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Monde

Explosion dramatique au Liban : plus de 100 morts, de 4000 blessés et de 300 000 personnes à la rue

Une double explosion dramatique a eu lieu hier dans le Port de Beyrouth, dévastant une partie de la ville. Alors que le bilan continue de s’alourdir, de nombreuses interrogations subsistent.

mercredi 5 août

Une double explosion dramatique

Hier, Beyrouth a subi une grave explosion, que beaucoup comparent à celle d’AZF survenue à Toulouse en 2001. Le dernier bilan disponible mercredi matin était d’une centaine de morts et plus de 4.000 blessés, selon les chiffres fournis par la Croix Rouge libanaise. Les hôpitaux sont saturés, laissant les blessés légers sans soins et la capitale libanaise est en deuil dans une ambiance de lendemain de guerre.

Un bilan qui ne cesse de s’alourdir, alors que The Daily Star rapporte les dernières annonces du gouverneur de la ville, Marwan Abboud, qui fait état de plus de 100 disparitions et de 300.000 personnes qui pourraient se retrouver à la rue des suites de l’explosion qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale.

La cause de l’explosion serait double selon les premiers éléments de l’enquête : des feux d’artifices étaient entreposés juste à côté d’un entrepôt contenant 2 700 tonnes de nitrates d’ammonium qui devaient être acheminées en Afrique, matière hautement explosive disposée dans un port civil situé en pleine zone résidentielle. Cette information a été confirmée par le directeur des douanes, Badri Daher note L’Orient le Jour, qui précise par ailleurs que celui-ci « a fait assumer la responsabilité du drame à la direction du port. »

Un drame dans un contexte de crise économique et sociale

Cet événement dramatique survient sur fond de crise économique, politique et sociale qui dure depuis l’année dernière, contre un gouvernement accusé de corruption qui n’hésite pas à réprimer très violemment les soulèvements qui le menace, faisant de nombreux morts. Depuis l’annonce d’un défaut sur une partie de sa dette en mars dernier, le Liban voit la crise économique s’aggraver, marquée par l’effondrement de sa monnaie, une inflation galopante et une explosion du chômage, aggravés par le confinement, qui a provoqué ces derniers mois des émeutes de la faim contre les banques. Au début de l’année la pauvreté était déjà d’environ 50% avec un taux de chômage de 46% selon le Président libanais, Michel Aoun. Aujourd’hui, la Banque mondiale estime qu’environ 50 % des Libanais vivent en dessous du seuil de pauvreté dans un pays où la classe moyenne était historiquement l’une des plus riches.

Dans ce contexte déjà catastrophique, la double explosion risque de renforcer la crise sociale et politique. Certains membres du bloc joumblattiste, Parti socialiste progressiste – opposition social-démocrate – accusent le gouvernement d’avoir dévasté Beyrouth. Le député Marwan Hamadé a ainsi officiellement présenté aujourd’hui sa démission, affirmant « ne plus avoir aucune confiance dans les institutions libanaises, et notamment dans le Parlement » comme le rapporte L’Orient-Le Jour. Peu avant, un de ses collègues, Hady Aboulhosn a dénoncé dans un tweet « un régime politique corrompu, qui ne provoque que des désastres et des tragédies » et expliqué n’avoir « aucune confiance dans les commissions d’enquête interne et les autorités imbéciles et criminelles » qui ont cautionné le stockage de produits aussi dangereux que le nitrate d’ammonium dans un port civil. Sur les réseaux sociaux, des accusations évoquant une hypothétique responsabilité d’Israël ou du Hezbollah ont également été soulevées, qu’aucun élément ne semble corroborer.

Ces tensions politiques reflètent la crise que traverse le pays, et que le drame de Beyrouth devrait aggraver. Alors que c’est la population qui devrait une nouvelle fois payer le prix de cette situation, la possibilités de résurgences des mobilisations apparaît comme la seule perspective progressiste contre le gouvernement et la crise.




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