazib que nous cherchons à porter.




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